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image description Au-delà de 80 ans, le dépistage du cancer colorectal n’a que peu d’impact sur l’espérance de vie
La prévalence des cancers colorectaux augmente avec l’âge. Les recommandations actuelles concernant le dépistage de ce type de cancer ne font pas formellement état d’une limite d’âge au-delà duquel celui-ci ne se justifie plus. Cependant, l’utilisation de méthodes d’exploration invasives n’est pas dénuée de risque au grand âge. De plus, l’espérance de vie des patients après un certain âge peut parfois inciter à moduler les bénéfices escomptés d’un tel dépistage.

Une étude transversale a été réalisée dans le but de comparer l’impact de la coloscopie sur l’espérance de vie d’adultes et de patients âgés. Trois groupes de sujets ont été constitués en fonction de leur âge : de 50 à 54 ans (1034 sujets), de 75 à 79 ans (147 sujets) et 80 ans et plus (63 sujets). Tous les participants devaient être asymptomatiques pour être inclus. Les personnes qui avaient des antécédents de cancer ou d’adénome colorectal, de syndrome inflammatoire colique, ou une histoire de polypose familiale, étaient exclus de l’étude. Ceux qui avaient également subi une coloscopie ou une sigmoïdoscopie au cours des 5 années précédentes n’étaient pas non plus retenus. Tous les examens ont été effectués par 12 gastroentérologues expérimentés, selon un protocole standardisé. Lorsque des polypes étaient détectés, une résection était effectuée.

Comme attendu, la prévalence des néoplasies augmentait avec l’âge. Elle était de 13,8% chez les 50-54 ans, de 26,5% chez les 75-79 ans et de 28,6% chez les octogénaires. Par ailleurs la prévalence des formes évoluées était significativement plus élevée chez ces derniers que dans le groupe des participants les plus jeunes (14% vs 3,2%). Globalement, les hommes étaient plus fréquemment touchés que les femmes (18,5% vs 13%).

Les données d’espérance de vie de fournies par les statistiques nationales en ce qui concerne la population générale américaine indiquent une espérance de vie de 28,9 ± 2,8 ans chez les 50-54 ans, 10,4 ± 1,2 ans chez les 75-79 ans et 7,6 ± 1,1 ans chez les octogénaires. Selon les estimations des auteurs, l’allongement moyen de la survie grâce à la coloscopie chez les plus de 80 ans n’était que de 0,13 année comparé à 0,85 année chez les 50-54 ans. Par ailleurs, si l’on considère le délai de transformation d’un adénome en cancer, les cinquantenaires ont plus de chance de tirer un bénéfice d’une coloscopie que les personnes âgées. Ainsi, toujours selon les calculs des auteurs, l’allongement de la survie pourrait être de 5,6 à 15 fois plus important chez les 50-54 ans que chez les plus de 80 ans.

Même si la prévalence des cancers colorectaux augmente effectivement avec l’âge, un dépistage systématique par coloscopie chez les octogénaires ne procure qu’un allongement d’espérance de vie équivalent à 15% de celui attendu chez les cinquantenaires. Les sujets les plus âgés risquent en effet de décéder d’une autre cause bien avant que les polypes ne se transforment en tumeur cancéreuse. Avant d’envisager une coloscopie, une évaluation attentive du bénéfice escompté au regard des risques encourus par les patients octogénaires s’avère donc tout à fait souhaitable.
Publié en Juillet 2006
Auteur : L. Teillet - Hôpital Sainte-Périne,  Paris
Références : Lin OS, Kozarek RA, Schembre DB, Ayub K, Gluck M, Drennan F, Soon M-S, Rabeneck L. Screening colonoscopy in very elderly patients. Prevalence of neoplasia and estimated impact on life expectancy. JAMA. 2006;295:2357-2365.