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image description « Bien vieillir », une appréciation autant subjective qu’objective
L’allongement de l’espérance de vie dans les pays occidentaux ces 50 dernières années est une donnée bien intégrée par chacun d’entre nous, y compris par ceux qui ont la charge de conduire les affaires publiques. On sait aussi que ce progrès est fragile et qu’il peut être remis en question pour les générations futures. Des épidémies comme celle du sida ou de la grippe, des conflits armés, des catastrophes naturelles, peuvent à tout moment décimer la population et faire régresser l’espérance de vie. Plus sournoisement, mais peut-être plus sûrement encore, la sédentarité, le tabagisme, la consommation de drogue, l’alcoolisme, l’obésité, la pollution, sont autant de facteurs qui à terme sont générateurs de morbidité et de mortalité précoces. La réduction de l’espérance de vie aux Etats-Unis dans les populations obèses, en Russie chez les personnes qui s’adonnent à l’alcool ou en Afrique à cause du sida, est là pour nous le rappeler.

Malgré ces différences démographiques liées essentiellement à des comportements à risque entre les pays, il est notoire que les personnes souhaitant vivre longtemps en bonne santé ont de belles perspectives devant elles. Faut-il encore s’entendre sur ce qu’on appelle « Bien Vieillir » ou dans la littérature internationale « Successful Aging ». Une équipe anglaise a voulu faire le point sur le contenu de ce concept à travers les publications scientifiques de ces dernières années. Au total, 170 articles couvrant des études transversales et longitudinales ont été analysés. Les thèmes les plus souvent évoqués concernaient les aspects biomédicaux ou psycho-sociologiques du vieillissement. Les principaux sont listés dans le tableau ci-dessous.

Le paramètre le plus fréquemment cité est la santé physique et mentale avec son corollaire, l’autonomie. Rester en bonne santé c’est éviter les maladies chroniques et minimiser les facteurs de risque de mortalité. Actuellement, dans la Communauté Européenne ou aux Etats-Unis, environ une personne sur cinq répondrait à cette définition du vieillissement réussi, basée sur des critères médicaux c’est-à-dire l’absence de maladie grave. Curieusement, lorsqu’on interroge directement les intéressés, c’est la moitié des seniors qui se considèrent comme ayant vieilli avec succès. Cette différence entre un diagnostic par un professionnel de santé et l’impression personnelle est intéressante car elle laisse percevoir d’autres facteurs d’évaluation et une marge de manœuvre individuelle plus importante que prévue.

Dans l’approche psycho-sociale du vieillissement réussi, les paramètres pertinents gravitent autour de la satisfaction personnelle, de la participation à la vie sociale, du développement individuel, des ressources psychologiques, plus qu’à l’absence de maladie. Dit autrement, être heureux, avoir une bonne estime de soi, savoir accorder ses objectifs à ses moyens, être gai, avoir un sens moral développé, être bien intégré, avoir des relations amicales avec ses proches, se sentir utile, sont pour beaucoup les clés d’un vieillissement réussi. Cette définition du bonheur n’est pas propre aux seniors mais s’applique à tous les âges de la vie. Ce qui laisse à penser que les personnes sociables, ouvertes, d’un tempérament optimiste et pourvues d’une bonne dose de sagesse mènent aussi bien leur vieillesse que leur vie, sous réserve qu’elles ne soient pas atteintes de maladies graves et invalidantes. Encore que même dans ces situations, elles arrivent par des stratégies de compensation à s’adapter à leur handicap pour garder au mieux leur autonomie ou leur joie de vivre.

A l’inverse, il n’est pas rare que des individus en très bonne santé même à un âge avancé considèrent avoir loupé leur vieillissement faute d’être satisfaits de leur vie ou de leur intégration dans la société. Un esprit chagrin risque de le rester quand bien même il appartiendrait objectivement aux chanceux de l’existence.

Les auteurs de cette revue retiennent que bien vieillir dépend pour beaucoup de la capacité d’un individu à s’adapter aux situations nouvelles en tirant profit des ses expériences passées, de sa faculté d’apprendre et de progresser ainsi que de son sens des réalités. Dans l’avenir, permettre au plus grand nombre d’accéder à un vieillissement réussi nécessiterait ainsi : - d’acquérir des comportements qui minimisent les pathologies chroniques, c’est-à-dire bien se nourrir, faire de l’exercice physique, avoir un bon sommeil etc ; - de développer une philosophie personnelle résolument positive qui permette de s’adapter aux changements liés à notre évolution et à ceux de l’environnement social et économique.
Paramètres principaux Paramètres secondaires
Santé et autonomie physique Accomplissement
Santé mentale et psychologique Plaisirs de la table
Bien-être et satisfaction Sécurité financière
Facultés intellectuelles Voisinage
Développement personnel Apparence physique
Espérance de vie Travail
Ressources personnelles, adaptabilité Sens de l’humour
Vie sociale Esprit d’à propos
Etre actif, être utile Spiritualité
Publié en Mars 2006
Auteur : B. Corman - , 
Références : Bowling A, Dieppe P. What is successful ageing and who should define it ? Brit Med J. 2005; 33 : 1548-51.