< Retour

Actualités

image description Existe-t-il un lien entre le taux plasmatique de vitamine E, le déclin cognitif bénin et la démence ?
Les personnes âgées peuvent être victimes d’un déclin cognitif, soit étiqueté bénin pour 10% à 24% des plus de 65 ans, soit sous la forme d’une authentique démence, et ce pour environ 6% des plus de 65 ans. Les stratégies de prévention comportent l’usage d’antioxydants tels que la vitamine E, et ce en raison d’une réduction du stress oxydatif et d’une action protectrice sur les neurones. Alors que les études restaient controversées quant à l’efficacité de la vitamine E dans la prévention du déclin cognitif du sujet âgé, un essai thérapeutique récent a montré une action bénéfique de la vitamine E sur la progression de la démence. L’objectif de cette nouvelle étude était de montrer une relation entre le taux sanguin de vitamine E et la prévention du déclin cognitif lié au vieillissement et à la démence dans une population de sujets âgés italiens inclus dans la cohorte In CHIANTI.

Il s’agissait de sujets de plus de 65 ans pour lesquels l’autonomie pour les activités de la vie quotidienne était évaluée par les échelles ADL et IADL de Katz et Lawton respectivement. Ils avaient également bénéficié d’un examen clinique complet. Si le MMSE (Mini-Mental State Examination) était inférieur ou égal à 26, une batterie de tests neuropsychologiques était effectuée. Un syndrome démentiel était le cas échéant attesté selon les critères du DSM IV (Diagnostic and Statistical Manual). Les patients étaient classés en 3 catégories : les sujets aux fonctions cognitives normales (n=807), les sujets avec une démence (n=58) et les sujets sans démence mais avec un déclin cognitif (n=168). Le taux sanguin de la vitamine E était systématiquement mesuré. Une enquête alimentaire était également effectuée afin de repérer toute consommation de vitamine E. Sur 1036 sujets, 3 ont été exclus puisque consommant des suppléments significatifs de vitamine E (>300mg par jour). Il y avait une majorité de femmes (56%) dans cette cohorte. Elles avaient des niveaux sanguins de vitamine E supérieurs aux hommes (30,9 micromoles par litre vs 28,7 ; p<0,001). La consommation quotidienne de vitamine E était toutefois significativement supérieure pour les hommes et ces derniers avaient un niveau d’instruction également plus élevé. Les patients avec une démence avaient des niveaux sanguins de vitamine E, de cholestérol total, une consommation de vitamine E et une consommation énergétique moyenne quotidienne moindre que les autres patients. Les sujets dont la concentration de vitamine E était classée dans le tertile inférieur de l’effectif total avaient un risque plus élevé que les autres patients d’avoir une démence ou un déclin cognitif. Ce risque était toujours significatif après ajustement au sexe et au niveau d’instruction. Il était de 2,6 pour une démence et de 2,2 pour un déclin cognitif.

Cette étude a donc mis en évidence une relation forte entre une concentration plasmatique basse de vitamine E et l’occurrence d’une démence ou d’un déclin cognitif. Les études antérieures recherchant une efficacité de la prise de vitamine E sur la survenue d’un déclin cognitif ou d’un démence souffraient en fait d’une insuffisance dans la méthodologie puisque les facteurs autres que diététiques tels que le tabagisme, l’exercice physique ou la prise de vitamine C, n’étaient pas systématiquement pris en compte. Un déficit en vitamine E est pourtant délétère sur le plan neurologique et il est aujourd’hui bien établi que cette vitamine permet de renforcer la neuroprotection vis à vis de l’accumulation de substance β-amyloïde. L’un des mécanismes retenus pour expliquer cette action de la vitamine E est la diminution du stress oxydatif, impliqué dans la physiopathologie de la maladie d’Alzheimer. L’une des limites de cette étude est son caractère transversal incitant à une interprétation prudente de la relation retrouvée entre la diminution des taux sanguins de vitamine E et l’altération des fonctions cognitives.

Ces résultats doivent pourtant encourager la mise en place de nouveaux essais thérapeutiques plus rigoureux sur le plan méthodologique concernant la supplémentation de vitamine E pour la prévention du déclin cognitif et de la démence.
Régression logistique entre niveau sanguin de vitamine E et déclin cognitif ou démence, ajusté au sexe, aux lipides sanguins, au tabagisme, aux calories et à la quantité de vitamine E consommée quotidiennement.
  Odds ratio (IC à 95%) entre démence et fonctions cognitives normales Odds ratio (IC à 95%) entre déclin cognitif bénin et fonctions cognitives normales
Niveau sanguin de vitamine E : tertile inférieur 2,6 (1,0 – 7,1) 2,2 (1,2 – 4,2)
Niveau sanguin de vitamine E : tertile intermédiaire 1,5 (0,5 – 3,9) 2,1 (1,2 – 3,6)
Age 1,2 (1,1 – 1,3) 1,1 (1,0 –1,2)
Niveau d’instruction (années) 0,6 (0,5 – 0,7) 0,6 (0,5 – 0,7)
Publié en Septembre 2005
Auteur : L. Teillet - Hôpital Sainte-Périne,  Paris
Références : Cherubini A, Martin A, Andres-Lacueva C, Di Iorio A, Lamponi M, Mecocci P, Bartali B, Corsi A, Senin U, Ferrucci L. Vitamin E levels, cognitive impairment and dementia in older persons: the InCHIANTI study. Neurobiol Aging. 2005; 26: 987–994