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image description La fragilité du sujet âgé : évolution avant le stade de fragilité et validité dans d’autres populations.

La fragilité est un syndrome clinique pouvant survenir chez la personne âgée. Elle est prédictive d’un très mauvais pronostic, avec un risque accru de perte d’autonomie, d’hospitalisations, d’institutionnalisation et de décès. Ce syndrome a été défini par l’association de 5 critères cliniques que sont la diminution de la force musculaire, l’épuisement ou fatigabilité, des performances motrices ralenties, une baisse d’activité physique et une perte de poids non volontaire. La description de ce syndrome particulièrement péjoratif, sans traitement spécifique, a amené les auteurs de la première étude présentée ici à se poser la question des manifestations initiales de la fragilité et leur signification en terme d’évolution. Il s’agit également de rechercher une hiérarchisation dans la survenue successive des différents critères de fragilité, afin d’essayer de mieux comprendre la physiopathologie de ce syndrome.

L’étude a été réalisée sur la cohorte Women Health and Aging Study 2, comprenant 420 femmes de 70 à 79 ans, non institutionnalisées, sans trouble cognitif ni handicap physique à l’inclusion. Les patientes ont été interrogées et examinées tous les 18 mois pendant 7,5 ans selon les 5 critères de Fried. La fragilité était définie par la présence d’au moins 3 des 5 critères, un état de pré-fragilité par 1 ou 2 critères, et l’absence de fragilité par l’absence de ces 5 critères.

A l’inclusion, 36% des femmes étaient dans un état de pré-fragilité et parmi ces 152 femmes, 35, soit 23%, ont développé une fragilité. Parmi les 268 femmes non fragiles, 24 (9%) sont devenues fragiles et 178 (66%) pré-fragiles au cours du suivi. En début d’état pré-fragile, les critères de fragilité les plus fréquents étaient la faiblesse musculaire (44%), une faible activité physique (29%) et une lenteur des performances musculaire (23%). En début d’état fragile, les 3 critères cités ci-dessus étaient présents avec une fréquence respective de 81%, 73% et 69%. La perte de poids et l’épuisement étaient les moins fréquents.

Pour ces auteurs, la faiblesse musculaire en tant que premier symptôme concorde avec le fait que la masse musculaire et sa qualité diminuent au milieu de la vie et exposent donc le sujet âgé à une sarcopénie. Ce serait à ce stade que des interventions thérapeutique pourraient être efficaces si elles étaient mises en place au début de ce que les auteurs décrivent comme le cercle vicieux de la fragilité du sujet âgé, avec comme manifestations ultimes une perte de poids et un épuisement. Cependant ils mettent l’accent sur la prudence dans l’interprétation de cette hiérarchie de survenue des critères de fragilité, avec la nécessité de confirmer ces résultats sur d’autres cohortes de patients avant de faire de la faiblesse musculaire une cible thérapeutique de choix pour prévenir la fragilité. La fragilité est d’ailleurs une entité dont la définition ne fait pas encore l’unanimité en raison de la limite de sa validité sur des cohortes trop peu nombreuses.

L’étude française des 3 Cités a été l’occasion pour les auteurs d’appliquer les critères de fragilité sur cette grande cohorte. Il s’agit de 6 078 personnes recrutées à partir de listes électorales de Bordeaux, Dijon et Montpellier. Les personnes avaient à l’inclusion de 65 à 95 ans et 61% étaient des femmes. L’objectif du travail était d’observer la survenue des 3 événements péjoratifs que sont la perte d’autonomie, les hospitalisations et les décès, en fonction des 5 critères de Fried de la fragilité. Le suivi était de 4 ans. Les patients fragiles avaient plus de risques de développer une perte d’autonomie et d’être hospitalisés. Les décès n’étaient pas significativement plus fréquents chez ces patients (11,5% versus 4,4%) après ajustement aux co-variables.

La force principale de cette étude réside dans les effectifs très importants. Le résultat le plus intéressant est que les critères de fragilité peuvent être appliqués à une population différente de celle ayant permis de définir ce paramètre. Toutefois, les auteurs soulignent la nécessité de mieux comprendre ce syndrome afin de pouvoir envisager de l’enrayer lorsqu’il est détecté, ou mieux de pouvoir le prévenir.


Risque de perte d’autonomie pour les activités instrumentales de la vie quotidienne (IADL) et risque d’hospitalisation selon l’état pré-fragile ou fragile des patients par rapports aux patients non fragiles, après ajustements aux co-variables.

Publié en Février 2009
Auteur : L. Lechowski - Hôpital Sainte-Périne,  Paris
Références : Xue QL, Bandeen-Roche K, Varadhan R, Zhou J, Fried LP. Initial manifestations of frailty criteria and the development of frailty phenotype in the Women's Health and Aging Study II. J Gerontol A Biol Sci Med Sci. 2008;63