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image description La longueur des télomères est probablement un indicateur de longévité, mais aussi de notre état de santé

Dans l’organisme, le renouvellement des cellules assure le maintien de la fonction des organes en remplaçant les cellules usagées. La dynamique de ce renouvellement est variable en fonction des tissus, de quelques semaines à plusieurs mois. Dans certains organes, comme le cerveau, les cellules ne se renouvellent pas et ils doivent alors survivre sur la base du capital acquis durant le développement.
Lorsqu’elles se renouvellent, les cellules se divisent pour former deux cellules filles ; l’une conservera son potentiel de division, c’est la cellule souche, tandis que l’autre entamera un programme de différenciation pour satisfaire aux exigences fonctionnelles de l’organe concerné. Au cours de la division, le matériel génétique est partagé entre les deux cellules filles et chacune d’elle héritera d’un lot complet de chromosomes.
Les télomères sont des structures moléculaires faites de séquences de plusieurs centaines à plusieurs milliers de nucléotides qui coiffent l’extrémité des chromosomes. Au cours de la division, ils arriment les chromosomes à la membrane nucléaire durant la réplication de l’ADN préparatoire à la division. A chaque division, la longueur des télomères diminue. Celle-ci représente donc un indicateur du potentiel de division des cellules et, en conséquence, de leur taux de renouvellement dans l’organe. Ce phénomène est aussi appelé limite de Hayflick. Ces observations ont conduit à établir une relation entre la longueur des télomères et la longévité possible d’un organisme.

Chez l’homme, l’analyse de la relation entre la longueur des télomères et la mortalité a donné des résultats mitigés. Selon certaines études, portant sur des individus âgés de 60 ans ou plus, la présence de télomères courts serait associée à une mortalité plus précoce, à une plus grande fréquence de maladies cardio-vasculaires ou infectieuses, à l’apparition d’une démence. En revanche, d’autres travaux, portant sur des individus âgés de 85 ans ou plus, n’ont pas pu établir de relation entre la longueur des télomères, la mortalité et/ou la morbidité.

Une équipe de gériatres nord-américains a comparé deux groupes de « centenaires » d’âges compris entre 97 et 108 ans participant à la New England Centenarian Study.afin de préciser la relation entre l’état de santé et  la longueur des télomères. Dans le premier groupe, les individus (n = 19) ne présentaient pas de pathologie majeure (absence d’hypertension, de troubles cardiaques, de démence, d’obstruction pulmonaire, de diabète,…), tandis que dans le second groupe les sujets (n = 19) étaient atteints d’une ou de plusieurs pathologies. La mesure de la longueur des télomères a été faite par PCR à partir de lymphocytes sanguins et a donné les résultats suivants, exprimés en paires de bases (pb) :

Les centenaires en bonne santé présentaient des télomères plus longs (5770 ± 3132 pb) que ceux qui souffraient de pathologies (3657 ± 2019 pb). Cette différence était significative (p = 0,0475). En tenant compte du sexe, une tendance à une plus grande longueur est observée chez les femmes comparées aux hommes, mais ces différences ne sont pas significatives.

Comparés à d’autres études, ces résultats confirment que les télomères sont nettement plus longs chez les centenaires en bonne santé. Leur plus grande longueur chez les femmes pourrait être attribuée à l’action bénéfique des oestrogènes sur l’enzyme télomérase qui répare les télomères, ou à la plus grande sensibilité des hommes aux altérations oxydatives qui accélèrent leur érosion. Les résultats de cette étude laissent à penser qu’au-delà de la longévité, c’est l’état de santé qui serait le déterminant le plus important dans la longueur des  télomères chez les sujets les plus âgés.


Longueur moyenne des télomères exprimée en paires de bases.

Publié en Octobre 2008
Auteur : Ph. van den Bosch de Aguilar - Université Catholique de Louvain,  Louvain-la-Neuve
Références : Terry DF, Nolan VG, Andersen SL, Perls TT, Cawthon R. Association of longer telomeres with better health in centenarians. J Gerontology Biol Sci. 2008;63A:809-812.