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image description Existe-t-il un lien entre déficit en vitamine D et performances physiques ?

Les personnes âgées ont très fréquemment une carence en vitamine D, liée en grande partie à une exposition limitée aux rayons UVB et à des apports alimentaires insuffisants en vitamine D. Plusieurs études ont déjà mis en évidence des liens entre un taux sérique insuffisant de vitamine D et plusieurs comorbidités telles que maladies cardiovasculaires, diabète sucré, HTA et pathologies ostéo-articulaires. Ces comorbidités peuvent affecter à terme le statut fonctionnel des patients, les exposant ainsi à une perte d’autonomie, une entrée en institution et à une mortalité accrue. L’objectif de cette étude était de préciser les relations entre un taux bas de vitamine D, ses variations dans le temps et les performances physiques, à partir de la cohorte LIFE-P (Lifestyle Interventions and Independence for Elders Pilot). Les auteurs ont également pris en compte les niveaux circulants de parathormone, étroitement liés au taux de vitamine D.
Les personnes incluses dans cet essai thérapeutique multicentrique en simple aveugle étaient randomisées soit dans un groupe « programme d’activité physique basée sur la marche », soit dans un groupe « vieillissement réussi avec informations et éducation » pendant 12 mois. Au total, 424 sujets, âgés de 70 à 89 ans et qui n’étaient ni hospitalisés ni institutionnalisés, ont été recrutés entre mai 2004 et février 2005. Ces personnes pouvaient entrer dans l’étude si elles étaient à risque d’incapacités, défini par le score Short Physical Performance Battery (SPPB) inférieur à 10, ou sédentaires, c’est-à-dire faisant moins de 20 minutes d’exercice par semaine le mois précédant l’inclusion. Au total, 368 sujets ont été retenus.
L’évaluation des performances physiques (SPPB) était basée sur un test d’équilibre debout pendant 10 secondes, la mesure du temps nécessaire pour se lever consécutivement 5 fois d’une chaise, et la vitesse de marche maximale sur 4 mètres. Par ailleurs, un test d’endurance à la marche était effectué sur 400 mètres. Le taux de parathormone était mesuré seulement à l’inclusion et la vitamine D à l’inclusion, à 6 mois et à 12 mois. Les facteurs confondants retenus étaient entre autres le bras de randomisation, la saison, les comorbidités, le statut cognitif. L’âge moyen des personnes était de 76,7 ans, avec 68% de femmes. Le taux moyen de vitamine D était de 20,9 ± 10,2 ng/ml, 50% des sujets avaient un déficit en vitamine D (< 20 ng/ml) tandis que 10% seulement avaient un taux suffisant de vitamine D (> 30 ng/ml). Le taux moyen de parathormone était de 39,7 ± 22,8 pg/ml, avec une proportionnalité inverse avec le taux de vitamine D. Un déficit en vitamine D était plus fréquent chez les sujets d’origine afro-américaine (78,3%).
Après ajustements avec les variables confondantes, les patients avec un déficit en vitamine D avaient un score significativement plus faible au test SPPB ainsi qu’une vitesse de marche plus lente. A 12 mois, les liens entre taux de vitamine D et performances physiques étaient inchangés, sans influence notable du taux de parathormone. A 12 mois, 12% des sujets passaient d’une déficience en vitamine D à une suffisance, 8,1% passaient de non déficients à déficients et 79,8% n’avaient pas changé de statut en 12 mois. Les sujets qui passaient de déficients à non déficients en 12 mois avaient une amélioration significative du score SPPB par rapport à ceux qui restaient déficients. Le taux initial de parathormone était associé au test des 400 mètres mais non au score de SPPB à 12 mois.
Cette étude confirme le lien entre déficit en vitamine D et mauvaises performances physiques, ce qui est fortement prédictif d’une perte d’autonomie chez ces sujets sédentaires ou à risque d’incapacités.
Les limites de cette étude résident dans le fait que la population incluse avait des performances physiques limitées, ce qui empêche la généralisation des résultats à l’ensemble de la population. Par ailleurs, une relation de causalité entre le taux de vitamine D et les performances physiques ne peut pas être établie avec certitude. Cette étude apporte néanmoins un argument fort en faveur d’une association entre un déficit en vitamine D et des performances physiques limitées, avec, à terme, un risque majoré de perte d’autonomie.

Publié en Juin 2011
Auteur : L. Lechowski - Hôpital Sainte-Périne,  Paris
Références : Houston DK Tooze JA, Hausman DB, Johnson MA, Nicklas BJ, Miller ME, Neiberg RH, Marsh AP, Newman AB, Blair SN, Kritchevsky SB. Change in 25-hydroxyvitamin D and physical performance in older adults. J Gerontol A Biol Sci Med Sci. 2011;66:430-436.