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image description En Suède, les jumeaux sont mis à contribution pour identifier les facteurs génétiques et comportementaux responsables de la maladie d’Alzheimer
Identifier les paramètres génétiques et environnementaux impliqués dans la maladie d’Alzheimer devrait permettre de mieux la prévenir ou la soigner, mais faire la part de chacune de ces composantes est toujours extrêmement difficile. Ainsi, un trait génétique peut se révéler être un facteur de risque dans un environnement particulier. Inversement, certaines personnes peuvent être plus ou moins sensibles à un facteur extérieur et ne développer une maladie que très tardivement. Pour toutes ces raisons, le suivi de vrais et de faux jumeaux est une opportunité rare pour tenter de cerner les facteurs croisés responsables de la maladie d’Alzheimer.

Mener une étude d’envergure sur des jumeaux n’est pas simple. Il faut recruter un nombre de paires suffisamment large pour être représentatif de la population générale et éviter les biais liés aux recrutements de volontaires. Il faut aussi très précisément définir les critères d’identification de la maladie étudiée et les appliquer à tous les participants. Cette démarche a été entreprise sur une grande échelle par une équipe suédoise qui s’est basée sur les 20 269 jumeaux de 65 ans et plus recensés dans leur pays et encore vivants en 1998. Ce registre avait été lancé en 1950 pour étudier initialement l’influence de l’alcool et du tabagisme sur les maladies cardiovasculaires et les cancers.

Les auteurs de cette étude, baptisée HARMONY, avaient pour objectif de quantifier la part des gènes et de l’environnement dans la genèse de la maladie d’Alzheimer, de trouver des gènes de susceptibilité et d’identifier les conduites à risque ou au contraire susceptibles de protéger contre la maladie.

Ces jumeaux ont été interviewés par téléphone. Ils devaient d’abord définir leur statut, homozygotes (vrais jumeaux), ou hétérozygotes (faux jumeaux). Dans ce dernier cas, ils spécifiaient s’ils étaient du même sexe ou de sexes différents. Leurs performances intellectuelles étaient évaluées par un test portant sur 10 items (MSQ), sur la capacité de se rappeler 3 mots et d’expliquer pourquoi 3 paires de mots étaient semblables. D’autres questions sur leur état de santé et leur vie quotidienne étaient également posées. Lorsqu’ils n’étaient pas capables de répondre de façon satisfaisante à ce questionnaire, un proche était mis à contribution en utilisant le Blessed Dementia Rating Scale (BDRS). A partir de ces interviews, les sujets étaient classés sur une échelle de 0 à 3, 0 indiquant l’absence de troubles cognitifs, 1 des erreurs mineures, 2 plusieurs erreurs dans différents domaines et 3 des troubles cognitifs avérés. Un examen clinique détaillé était ensuite proposé aux participants dont le score était de 3, ainsi qu’à leur jumeau. Une large batterie de tests incluant le MMSE et le Clinical Dementia Rating scale (CDRS) leur était proposée afin de poser un diagnostic de démence selon le DSM-IV. Une prise de sang était aussi réalisée à cette occasion.

Les facteurs de risque potentiels ou au contraire les facteurs protecteurs ont été recherchés parmi les items suivants : facteurs de risque vasculaires, médicaments, traumatismes crâniens, consommation d’alcool et de tabac, supplémentations nutritionnelles, niveau d’éducation, exposition au stress, loisirs, activité physique et intellectuelle, anxiété, dépression, troubles du sommeil, hormonothérapie pour les femmes, interventions chirurgicales.

Sur les 13 723 personnes ayant été interviewées par téléphone, 11,5% présentaient des troubles cognitifs avec un score de 3. Sur les 1557 personnes qui ensuite ont eu un bilan clinique complet, 46,4% étaient diagnostiquées comme démentes. La prévalence des démences augmentait avec l’âge. La répartition selon les classes d’âge était du même ordre de grandeur que celle rapportée dans les études de Framingham, de Rotterdam, de Kungsholmen ou de East Boston. Elle était identique chez les vrais et faux jumeaux. La concordance de la maladie d’Alzheimer entre les jumeaux était de 59% chez les monozygotes et de 32% chez les hétérozygotes. Au sein des faux jumeaux, elle n’était plus que de 24% lorsqu’ils étaient de sexes différents. Lorsque deux vrais jumeaux étaient atteints de la maladie d’Alzheimer, ils la déclaraient à 2,7 ans d’intervalle en moyenne.

Ces premiers résultats de l’étude HARMONY sont à la fois en faveur de facteurs génétiques et environnementaux dans le déclenchement de la maladie d’Alzheimer. En effet, si la concordance entre vrais jumeaux est plus importante qu’entre faux jumeaux, un nombre important de jumeaux homozygotes échappent à la maladie quand leur frère ou leur sœur est atteint. A patrimoine génétique identique, d’autres facteurs doivent nécessairement être déterminants. De même, si les âges d’apparition de la maladie sont parfois très proche chez les homozygotes, leur décalage peut atteindre 6 à 7 ans. Ce sont probablement ces paires de jumeaux échappant à une parfaite concordance qui seront les plus intéressantes à étudier pour identifier les comportements à risque ou préventifs, à patrimoine génétique identique.
Pourcentage de personnes pour chaque stade d’atteintes cognitives. Un score de 0 correspond à l’absence d’atteinte cognitive alors qu’un score de 3 est le reflet de déficits cognitifs sévères.
  Performances Cognitives
Age en années Score 0 (en %) Score 1 (en %) Score 2 (en %) Score 3 (en %)
65-69 64,1 21,8 9,5 4,6
70-74 57,6 23,1 12,6 6,7
75-79 43,8 23,2 19,5 13,5
80-84 33,1 24,4 22,7 22,8
85-89 21,2 13,6 28,8 35,5
> 90 11,2 6,5 39,2 43,1
Publié en Juillet 2005
Auteur : B. Corman - , 
Références : Gatz M, Fratiglioni L, Johansson B, Berg S, Mortimer JA, Reynolds CA, Fiske A, Pedersen NL. Complete ascertainment of dementia in the Swedish Twin Registry: the HARMONY study. Neurobiol Aging. 2005 ; 26 : 439-47.