< Retour

Actualités

image description La consommation alimentaire d’anti-oxydants au cours de la vie adulte ne modifierait pas l’incidence des démences
Selon certaines hypothèses basées sur des données expérimentales et cliniques, le stress oxydant pourrait jouer un rôle important dans l’étiologie des démences, qu’il s’agisse de démences de type Alzheimer ou de démence d’origine vasculaire. Les effets potentiels de la consommation d’anti-oxydants tels que la vitamine C, la vitamine E, le β-carotène ou encore les flavonoïdes ont donc été recherchés dans de nombreuses études. La plupart des essais n’ont cependant considéré que les habitudes alimentaires en fin de vie ou bien n’ont porté que sur des suivis de courte durée, ce qui pourrait contribuer à expliquer la divergence des résultats publiés jusqu’ici. Compte tenu de l’évolution très lente des déficits cognitifs qui conduisent à une démence et de leurs répercussions possibles sur les habitudes alimentaires, il semblait plus logique d’analyser l’impact de la prise d’anti-oxydants en milieu de vie sur l’incidence de ces pathologies. C’est ce qui a été réalisé au cours de l’étude longitudinale Honolulu-Asia Aging Study (HAAS).

Cette étude, réalisée à Hawaii sur des américains ayant des origines japonaises, est la continuation d’une autre étude qui a débuté en 1965 sur une cohorte de plus de 8000 hommes nés entre 1900 et 1919 et dont le but était d’étudier la survenue d’accidents coronariens et d’accidents vasculaires cérébraux. L’étude HAAS a, elle, débuté en 1991 sur 3734 survivants de la première cohorte, alors âgés de 71 à 93 ans. Ils ont subi un examen clinique entre 1991 et 1993 puis entre 1994 et 1996 et entre 1997 et 1999. La présence d’une démence a été recherchée à l’aide du Cognitive Abilities Screening Instrument. Le niveau de sévérité a été évalué par un examen neurologique, des tests neuropsychologiques ainsi que l’interview de l’aidant et le diagnostic était posé selon les critères du DSM III. Un questionnaire a permis de collecter les informations concernant les habitudes alimentaires des participants depuis 1965 et en particulier leur consommation de vitamines C et E, de β-carotène et de flavonoïdes.

Parmi les 3734 sujets inclus, 226 ont été exclu de l’analyse car ils présentaient une démence au départ de l’étude. Par ailleurs, 1049 autres personnes n’ont pas été retenues soit parce qu’elles étaient décédées au cours des premières années de l’étude, qu’elles avaient un régime alimentaire très atypique ou qu’elles ont été perdues de vue.

Au cours des 30 années de suivi, 2224 sujets ont conservé des fonctions cognitives normales et 235 ont développé une démence dont 102 de type Alzheimer, 44 d’origine vasculaire, 38 mixtes et 51 d’autres origines. Les sujets qui ont manifesté une démence étaient plus âgés en début d’étude que ceux qui restaient indemne (79,3 ± 4,8 ans vs 76,7 ± 3,9 ans). Il n’y avait pas d’association entre la consommation de β-carotène, de vitamine C ou de flavonoïdes et le risque de démence. En revanche, après ajustement sur la prise calorique, une légère augmentation du risque de démence était observée chez les sujets qui se situaient dans le second quartile de consommation de vitamine E (risque relatif 1,47; IC à 95%: 1,01-2,14), association qui n’était pas retrouvée pour des consommations plus élevées (3ème et 4ème quartiles). De même, un risque plus élevé de maladie d’Alzheimer était observé chez les sujets du second et du 4ème quartile mais pas chez ceux du 3ème quartile. Lorsque la consommation totale d’anti-oxydants était considérée, une augmentation du risque de maladie d’Alzheimer était également observée chez les sujets qui en consommaient le plus (risque relatif 1,82; IC à 95%: 1,04-3,21).

Les résultats de cette analyse, bien que n’allant pas dans le sens escompté, suggèrent qu’il n’y a pas d’association étroite entre la consommation à long terme de substances anti-oxydantes et l’incidence des démences, quel qu’en soit le type. Cette étude souffre cependant de la même limitation que la plupart des investigations de ce genre, à savoir une évaluation des habitudes alimentaires à l’aide d’un questionnaire portant sur les dernières 24 heures, ce qui n’est pas nécessairement représentatif de la consommation alimentaire moyenne. Des études complémentaires seraient par ailleurs nécessaires afin de préciser le lien entre vitamine E et risque de démence.
Risque relatif (après analyse multivariée) de démence en fonction de la prise alimentaire d’anti-oxydants (répartie en quartiles) au cours de la vie adulte.
Consommation d’anti-oxydants 1er quartile 2ème quartile 3ème quartile 4ème quartile
  Béta-carotène
Démences 1,0 1,11 (0,76-1,62) 1,13 (0,78-1,64) 1,08 (0,74-1,57)
Maladie d’Alzheimer 1,0 0,99 (0,57-1,74) 1,05 (0,61-1,82) 0,86 (0,49-1,53)
  Vitamine C
Démences 1,0 0,75 (0,50-1,12) 0,96 (0,66-1,40) 1,25 (0,87-1,78)
Maladie d’Alzheimer 1,0 0,62 (0,34-1,14) 0,83 (0,47-1,47) 1,06 (0,62-1,80)
  Vitamine E
Démences 1,0 1,47 (1,01-2,14) 1,27 (0,86-1,88) 1,33 (0,90-1,96)
Maladie d’Alzheimer 1,0 1,84 (1,04-3,25) 1,19 (0,64-2,22) 1,58 (0,87-2,85)
  Flavonoïdes
Démences 1,0 1,35 (0,92-1,99) 0,95 (0,63-1,43) 1,36 (0,95-1,96)
Maladie d’Alzheimer 1,0 0,97 (0,52-1,81) 0,72 (0,38-1,36) 1,56 (0,92-2,67)
Publié en Juillet 2004
Auteur : T. Cudennec - Hôpital Ambroise Paré,  Boulogne-Billancourt
Références : Laurin D, Masaki KH, Foley DJ, White LR, Launer LJ. Midlife dietary intake of antioxidants and risk of late-life incident dementia. The Honolulu-Asia Aging Study. Am J Epidemiol. 2004; 159: 959-967