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image description Fumer protègerait de la maladie de Parkinson.
Les méfaits du tabagisme sur la santé sont bien connus. Cependant, de façon surprenante, des études épidémiologiques ont mis en évidence un moindre risque chez les fumeurs de développer une maladie de Parkinson et ceci de façon tout-à-fait concluante. Les facteurs responsables de cette protection sont mal connus. En particulier, la diminution de ce risque est-elle liée à l’intensité du tabagisme ou à sa durée ?

La relation entre le mode de consommation du tabac et le risque de maladie de Parkinson a été à nouveau explorée à la faveur des données collectées au cours d’une vaste étude sur une population de retraités américains. Cette étude repose sur l’analyse d’une cohorte de 566 402 participants âgés de 50 à 71 ans et constituée en 1995-1996, à l’origine en vue d’établir les relations entre le régime alimentaire, le mode de vie et l’étiologie des cancers. L’étude concernant la maladie de Parkinson a été menée de 2004 à 2006 sur 303 806 participants, dont 1 662 étaient diagnostiqués comme étant atteints de la maladie de Parkinson. Les habitudes des fumeurs étaient caractérisées par le nombre de cigarettes fumées par jour durant des périodes de 5 ans entre l’âge de 15 et 25-29 ans, et durant des périodes de 10 ans entre l’âge de 30-39 ans et 70 ans. La consommation de café et/ou de boissons contenant de la caféine était aussi évaluée. Les caractéristiques de la population étudiée sont résumées dans le tableau ci-dessous.





L’analyse statistique des données montre que la maladie de Parkinson atteint les personnes plus âgées, préférentiellement les hommes, moins fréquemment les fumeurs et les consommateurs de caféine. Comparés aux non-fumeurs, le risque était de 0,78 pour les anciens fumeurs et de 0,56 pour ceux qui continuaient à fumer. Dans la population des anciens fumeurs, la durée du tabagisme était significativement associée à un risque plus faible de maladie pour une même consommation de tabac. Ainsi, comparés aux non-fumeurs, le risque pour les anciens fumeurs qui avaient consommé plus de 20 cigarettes par jour était de 0,96 pour une durée de 1 à 9 ans de tabagisme, de 0,78 pour 10 à 19 ans, de 0,64 pour 20 à 29 ans et de 0,59 pour 30 ans ou plus. En revanche, pour une même durée de tabagisme, le nombre de cigarettes fumées par jour ne montrait aucune relation avec le risque de maladie de Parkinson.

Cette étude, qui concernait un grand nombre de participants, confirme les résultats de travaux antérieures, plus limités quant au nombre d’observations. La durée du tabagisme et son arrêt plus ou moins récent sont les facteurs les plus importants dans la modulation des risques de la maladie de Parkinson. Parmi les anciens fumeurs, le risque le plus faible est observé chez les participants qui ont fumé le plus longtemps ou qui ont arrêté le plus récemment. De plus, l’hypothèse d’une plus grande mortalité chez les parkinsoniens fumeurs comparés aux parkinsoniens non-fumeurs n’est pas vérifiée. Une cause génétique ne peut être retenue, car une diminution du risque de maladie de Parkinson est observée chez les fumeurs de paires de jumeaux homozygotes. Enfin, un ensemble d’observations actuelles montrerait que le tabagisme passif, le fait d’avoir des parents fumeurs et une plus grande proportion de fumeurs chez les femmes, seraient autant de facteurs qui diminueraient le risque de la maladie de Parkinson. Les causes biologiques de cette protection restent obscures et les effets de la nicotine sur le système dopaminergique sont difficiles à interpréter sur des modèles expérimentaux, d’autant plus que, jusqu’à présent, les essais sur les animaux de laboratoire n’ont été que de courte durée.
Publié en Mars 2010
Auteur : Ph. van den Bosch de Aguilar - Université Catholique de Louvain,  Louvain-la-Neuve
Références : Chen H, Huang X, Guo X, Mailman RB, Park Y, Kamel F, Umbach DM, Xu Q, Hollenberck A, Schatzkin A, Blair A. Smoking duration, intensity, and risk of Parkinson disease. Neurology. 2010;74:878-884.