< Retour

Actualités

image description Existe-il une relation entre somnolence diurne et troubles cognitifs dans la population âgée ?
L'altération des fonctions cognitives a souvent été associée à différents facteurs comme les pathologies neurologiques ou vasculaires, le diabète ou encore la dépression. D'autres paramètres peuvent justifier ce déclin au cours de l'évolution en âge, c'est le cas du niveau d'éducation et du désengagement social. Une autre association a également été mise en évidence, celle de l'excès de somnolence diurne avec les troubles cognitifs et la démence. Un risque de surmortalité a même été rapporté dans une population de personnes très âgées présentant des fonctions supérieures altérées et somnolents la plupart du temps.

C'est ainsi qu'une équipe franco-américaine a tout récemment recherché l'existence de relations éventuelles entre un excès de somnolence diurne et l'existence de troubles cognitifs.

Pour réaliser cette étude, les investigateurs ont inclus 1026 personnes âgés de plus de 60 ans, qui habitaient la région parisienne. Après sélection, les patients étaient interrogés par téléphone et évalués à l'aide du système " Sleep-EVAL ". Cet outil est adapté aux études épidémiologiques des troubles des fonctions supérieures et du sommeil. Les diagnostics étaient établis à partir du DSM-IV (4ème édition du Manuel de Diagnostic et de Statistique des Troubles Mentaux) et de la Classification Internationale des Troubles du Sommeil (ICSD). L'évaluation comprenait une mesure du bien être subjectif par le PGWBS (Psychological General Well-being Schedule), un test d'évaluation des troubles des fonctions cognitives (MacNair-R) et une échelle d'évaluation de l'autonomie pour les actes de la vie quotidienne.

Les résultats de cette étude ont montré l'existence d'une somnolence diurne excessive chez 14% des personnes concernées, sans différence significative entre les quatre tranches d'âge (60-64, 65-69, 70-74, > 74 ans). La comparaison avec les sujets ne présentant pas cet excès de somnolence montrait un risque augmenté de troubles des fonctions cognitives. Ce risque se traduit par l'observation de scores plus élevés aux six catégories d'items que constitue la version française de l'échelle MacNair-R. Les Odds Ratios étaient de 2,1 pour les troubles de la concentration, de 1,7 pour les praxies, de 2,0 pour le rappel différé, de 2,5 pour les troubles de l'orientation, de 2,2 pour les troubles de l'orientation temporelle, et de 1,8 pour la mémoire prospective. Ce risque était objectivé quel que soit l'âge, le sexe, l'activité physique, l'occupation quotidienne, l'existence de pathologies organiques, ou la prise de neurotropes.

Les auteurs en concluent que l'excès de somnolence diurne est un facteur de risque indépendant et important de développer des troubles des fonctions cognitives. La plainte d'hypersomnie chez un sujet âgé doit évoquer l'éventualité d'un trouble des fonctions supérieures et nécessite sans doute une évaluation systématique.
Tableau: Les valeurs entre parenthèses correspondent aux scores moyens de la population générale.
Les scores les plus élevés correspondent aux difficultés cognitives plus importantes
    SCORES COGNITIFS (MacNair-R)
  Nombre de patients I
attention-concentration
II
praxies
III
rappel différé
IV
orientation
V
orientation temporelle
VI
mémoire prospective
Age (ans)
- 60-64
- 65-69
- 70-74
- > 74

246
234
205
341

4,72 (5,34)
4,45 (4,15)
5,07 (5,62)
4,63 (5,28)

0,45 (1,17)
0,64 (1,57)
0,82 (1,96)
1,40 (2,68)

0,95 (1,68)
0,60 (1,08)
0,73 (1,45)
0,78 (1,86)

3,52 (2,72)
3,40 (2,27)
3,80 (2,66)
3,74 (2,95)

1,18 (1,71)
1,22 (1,68)
1,28 (1,60)
1,31 (1,85)

1,79 (1,79)
1,82 (1,62)
2,01 (1,74)
1,74 (1,80)
Somnolence diurne
- oui
- non

140
886

7,41 (6,34)
4,35 (4,84)

1,76 (3,23)
0,77 (1,81)

1,75 (2,64)
0,62 (1,29)

5,11 (3,43)
3,39 (2,48)

2,18 (2,35)
1,11 (1,56)

2,57 (2,04)
1,71 (1,67)
Sieste
- aucune
- intentionnelle
- non intentionnelles

757
226
43

4,56 (5,03)
4,66 (4,96)
7,08 (6,88)

0,82 (1,99)
1,05 (2,28)
1,03 (1,66)

0,73 (1,58)
0,74 (1,46)
1,63 (2 ,05)

3,47 (2,62)
3,90 (2,79)
4,51 (3,03)

1,21 (1,71)
1,24 (1,64)
2,07 (2,24)

1,79 (1,74)
1,84 (1,74)
2,35 (1,82)
Publié en Avril 2002
Auteur : T. Cudennec - Hôpital Ambroise Paré,  Boulogne-Billancourt
Références : Ohayon MM, Vecchierini MF. Daytime Sleepiness and Cognitive Impairment in the Elderly Population. Arch Intern Med, 2002, 162: 201-208.