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image description La maladie d’Alzheimer est-elle une forme de diabète ?
Les dégénérescences associées à la maladie d’Alzheimer comprennent différentes manifestations comme la perte cellulaire, l’extension d’enchevêtrements neurofibrillaires et de neurites dystrophiques, les dépôts de substance β-amyloïde, l’activation de gènes létaux, l’altération de la fonction énergétique mitochondriale et l’évidence d’un stress oxydatif chronique. La difficulté de lier ces manifestations entre elles dans un schéma explicatif cohérent de la maladie soulève de nombreux débats quant à son mécanisme initial. Actuellement, un ensemble de données montre qu’une réduction de l’utilisation du glucose et une déficience du métabolisme énergétique s’installent précocement, ce qui suggère qu’une altération des voies de régulation de l’insuline serait à la source de la pathogenèse.

Dans cette perspective, plusieurs pistes ont été explorées :d’une part, la résistance à l’insuline, l’hyperinsulinémie et le diabète de type 2 et, d’autre part, la dégradation de l’insuline dans la maladie d’Alzheimer et les altérations associées, enchevêtrements neurofibrillaires et dépôts amyloïdes. Les résultats de plusieurs études convergent dans ce sens. La croissance cérébrale est réduite et la phosphorylation de la protéine tau est augmentée chez les souris déficientes pour le substrat du récepteur à l’insuline ou du gène de ce récepteur. Un dysfonctionnement neuroendocrinien comme cause de la maladie d’Alzheimer avait déjà été proposé il y a une vingtaine d’années et cette étude rentre dans ce cadre.

Des analyses ont été effectuées sur des cerveaux prélevés post-mortem moins de 14 heures après le décès chez des patients Alzheimer, dont l’histoire clinique était bien établie (n = 28), et des sujets contrôles de même âge (n = 26). L’insuline, les facteurs de croissance IGF-I et IGF-II ainsi que leurs récepteurs sont tous exprimés dans le cerveau. Dans les cerveaux Alzheimer, l’expression de l’insuline et de l’ARNm de l’IGF-I est réduite de même que l’expression des récepteurs à l’IGF-I.

L’altération des voies de régulation de l’insuline et de l’IGF-I observée dans la maladie d’Alzheimer ne correspond pas aux diabètes de type 1 ou 2 mais reflèterait un processus pathogène plus complexe prenant son origine dans le système nerveux central. Les données épidémiologiques reliant le niveau de l’insuline périphérique, le diabète insipide et la maladie d’Alzheimer sont peu convaincantes et conflictuelles. Cependant, une relation claire a été établie entre une altération de la stimulation insulinique et la neurodégénérescence. L’insuline, l’IGF-I et l’IGF-II pourraient être produits localement dans le système nerveux central et, d’après cette étude, la maladie d’Alzheimer résulterait d’une diminution de l’expression des gènes des IGF dans le cerveau. Effectivement, cette réduction est vérifiée par les analyses. On peut donc faire l’hypothèse qu’une diminution de l’expression des gènes des IGF réduirait l’efficacité des signaux trophiques dans le système nerveux central ce qui conduirait à la mort neuronale. La maladie d’Alzheimer pourrait donc représenter une forme de diabète.
- : diminution significative (S) ou non (NS) ; = : expression inchangée
  Cortex frontal Hippocampe Hypothalamus Cervelet
Insuline - S - S - S =
Récepteurs IGF-I - S - S - S =
Récepteurs IGF-II - S - NS - NS =
Publié en Juin 2005
Auteur : Ph. van den Bosch de Aguilar - Université Catholique de Louvain,  Louvain-la-Neuve
Références : Steen E, Terry BM, Rivera EJ, Cannon JL, Neely TR, Tavares R, Xu XJ, Wands JR, de la Monte SM. Impaired insulin and insulin-like growth factor expression and signaling mechanisms in Alzheimer’s disease – is this type 3 diabetes ? J. Alzheimer’s Dis