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image description La consommation d’alcool chez les femmes est-elle bénéfique pour la mémoire ?
Les effets délétères de l’alcool sur le système nerveux central sont parfaitement connus. Cependant, une consommation modérée d’alcool pourrait être bénéfique sur les fonctions cognitives comme le mettent en évidence plusieurs études récentes. L’effet cardio-protecteur d’une consommation modérée d’alcool pourrait expliquer son action sur les fonctions supérieures. Cependant, très peu d’études avec de larges effectifs ont été réalisées pour étudier l’effet d’une consommation modérée d’alcool sur les fonctions cognitives.

Les auteurs ont fait cette analyse sur la cohorte  Nurses Health Study. Au départ, en 1976, ces femmes qui avaient entre 30 et 55 ans étaient indemnes de tout accident vasculaire cérébral. Parmi celles-ci, seules les femmes d’au moins 70 ans en 1995 ont été retenues. Leur consommation d’alcool ainsi que leurs fonctions cognitives étaient évaluées par téléphone. La seconde évaluation des fonctions cognitives était réalisée en moyenne 1,8 ans après la première (1,3 à 5,5 ans). Une partie des données a été collectée à l’aide de questionnaires envoyés et complétés par les participantes puis retournés aux investigateurs.

La consommation d’alcool a ainsi été évaluée en 1984, 1986, 1990, 1994 et 1998. La nature de l’alcool, la quantité ainsi que la fréquence de consommation (de jamais à plus de 6 fois par jour) étaient consignées. Cette méthode d’estimation de la consommation d’alcool a déjà été validée lors d’études antérieures. L’évaluation des fonctions cognitives était réalisée par téléphone à l’aide du TICS (Telephone Interview for Cognitive Status). Le score total pouvait varier de 0 à 41 (résultat parfait), un seuil à 31 définissant un résultat pathologique. Des tests complémentaires ont été réalisés tels qu’un test de rappel différé d’une liste de 10 mots pour étudier la mémoire verbale, et un test de fluence verbale catégorielle. Le génotype de l’apolipoprotéine E a été déterminé sur un échantillon de 3036 femmes.

L’analyse a consisté en l’étude de la relation entre la consommation d’alcool d’une part et les fonctions cognitives et leur déclin d’autre part. La consommation d’alcool a été segmentée en 3 catégories : pas d’alcool, 1 à 14,9 grammes d’alcool par jour, et 15 à 30 g par jour. Une régression linéaire avec ajustement sur l’âge et d’autres facteurs de confusion a été effectuée sur ces données.

La collecte de l’ensemble des paramètres a été possible pour 12480 femmes. Les caractéristiques générales des femmes ne différaient pas significativement selon la consommation d’alcool. Il n’y avait pas de différence significative entre les fonctions cognitives des femmes buvant de 15 à 30 grammes d’alcool par jour et celles ne buvant pas d’alcool. Sur la période étudiée (1,8 an en moyenne), les femmes qui buvaient de 1 à 14,9 grammes d’alcool par jour avaient un risque de déclin cognitif environ 20% plus faible que les femmes ne buvant pas du tout d’alcool. Ce résultat concernait à la fois l’évaluation par le score total du TICS et par le score de mémoire verbale, fortement prédictive d’une maladie d’Alzheimer lorsqu’elle est altérée. La consommation de chacun des types de boisson alcoolisée était associée aux mêmes effets « protecteurs » vis-à-vis du déclin cognitif lorsque la consommation d’alcool était de 1 à 14,9 grammes par jour.

Cette étude a mis en évidence des performances cognitives meilleures chez les femmes qui consommaient régulièrement des quantités modérées d’alcool quelle que soit la boisson consommée. Cependant, les femmes qui prenaient des quantités excessives d’alcool n’ont pas été étudiées, ce qui constitue une limite à ce travail. D’autre part, cette étude n’a permis de mesurer les effets d’une consommation raisonnable d’alcool que sur une courte période de 2 ans. Ces résultats ne peuvent exclure qu’un déclin cognitif puisse être à l’origine d’une diminution de la consommation d’alcool. L’explication la plus plausible de l’effet bénéfique d’une consommation modérée d’alcool sur les fonctions cognitives serait liée à l’effet cardio-protecteur de l’alcool, la diminution des facteurs de risque cardiovasculaires étant associée à un déclin cognitif atténué. Les résultats de cette étude sont concordants avec ceux de travaux antérieurs, avec des effectifs moindres. Des études complémentaires sur une durée plus longue semblent néanmoins nécessaires pour confirmer l’association mise en évidence entre une consommation modérée d’alcool et un moindre déclin cognitif.
Mesure du déclin cognitif Nombre de patientes Consommation d’alcool
Risque relatif (IC à 95%)
Aucune 1 à 14,9 g/j 15 à 30 g/j
Score du TICS avec
le déclin le plus important
(10 premiers percentiles)
Ajusté à l’âge et
au niveau d’instruction
11102 1,00 0,82
(0,72 – 0,95)
1,00
(0,74 – 1,35)
Ajustement multivarié 1,00 0,85
(0,74 – 0,98)
1,04
(0,77 – 1,41)
Mémoire verbale avec
le déclin le plus important
(10 premiers percentiles)
Ajusté à l’âge et
au niveau d’instruction
9670 1,00 0,82
(0,71 – 0,98)
0,78
(0,55 – 1,10)
Ajustement multivarié 1,00 0,83
(0,72 – 0,97)
0,76
(0,54 – 1,09)
Score cognitif global avec
le déclin le plus important
(10 premiers percentiles)
Ajusté à l’âge et
au niveau d’instruction
9661 1,00 0,86
(0,74 – 0 ,99)
0,81
(0,58 – 1,13)
Ajustement multivarié 1,00 0,89
(0,77 – 1,03)
0,82
(0,58 – 1,16)
Publié en Mars 2005
Auteur : L. Lechowski - Hôpital Sainte-Périne,  Paris
Références : Stampfer MJ, Kang JH, Chen J, Cherry R, Grodstein F. Effects of moderate alcohol consumption on cognitive function in women. New Engl J Med. 2005; 352 : 245-253.