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image description Fumer est-il un passeport pour la démence ?

Il est de plus en plus évident que la prévention des risques cardiovasculaires peut diminuer le risque de démence au cours du vieillissement. Le tabagisme est un de ces facteurs de risque que l’on associe à la démence ainsi qu’aux troubles cognitifs, par le biais des accidents vasculaires. La fumée de cigarette contient de nombreuses substances toxiques qui affectent directement l’intégrité du neurone et ses fonctions, par exemple le monoxyde de carbone ainsi que des espèces réactives de l’oxygène. Chez les jeunes adultes, la consommation de nicotine entraîne une augmentation du flux sanguin et un métabolisme accru au niveau du cervelet, du thalamus droit, de la jonction pariéto-occipitale et du cortex frontal. Toutefois, une consommation intense et chronique conduit à un effet inverse avec une diminution générale du flux sanguin cérébral et de l’utilisation du glucose dans ces mêmes régions. Ce sont aussi ces zones du cerveau qui sont touchées chez les personnes âgées souffrant de troubles cognitifs légers et de démence.

Une première étude, pratiquée par tomographie à émission de positrons (PET), a confirmé une diminution de capture du glucose dans le cingulum postérieur ainsi que dans les cortex associatifs temporo-pariétal et préfrontal. Cette diminution touche aussi les neurones limbiques et thalamiques. Chez les patients atteints de démence, l’imagerie par résonance magnétique montre une réduction généralisée de la substance grise corticale ainsi que du noyau caudé et du thalamus médian. Cette réduction épargne les cortex sensori-moteur et occipital. A partir de ces données, on peut penser que l’un des mécanismes premiers dans la pathogenèse de la démence pourrait être la déconnexion des relations thalamo-corticales.

L’objectif de cette étude était d’évaluer les altérations éventuelles de la substance grise corticale chez les fumeurs âgés non déments, à l’aide de la résonance magnétique. Les personnes testées, âgées de 70 ans ou plus, avaient consommé au moins 5 cigarettes par jour durant l’année précédant l’étude. Leur score au MMSE était supérieur à 24. Ils ne présentaient pas de symptômes dépressifs ni de problèmes liés à l’alcool, et n’avaient pas de soucis de santé majeurs. Les sujets témoins présentaient le même profil, excepté pour la consommation de tabac. Les principales caractéristiques des 2 populations sont résumées dans le tableau ci-dessous.


Caractéristiques des participants de l’étude. * Les fumeurs avaient consommé en moyenne 25 cigarettes par jour pendant 30 ans.

La réduction de la densité de la substance grise chez les fumeurs était significative (p < 0,001) dans les territoires suivants (aires de Brodmann) :
- le précuneus droit (aire 31),
- le cingulum postérieur gauche (aires 23 et 31),
- les circonvolutions précentrales droite et gauche et frontale médiane (aires 4 et 6),
- le thalamus droit.

Comme ces territoires sont aussi précocement touchés dans les démences naissantes, on peut penser que le tabagisme prédispose à leur pathogenèse et favorise les troubles cognitifs. Avant toute conclusion définitive, il serait toutefois intéressant de pouvoir suivre l’évolution de ces altérations, en corrélation avec l’évolution des performances cognitives et comparativement à des non fumeurs.

Publié en Mars 2008
Auteur : Ph. van den Bosch de Aguilar - Université Catholique de Louvain,  Louvain-la-Neuve
Références : Almeida OP, Garrido GJ, Lautenschlager NT, Hulse GK, Jamrozik K, Flicker L. Smoking is associated with reduced cortical regional gray matter density in brain regions associated with incipient Alzheimer disease. Am J Geriatr Psychiatry.