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image description Hyponatrémie modérée : la vigilance s’impose.

L’hyponatrémie est l’anomalie biologique la plus fréquemment rencontrée chez les patients hospitalisés. Des études ont montré un lien entre la présence d’une hyponatrémie et une mortalité augmentée et/ou la survenue d’un infarctus, même si les patients n’avaient pas de traitement diurétique. Deux études récentes se sont intéressées à la morbi-mortalité liées aux hyponatrémies dans la population générale pour l’une et chez des patients hospitalisés pour l’autre.

Dans la première étude, la survenue d’infarctus ou de décès après une hyponatrémie modérée a été analysée dans une population danoise, entre 1998 et 2000. Dans 2 régions du Danemark, toutes les personnes de plus de 55 ans recevaient un questionnaire à remplir sur leurs facteurs de risque cardiovasculaires, leurs antécédents médicaux et leur traitement actuel. Ceux qui avaient plus de 2 facteurs et 60% de ceux qui en avaient 1 ou 0 ont été inclus. Le but initial de cette étude était d’évaluer l’intérêt d’un holter-ECG de 48h pour prédire un risque vasculaire chez les personnes de plus de 50 ans sans maladie cardiaque évidente. La « Copenhagen Holter Study » a ainsi inclus 671 personnes de 55 à 75 ans sans aucun antécédent connu cardiovasculaire, vasculaire cérébral, ou de cancer. L’évaluation initiale comprenait un Holter-ECG de 48h en ambulatoire, des prélèvements sanguins et un questionnaire. L’hyponatrémie était définie selon 2 critères : natrémie ≤134 mM et ≤137 mM, sur la base de critères proposés lors de travaux antérieurs. Le suivi était de 6,3 ans en moyenne.

Parmi ces 671 personnes, 14 (2,1%, groupe A) avaient une natrémie ≤134 mM et 62 (9,2%, groupe B) une natrémie ≤137 mM. Personne n’avait de natrémie ≤129 mM. Ensemble, 43% du groupe A, 27% du groupe B et 14% des contrôles (natrémie>137mM) ont présenté un infarctus ou sont décédés (p<0,002). Le ratio ajusté était de 3,56 dans le groupe A par rapport aux contrôles (IC à 95% : 1,53-8,28 ; p<0,005) et de 2,21 dans le groupe B (IC à 95% : 1,29-3,80 ; p<0,005) après ajustement pour l’âge, le sexe, le tabagisme, le diabète, le LDL-cholestérol et la pression artérielle. L’utilisation de diurétiques ne changeait pas la significativité des résultats.

Les auteurs de la deuxième étude se sont intéressés à la mortalité après une hospitalisation lors de laquelle était constatée une hyponatrémie. Il s’agissait d’une étude prospective américaine, sur une cohorte de 98 411 adultes ayant eu une mesure de natrémie alors qu’ils étaient hospitalisés entre 2000 et 2003 dans 2 hôpitaux universitaires de Boston dans le Massachussetts. Les critères évalués étaient la mortalité pendant l’hospitalisation, puis à 1 et à 5 ans.

Une hyponatrémie <135 mM a été observée chez 14,5% des patients lors de l’évaluation initiale. Comparés à ceux qui avaient une natrémie normale (135-144 mM), les patients qui avaient une hyponatrémie étaient plus âgés (67,0 versus 63,1 ans ; p<0,001) et avaient plus de comorbidités (Index de Charlson à 1,9 versus 1,4 ; p<0,001). Dans le modèle d’ajustement multivarié, les patients présentant une hyponatrémie avaient un risque augmenté de décéder lors de leur hospitalisation (odd ratio 1,47 ; IC à 95% : 1,33-1,62), ainsi qu’à 1 an (odd ratio 1,38 ; IC à 95% : 1,32-1,46) et à 5 ans (odd ratio 1,25 ; IC à 95% : 1,21-1,30). L’augmentation du risque de décès était évidente, même chez ceux présentant une hyponatrémie modérée (130-134 mM ; odd ratio 1,37, IC à 95% : 1,23-1,52). La relation entre hyponatrémie et mortalité était prononcée chez les patients hospitalisés présentant une maladie cardiovasculaire, un cancer métastatique ou venus pour une chirurgie orthopédique. Si l’hyponatrémie était significativement plus fréquente chez les patients présentant une pneumonie, un sepsis, une maladie hépatique ou une maladie respiratoire, elle ne modifiait pas leur mortalité. La guérison de l’hyponatrémie pendant l’hospitalisation permettait d’atténuer l’augmentation de mortalité qui lui était associée.

Ces deux études nous montrent qu’il ne faut pas négliger les hyponatrémies, mêmes modérées, de nos patients. En effet leur correction peut avoir des effets préventifs sur leur morbidité. Par ailleurs, il semble particulièrement important d’être vigilant chez les patients présentant une hyponatrémie et des maladies cardiovasculaires, un cancer métastatique ou venus pour une chirurgie orthopédique.

Publié en Octobre 2009
Auteur : S. Moulias - Hôpital Ambroise Paré,  Boulogne-Billancourt
Références : Sajadieh A, Binici Z, Mouridsen MR, Nielsen OW, Hansen JF, Haugaard SB. Mild hyponatremia carries a poor prognosis in community subjects. Am J med. 2009;122:679-686. Waikar SS, Mount D