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image description La longévité des centenaires Sardes peut-elle s’expliquer par un polymorphisme des gènes du système HLA d'histocompatibilité?
L’identification de gènes potentiellement impliqués dans la longévité peut s'aborder de différentes manières. Dans le domaine expérimental, c'est la recherche de mutations chez des animaux de durées de vie variables qui a longtemps prédominé. Les Senescent Accelerated Mice, ou plus récemment la souris Klotho, qui présentaient des signes de vieillissement accéléré étaient des modèles privilégiés. Toutefois, dans ces situations extrêmes, la chance de trouver un gène délétère qui raccourcissait la durée de vie des animaux était plus probable que celle de trouver un gène susceptible d'augmenter la longévité. Avec l'avènement de la mutagenèse dirigée chez les invertébrés ou chez les rongeurs, il est devenu possible de déléter ou de surexprimer un gène candidat et de tester les effets de cette manipulation génétique sur leur longévité. Dans cette démarche, c'est essentiellement un allongement de la durée de vie qui est recherché en lien avec une hormone, un récepteur ou plus largement une voie métabolique.

Chez l'homme se sont surtout des études de marqueurs génétiques qui ont été menées dans des populations originales vivant plus ou moins longtemps. Il peut s'agir de maladies rares ou de groupes homogènes isolés géographiquement ou peu sensibles aux migrations. La recherche de mutations ponctuelles dans des pathologies mimant un vieillissement accéléré comme la progéria ou le syndrome de Werner ont ainsi permis l'identification d'enzymes clés dans le déterminisme de ces maladies. A l'inverse, plusieurs programmes de recherche de marqueurs génétiques ont été initiés sur des populations ou des familles dont les membres vivaient particulièrement longtemps ou plus simplement sur des groupes de centenaires. Les investigateurs ont alors essayé d'identifier des polymorphismes génétiques sur certains loci sans a priori particulier ou se sont intéressés à la variabilité de gènes candidats bien définis. Parmi ceux-ci, les gènes liés à l'immunité sont particulièrement intéressants puisqu'ils conditionneraient en partie la résistance de l'organisme aux maladies infectieuses.

La probabilité d'identifier des gènes de longévité est d'autant plus grande qu'on compare des sous-populations homogènes qui ne diffèrent si possible que par leur espérance de vie. Pour se placer dans la situation la plus favorable possible, une équipe italienne vient de mener une étude de génétique formelle sur des centenaires vivant en Sardaigne. Cette île méditerranéenne, essentiellement montagneuse et à l'écart des grands courants migratoires, est habitée par une population ayant un patrimoine génétique relativement stable depuis ces derniers 3000 ans. Dans l'étude AKEA, un mot propre de la langue sarde synonyme de santé et longévité, 129 centenaires sur les 263 répertoriés dans l'île ont accepté de donner leur sang. Le groupe témoin était composé de 154 habitants des mêmes provinces âgés de 60 ans. Statistiquement, la probabilité de devenir centenaire à 60 ans dans cette population est de moins de 1%. La caractérisation de l'ADN à partir des cellules sanguines a été menée sur 79 femmes et 49 hommes centenaires ainsi que sur 53 femmes et 33 hommes sexagénaires.

L'analyse des résultats de cette étude d'association montre que la fréquence de distribution des différentes formes alléliques du système HLA était comparable chez les centenaires et dans le groupe témoin, aussi bien chez les femmes que chez les hommes. Les associations précédemment identifiées sur des populations hollandaises ou françaises n'ont pas été retrouvées dans ce groupe de centenaires Sardes. Les auteurs en concluent que le lien entre polymorphisme des gènes du système HLA et longévité est dépendant du groupe ethnique considéré. Ces gènes ne sembleraient ainsi pas correspondre à la définition attendue des gènes de longévité universels.
Fréquence de distribution de quelques allèles du gène HLA-DRB1* dans un groupe de centenaires et un groupe témoin de sexagénaires habitant en Sardaigne. Aucune de ces différences n'était statistiquement significative.
  Centenaires Sexagénaires
HLA-DRB1*01 0.092 0.051
HLA-DRB1*10 0.071 0.067
HLA-DRB1*11 0.117 0.173
HLA-DRB1*15 0.108 0.046
HLA-DRB1*17 0.207 0.255
Publié en Février 2003
Auteur : B. Corman - , 
Références : Lio D, Pes GM, Carru C, Listi F, Ferlazzo V, Candore G, Colonna-Romano G, Ferrucci L, Deiana L, Baggio G, Franceschi C, Caruso C. Association between the HLA-DR alleles and longevity: a study in Sardinian population. Exp. Geront. 2003, 38: 3