< Retour

Actualités

image description La dépression touche-elle-aussi les centenaires ?

La dépression est courante en fin de vie et les symptômes dépressifs sont assez fréquents chez les personnes très âgées. Les changements physiologiques et sociaux liés à l’âge pourraient expliquer certains des facteurs à l’origine de la dépression. Bien qu’en elle-même cette pathologie ne fasse pas partie du processus du vieillissement, les personnes âgées de 85 ans et plus deviennent plus vulnérables à la dépression. Cette vulnérabilité accrue pourrait être due à des modifications structurales et biochimiques du système nerveux central. A cela s’ajoutent des facteurs de risque comme la retraite, le deuil, la solitude, la maladie et l’entrée en institution. Le sentiment de dépression peut aussi s’aggraver avec la difficulté accrue pour accomplir les tâches de la vie quotidienne, associée à des troubles cognitifs.

L’état dépressif est difficile à évaluer. Il est souvent associé à la fatigue et à l’appréciation positive ou négative que la personne âgée a de ses capacités. La santé subjective, ou façon dont une personne évalue sa santé, est l’expression du lien qu’elle établit entre sa santé mentale et sa santé physique. L’affaiblissement de ce lien par la maladie ou les incapacités peut avoir un impact direct sur la dépression et ses manifestations. D’autres éléments peuvent aussi intervenir : le niveau d’éducation, la comparaison avec d’autres personnes âgées, l’environnement social… Toutefois, un sentiment subjectif de bonne santé est souvent observé chez les centenaires et généralement exprimé de façon plus positive, sans déclarations dépressives, que chez des personnes plus jeunes.

La recherche d’un syndrome dépressif se fait la plupart du temps à l’aide du GDS ou Geriatric Depression Scale, test classique largement utilisé depuis 25 ans. Les principaux aspects pris en compte sont : l’instabilité de l’humeur, l’apathie, l’inquiétude, les déficits cognitifs, la perte d’espoir.

Une analyse récente, s’appuyant sur les données recueillies durant l’étude pratiquée de 1988 à 1997 en Géorgie aux Etats-Unis sur les centenaires, a permis d’évaluer la prévalence de la dépression en fonction de l’âge. Ce travail a porté sur 319 sexagénaires, 93 octogénaires et 139 centenaires. La majorité des participants étaient des femmes, d’origine caucasienne et ayant un niveau d’éducation assez élevé. De façon générale, les centenaires préféraient rester à la maison (69,7%), abandonnaient progressivement leurs activités et leurs projets (79,1%) et avaient l’impression de perdre leur énergie (57,1%), bien que tous disaient se sentir bien. Comparés aux autres groupes d’âge, ils présentaient  le score de dépression le plus élevé (13,4 + 3,6). Cet état dépressif peut sans doute être attribué en grande partie à la fatigue, la faiblesse physique et un certain déclin cognitif. Parmi ces facteurs, les troubles cognitifs et le manque d’entrain physique apparaissaient être plus liés à la présence de soucis de santé qu’à des problèmes de dépression. Comparés aux autres groupes d’âge, un élément important chez les centenaires est l’acceptation de leurs handicaps physiques, qui ne s’amélioreront pas avec le temps. Si cette perception de leur état physique fait preuve de réalisme, ils gardent cependant un état d’esprit assez optimiste, plus que celui des sexa- et octogénaires.

Ainsi, la dépression, évaluée selon l’échelle GDS, lorsqu’elle apparaît chez les centenaires serait plus l’expression d’une fatigue physique, d’un léger déclin cognitif ou d’une dépendance physique que d’une manifestation dépressive en tant que telle. Une étude plus approfondie serait nécessaire pour mieux définir la réalité de la dépression chez les personnes très âgées dans l’ensemble de ses composantes afin de leur apporter un soutien approprié.

Publié en Mars 2012
Auteur : Ph. van den Bosch de Aguilar - Université Catholique de Louvain,  Louvain-la-Neuve
Références : Scheetz LT, Martin P, Poon LW. Do centenarians have higher levels of depression ? Findings from the Georgia Centenarian Study. J Am Geriatr Soc. 2012;60:238-242.