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image description La maladie d’Alzheimer existe-t-elle vraiment ?
Cette question est à la base d’un ouvrage dont la traduction française est sortie en décembre 2009 « Le mythe de la maladie d’Alzheimer ». Ce titre est explicité par un sous-titre aussi provocateur « Ce qu’on ne vous dit pas sur ce diagnostic tant redouté ». Les auteurs sont loin d’être des inconnus et bénéficient depuis longtemps d’une reconnaissance internationale.

Peter J. Whitehouse est un neurologue dont les travaux sont orientés vers la gériatrie et la démence. Professeur à Case Western Reserve University (Cleveland, Ohio), il y a créé un Centre Alzheimer aux Hôpitaux Universitaires de Cleveland et, avec sa femme, l’Ecole Intergénérationnelle, destinée à accroître le bien-être cognitif. En plus de son activité clinique, il a largement collaboré avec des firmes pharmaceutiques pour développer des médicaments destinés à lutter contre cette affection. Daniel George est docteur en anthropologie médicale et il collabore avec le Dr. Whitehouse depuis 2004. La traduction a été assurée par Anne-Claude Juillerat Van der Linden, chargée de cours à l’Université de Genève et neuropsychologue aux Hôpitaux Universitaires, et Martial Van der Linden, professeur de psychopathologie et neuropsychologie clinique aux Universités de Genève et de Liège. Les traducteurs s’inscrivent évidemment pleinement dans la ligne de réflexion de l’ouvrage et l’ont adapté pour le rendre plus accessible aux lecteurs francophones.

Les difficultés cognitives, de mémoire, d’attention ou de décision qui apparaissent au cours du vieillissement sont généralement très hétérogènes, de même que leur évolution, en fonction des personnes. Différents facteurs peuvent les accompagner : un contexte matériel difficile, des problèmes médicaux, des difficultés psychologiques et/ou relationnelles,…Dans un tel cadre, évaluer l’état « mental » d’une personne devient difficile et poser un diagnostic qui lui attribue l’étiquette d’une maladie peut conduire à l’arbitraire. Chacun vieillissant différemment, comment distinguer le vieillissement dit normal d’un vieillissement pathologique ? La complexité augmente encore devant l’éventail des démences : d’Alzheimer, fronto-temporale, à corps de Lewy, etc. Toutes sont caractérisées par des altérations cérébrales, identifiables en imagerie médicale, mais qui peuvent aussi être présentes chez des personnes âgées sans trouble cognitif apparent. Où placer alors la frontière entre le normal et la démence ? Depuis quelques années, des tentatives ont été faites pour détecter ces troubles de façon précoce et y remédier plus efficacement. L’utilisation de tests pour évaluer les troubles cognitifs légers (Mild Cognitive Impairment, MCI) en est un exemple et certains préconisent même l’utilisation d’un pré-MCI.


Devant la complexité d’un tel tableau clinique, l’ouvrage vise à remettre en question les opinions et les hypothèses traditionnelles concernant la maladie d’Alzheimer. Il s’articule autour des interrogations suivantes :


  • La maladie d’Alzheimer est-elle vraiment une maladie ?

  • Quelle est la différence entre un cerveau vieillissant naturellement et un cerveau atteint de la maladie d’Alzheimer ?

  • Des médicaments sont-ils efficaces contre la maladie d’Alzheimer ? Leur efficacité justifie-t-elle les investissements faits ?

  • La recherche scientifique peut-elle vraiment apporter une solution pour un traitement des pertes de performances associées au vieillissement ?

  • Comment pouvons-nous, en tant qu’humains, œuvrer pour un monde sans maladie d’Alzheimer ?


Ces questions sont abordées systématiquement dans les trois parties du livre. Les parties une et deux mettent en évidence le caractère non fondé du cadre clinique, politique et scientifique dans lequel s’inscrit la maladie d’Alzheimer. Elles soulignent les raisons de la difficulté de traiter cet état ou d’en guérir. Elles mettent aussi l’accent sur les enjeux médicaux – 25 millions de personnes sont touchées dans le monde – et économiques – la recherche et le marketing pèsent environ 100 milliards de dollars par an – de cette maladie. La troisième partie propose des mesures préventives pour réduire les risques de vieillissement cognitif, comment prendre en charge le diagnostic et comment accompagner la personne atteinte.


Chaque question est analysée en profondeur et largement documentée, non seulement par des publications mais aussi par l’expérience de terrain des auteurs. Il ne s’agit pas seulement d’états des lieux mais d’incitations à réfléchir autrement tant sur les aspects scientifiques et médicaux de la maladie d’Alzheimer que sur ses impacts sociétaux. En défendant une conception du vieillissement – et de la démence comme une de ses manifestations possibles − comme faisant partie de l’existence, les auteurs placent l’humain et son devenir en avant-plan. Au-delà de la simple provocation, qu’elle soit un mythe ou non, la maladie d’Alzheimer touche l’homme en son for intérieur. La proposition de Whitehouse et George est de dépasser le cadre restreint de l’analyse et du diagnostic cliniques pour jeter les bases d’une nouvelle appréhension du vieillissement cérébral. Bien qu’il soit volontairement polémique, l’ouvrage ouvre un panorama de réflexions originales qui ne peut laisser le lecteur indifférent et on peut espérer que sa lecture favorise la mise en œuvre d’actions qui ne soient pas seulement médicales mais qui impliquent aussi le social et le politique.

Publié en Janvier 2010
Auteur : Ph. van den Bosch de Aguilar - Université Catholique de Louvain,  Louvain-la-Neuve
Références : Whitehouse PJ, George D. “Le mythe de la maladie d’Alzheimer”, traduit et préfacé par A-C. Juillerat Van der Linden et M. Van der Linden, Editions Solal, 2009, 388 pp.