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image description Faut-il préférer la consommation de vin aux autres boissons alcoolisées lorsqu’il s’agit de prévention des démences ?
Plusieurs études d’observation ont montré qu’une consommation modérée d’alcool était associée à une diminution du risque de maladie coronarienne et d’accident vasculaire cérébral ischémique. Un effet bénéfique sur le risque de démence a également été rapporté. Cependant, les résultats présentent certaines divergences en particulier en ce qui concerne la nature de la boisson consommée. En effet, selon certaines études, une diminution du risque de démence était observée uniquement chez les buveurs de vin alors pour d’autres, la nature du breuvage alcoolisé importait peu. Très peu de données ayant été obtenues sur des populations nord-américaines, une nouvelle analyse de l’incidence des démences en relation avec la consommation d’alcool a été conduite dans la cadre de la Washington Heights-Inwood Columbia Aging Project sur une cohorte de personnes âgées résidants au nord de Manhattan.

Les 980 participants ont été recrutés entre 1991 et 1996. Ils étaient âgés de 73,3 ± 5,8 ans et 67% étaient des femmes. Leurs habitudes alimentaires, incluant la prise de boissons alcoolisées, ont été collectées à l’aide d’un questionnaire semi-quantitatif (SFFQ) en début d’étude. Lors du recrutement, puis annuellement, chaque participant subissait un examen médical. Le diagnostic de démence était posé sur la base du Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, Fourth Edition et avec l’aide de la batterie de tests neuropsychologiques. Le diagnostic de maladie d’Alzheimer était basé sur le NINCDS-ADRDA. Tous les participants étaient exempts de signes de démence au départ de l’étude.

Parmi les sujets de l’étude, 15% étaient des buveurs de bière, 17% des buveurs de vin, 14% des buveurs d’apéritifs et alcools forts et 70% ne déclaraient aucune consommation de boisson alcoolisée. Au cours du suivi (durée moyenne 4,1 ± 1,5 ans), 199 cas de maladie d’Alzheimer et 61 cas de démence associée à un accident vasculaire cérébral (AVC) ont été répertoriés. Les femmes représentaient la plus grande partie des non buveurs. D’une façon générale les buveurs modérés (de 1 verre par mois à 3 verres par jour, soit de 0,1 à 36 g d’alcool par jour) présentaient moins fréquemment des pathologies cardiaques (de 19 à 21% selon le type de boisson) que les non buveurs (31%). L’analyse des données a montré que seule la consommation modérée de vin était associée à une moindre incidence de démence en comparaison avec ceux qui n’en buvaient pas (risque relatif = 0,52 ; IC à 95% = 0,34-0,80). Des résultats similaires ont été obtenus en ce qui concerne la survenue plus spécifique d’une maladie d’Alzheimer (risque relatif = 0,55 ; IC à 95% = 0,34-0,89). Un risque plus faible de démence associée à un AVC semblait également probable, bien que la signification statistique ne soit pas atteinte (risque relatif 0,42 ; IC à 95% = 0,15-1,15). Cependant, si une diminution du risque de démence et de maladie d’Alzheimer était bien retrouvée chez les buveurs modérés de vin qui ne possédaient pas l’allèle APOE-e4, cet effet disparaissait lorsque les sujets hétérozygotes ou homozygotes pour cet allèle étaient analysés à part.

Dans cette cohorte, seule la consommation modérée de vin est associée à un moindre risque de démence ou de maladie d’Alzheimer, mais cet effet bénéfique n’est observé que chez les individus non porteurs de l’allèle APOE-e4. Il faut noter que dans cette étude, les buveurs légers et les buveurs modérés, très minoritaires dans la cohorte, étaient regroupés. Par ailleurs, très rares étaient les participants qui consommaient plus de 3 verres par jour. Les résultats obtenus sont donc essentiellement le reflet d’une faible consommation de vin, correspondant à moins d’un verre par jour.
Risque relatif (et IC à 95%) de maladie d’Alzheimer et de démence associée à un AVC en fonction de la consommation de bière ou de vin
  Maladie d’Alzheimer Démence associée à un AVC
Consommation Bière Vin Bière Vin
Aucune 1,0 1,0 1,0 1,0
Légère à modérée 1,47 (0,98-2,22) 0,55 (0,34-0,89) 0,69 (0,26-1,83) 0,42 (0,15-1,15)
Publié en Juin 2004
Auteur : T. Cudennec - Hôpital Ambroise Paré,  Boulogne-Billancourt
Références : Luschinger JA, Tang M-X, Siddiqui M, Shea S, Mayeux R. Alcohol intake and risk of dementia. J Am Geriatr Soc. 2004; 52:540-546