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image description Faut-il faire maigrir les seniors en surpoids?
Le discours le plus classique concernant le surpoids est que, outre la question esthétique, l'obésité a de graves conséquences sur la santé en diminuant la qualité de vie et en augmentant la mortalité des sujets qui en sont atteints. Peu d’études ont précisé la relation entre l’âge, l’obésité et la mortalité. Deux travaux récents apportent des éléments de réponse à la question suivante : faut-il faire maigrir les seniors obèses?

Dans la première publication, une équipe japonaise a étudié les relations entre l’indice de masse corporelle (IMC), et la mortalité cardiovasculaire et globale chez 697 personnes âgées de plus de 80 ans vivant à domicile. Pendant 4 ans, ces chercheurs ont enregistré la date et la cause des décès survenus dans la cohorte. Les résultats ont montré que le risque relatif de décès, toutes causes confondues, était plus faible chez les sujets qui présentaient une surcharge pondérale (IMC supérieur ou égal à 25 kg/m2) que chez les sujets dont l’IMC était soit inférieur à 18,5, soit normal, c'est-à-dire compris entre 18,5 et 24,9. De la même façon, le risque de mortalité spécifiquement cardiovasculaire était diminué de 78% chez les sujets en surpoids par rapport à ceux dont l’IMC était normal ou faible. D’autre part, la mortalité cardiovasculaire était 4,6 fois plus élevée chez les personnes ayant un IMC < 18,5 comparés aux sujets qui avaient un poids normal ou qui étaient en surpoids. Cette étude a également montré qu’il y avait une diminution de 88% de la mortalité par cancer chez les sujets en surpoids, comparés aux personnes qui avaient un IMC < 18,5.

La deuxième étude a recherché les relations entre l’IMC et la mortalité à long terme chez des patients hollandais présentant une maladie coronarienne suspectée ou avérée. Il s’agissait d’une étude rétrospective auprès de 5950 patients dont 67% d’hommes, et d’âge moyen 61 ± 13 ans. L’IMC, les facteurs de risque cardiovasculaire comme l’âge, le sexe, l’hypertension, le diabète, le tabagisme, l’hypercholestérolémie, les antécédents d’infarctus du myocarde, l’angine de poitrine, l’insuffisance cardiaque, les gestes de revascularisation et l’évolution des patients ont été enregistrés. Les sujets ont été séparés en quatre groupes en fonction de leur IMC et suivis en moyenne pendant 6 ans.

Les résultats ont montré que l’incidence de la mortalité pendant la durée de suivi chez les sujets maigres, de poids normal, en surpoids, et obèses était respectivement de 39%, 35%, 24%, et 20%. La mortalité des sujets en surpoids ou obèses était bien significativement plus faible que celle des sujets de poids normal. Chez les patients ayant une maladie coronarienne suspectée ou avérée, un IMC faible serait un facteur prédictif de mortalité à long terme, en revanche, le surpoids et l’obésité auraient un effet favorable en terme de longévité chez ces malades.

Ces 2 études, réalisées sur des populations aux habitudes de vie très différentes, indiquent qu’à l’avenir il faudra probablement nuancer les recommandations relatives au poids corporel chez les seniors. Les personnes les plus maigres devraient être encouragées à gagner du poids par des apports nutritionnels et protéiques en particulier plus importants en les associant à un entraînement physique pour augmenter leur masse musculaire. Les personnes qui sont en léger surpoids ne devraient peut-être plus avoir l’œil rivé sur leur balance. Pour les sujets qui souffrent d’obésité morbide, en revanche, la question pourrait se poser différemment.

Mortalité en fonction de l’IMC au sein de la population de l’étude japonaise. * p<0,05 ;
** p<0,01.
Publié en Juin 2007
Auteur : S. Lauque - Successful Aging, Boulogne-Billancourt
Références : Takata Y, Ansai T, Soh I, Akifusa S, Sonoki K, Fujisawa K, Awano S, Kagiyama S, Hamasaki T, Nakamichi I, Yoshida A, Takehara T. Association between body mass index and mortality in an 80-year-old population. J Am Geriatr Soc. 2007;55:913-917