< Retour

Actualités

image description Existe-t-il une relation entre la mesure de l’atrophie cérébrale à l’IRM et les dépôts amyloïdes au PET scan dans la maladie d’Alzheimer ?
La physiopathologie supposée de la maladie d’Alzheimer (MA) implique que l’agrégation de la substance amyloïde provoque la perte neuronale puis l’atrophie cérébrale observée dans cette maladie.

Des études ont montré une progression de l’atrophie cérébrale mesurée par IRM durant l’évolution de la MA. De la même manière, le PET scan au marqueur PiB (marqueur de Pittsburg qui se lie spécifiquement aux dépôts de protéines béta-amyloïdes) montre une accumulation de la substance béta-amyloïde dans différentes régions du cerveau chez des patients qui souffrent de MA. Les auteurs ont mené ce travail pour étudier, région par région, les rapports entre accumulation de substance amyloïde et atrophie cérébrale des mêmes régions.

L’étude a porté sur 166 sujets dont 94 étaient des personnes âgées sans trouble cognitif objectivé, et parmi lesquelles 45 n’exprimaient pas de plainte mnésique alors que 49 se plaignaient de troubles de mémoire. Parmi les autres participants, 35 avaient une MA probable selon les critères usuels et 34 avaient des troubles cognitifs bénins sous la forme amnésique (MCI). Tous les sujets avaient bénéficié d’une IRM cérébrale et d’un PET scan au PiB. Des algorithmes permettaient d’étudier le degré d’atrophie cérébrale et l’intensité des dépôts de substance béta-amyloïde selon une cartographie spatiale.






Caractéristiques des sujets de l’étude et comparaison des groupes. PiB : évaluation au PETscan par le marqueur de Pittsburg (béta-amyloïde). MMSE : score au Mini-Mental State Examination (sur 30). Les valeurs sont exprimées par les moyennes ± écart-type.




Les résultats ont montré que les patients MA et MCI avaient un degré plus important d’atrophie cérébrale et de dépôts béta-amyloïdes que les sujets sains, avec ou sans plainte mnésique. Il n’y avait pas de différence significative entre les sujets sains sans plainte mnésique et ceux avec plainte mnésique. L’atrophie mesurée par IRM montrait, après comparaison au groupe des sujets sains sans plainte mnésique appelé «groupe témoin », une atrophie significative au niveau des 2 lobes frontaux pour le groupe des sujets sains avec plainte mnésique, une atrophie significative au niveau temporal, temporo-occipital et frontal pour les patients MCI, et sur l’ensemble de la substance grise pour les patients MA. Chez ces derniers et chez ceux avec un MCI, l’atrophie était plus marquée au niveau des hippocampes. Une corrélation entre atrophie à l’IRM et marquage au PiB était significative pour l’ensemble des 4 groupes. Mais l’analyse groupe par groupe montrait une corrélation significative comparativement aux autres groupes seulement pour le groupe des sujets sains avec plainte mnésique. Le résultat était identique lorsque l’âge et le nombre d’années d’instruction étaient inclus dans l’analyse. La corrélation était, toujours pour ce groupe, plus marquée lorsque le score cognitif était considéré. Les corrélations étaient les plus importantes au niveau des hippocampes, des aires temporo-pariétales et des aires péri-cingulaires.


Les conclusions à souligner sont les suivantes. D’une part, un lien n’a été établi entre dépôts béta-amyloïdes et atrophie cérébrale qu’à un stade très précoce, stade au cours duquel aucun déficit cognitif n’était décelable. Des résultats similaires ont déjà été retrouvés lorsque l’on cherchait un lien entre concentration de la forme Abéta-42 dans le liquide céphalo-rachidien et atrophie cérébrale. Deuxièmement, chez les sujets sains avec plainte mnésique, la corrélation entre béta-amyloïdes et atrophie cérébrale n’était retrouvée que dans les régions avec dépôts importants de béta-amyloïdes, c’est-à-dire dans les aires médiales orbito-frontales et dans les régions péri-cingulaires, ce qui renforce l’hypothèse physiopathologique selon laquelle les dépôts béta-amyloïdes seraient responsables de l’atrophie cérébrale dans la MA. L’absence de corrélation entre dépôts amyloïdes et atrophie chez les patients MA ou MCI serait due, selon les auteurs, à une puissance trop faible de leur étude en terme d’effectifs. Cependant, ce manque de corrélation chez des patients MA notamment pourrait témoigner du fait que les dépôts amyloïdes ont un rôle essentiel dans l’initiation de l’atrophie. A un stade plus tardif, les mécanismes expliquant la progression de l’atrophie seraient alors différents. Ceci viendrait à l’appui de l’hypothèse selon laquelle les thérapeutiques « anti-amyloïdes », inefficaces à ce jour dans la MA avérée, seraient bénéfiques seulement dans les stades très précoces. D’autres études seront encore nécessaires pour mieux comprendre la physiopathologie de la MA, avant d’ouvrir des voies thérapeutiques nouvelles.


Publié en Avril 2010
Auteur : L. Lechowski - Hôpital Sainte-Périne,  Paris
Références : Chételat G, Villemagne VL, Bourgeat P, Pike KE, Jones G, Ames D, Ellis KA, Szoeke C, Martins RN, O’Keefe GJ, Salvado O, Masters CL, Rowe CC. Relationship between atrophy and beta-amyloid deposition in Alzheimer disease. Ann Neurol. 2010;67:317-324.