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image description Est-il possible de diminuer l’agressivité des sujets déments en institution ?
En institution, l’agressivité des pensionnaires atteints de démence n’est pas une situation exceptionnelle. Ces actes de violence constituent toujours un facteur de stress et une source de perturbation à la fois pour les autres résidents et pour le personnel soignant. Les facteurs favorisant l’apparition d’un tel comportement ne sont pas clairement identifiés. Si les altérations cognitives sont généralement considérées comme étant un facteur de risque, pour d’autres troubles tels que la dépression, le niveau de dépendance ou encore les syndromes douloureux, une relation significative n’a pas encore pu être établie de manière irréfutable. Une meilleure connaissance et un meilleur dépistage des facteurs de risque permettrait pourtant d’envisager précocement des mesures préventives.

L’étude transversale réalisée sur une cohorte de plus de 103 000 sujets déments répartis dans plus de 2000 institutions de 5 états d’Amérique du Nord apporte des éléments de réponse en ce qui concerne les facteurs sur lesquels il serait possible d’intervenir. Tous les participants devaient avoir eu au moins un bilan de santé annuel sous forme d’un Minimum Data Set. L’âge moyen des participants était de 84 ans et 75,9% d’entre eux étaient des femmes. Parmi ces pensionnaires, 6,9% s’étaient montrés physiquement agressifs au moins une fois au cours de la semaine qui avait précédé leur évaluation annuelle. L’agressivité physique était caractérisée par des coups, le fait de pousser, de griffer ou d’avoir des agissements à caractère sexuel envers autrui. Environ 10,5% des résidents avaient montré une agressivité verbale au cours de la semaine qui avait précédé leur bilan de santé. Les agressions verbales se traduisaient par des cris ou des insultes envers le personnel ou les autres pensionnaires, ou des tentatives pour les effrayer.

Après ajustement sur les différents facteurs de confusion éventuels tels que l’âge, le sexe, la sévérité de l’atteinte cognitive ou le niveau de dépendance, c’est la présence d’un syndrome dépressif qui apparaissait comme le facteur de risque le plus important. De fait, la présence d’une dépression multipliait le risque d’agressivité physique par 3,3. Les personnes qui étaient sujettes aux illusions ou qui avaient des hallucinations, tout comme celles qui souffraient de constipation, avaient aussi un risque accru d’agressivité. En revanche, ni les infections pulmonaires ou urinaires, ni la fièvre, ni la douleur même intense, ou le temps de participation à des activités, n’avaient d’influence sur l’agressivité.

En ce qui concerne l’agressivité verbale, elle était multipliée par près de 5 en présence d’une dépression, alors qu’elle était multipliée respectivement par 2,5 et 1,6 chez les sujets qui avaient des illusions ou des hallucinations. En revanche, la présence d’une constipation ne montrait pas d’association avec ce type d’agression.

Par ailleurs, 58,4% des patients qui étaient physiquement agressifs l’étaient aussi verbalement et, inversement, 38,4% des sujets verbalement agressifs l’étaient aussi physiquement.
S’il existe bien une relation de cause à effet entre ces diverses conditions et la survenue d’une agressivité physique ou verbale, il restera à montrer que des traitements spécifiques améliorent effectivement le comportement de ces patients déments. L’utilisation d’antidépresseurs pourrait en particulier se montrer intéressante dans cette optique.
Association entre l’agressivité physique et diverses situations.
Caractéristique Sujets physiquement agressifs
(n=7120)
Sujets non agressifs
(n=96 224)
Odds ratio
(IC à 95%)
Dépression 1913 9965 3,3 (3,0-3,6)
Illusions 707 3045 2,0 (1,7-2,4)
Hallucinations 295 1334 1,4 (1,1-1,8)
Constipation 855 7683 1,3 (1,2-1,5)
Publié en Juillet 2006
Auteur : L. Teillet - Hôpital Sainte-Périne,  Paris
Références : Leonard R, Tinetti ME, Allore HG, Drickamer MA. Potentially modifiable resident characteristics that are associated with physical or verbal aggression among nursing home residents with dementia. Arch Intern Med. 2006;166:1295-1300.