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image description La mortalité d’origine coronarienne ou liée à un accident vasculaire cérébral est inversement corrélée au taux de cholestérol HDL chez les plus de 85 ans
Plusieurs travaux récents avaient bien montré que chez les patients les plus âgés, la mortalité d’origine cardiovasculaire n’était pas directement liée au niveau de cholestérol plasmatique total. Une absence de relation entre cholestérol élevé et mortalité en fin de vie peut être simplement due au décès prématuré des patients hypercholestérolémiques. Par ailleurs, il a aussi été démontré que des valeurs basses de cholestérol plasmatique pouvaient être associées à une mortalité accrue. Cette incertitude entre niveaux des lipides sanguins et mortalité cardiovasculaire pose la question de l’intérêt de ces déterminations dans une approche thérapeutique ainsi que du traitement éventuel de ces patients très âgés par les hypocholestérolémiants.

Parmi les maladies cardiovasculaires, la plus invalidante est sans aucun doute l’accident vasculaire cérébral (AVC). Une méta-analyse des différentes études menées chez des sujets d’âge moyen a bien montré qu’une concentration élevée de cholestérol plasmatique total ne représentait pas un facteur de risque important d’AVC. Toutefois, il semblerait qu’un niveau élevé de la fraction HDL du cholestérol soit associé à un moindre risque d’accident vasculaire cérébral. De même, les traitements avec les inhibiteurs de la synthèse du cholestérol de type statines qui diminuent la fraction LDL du cholestérol et qui augmentent la fraction HDL réduiraient le risque d’AVC de 30%. L’ensemble de ces arguments cliniques laisse à penser que l’analyse fine des fractions HDL et LDL du cholestérol serait un meilleur déterminant des risques de maladies cardiovasculaires et en particulier d’AVC.

Pour tenter de vérifier cette hypothèse chez les sujets âgés de 85 ans et plus, les promoteurs de l’étude « Leiden 85-Plus Study » ont analysé la relation entre HDL et LDL cholestérol, et risque d’accidents cardiovasculaires. Entre 1997 et 1999, 599 habitants de la ville de Leiden aux Pays-Bas ayant atteint l’âge de 85 ans ont été recrutés dans le but de déterminer les conditions optimales pour un vieillissement réussi. Cette cohorte était composée de 397 femmes et 202 hommes. Au tout début de l’étude, les participants ont été interviewés, une prise de sang a été faite et un électrocardiogramme réalisé. Tous ont également été soumis au Mini Mental State Examination. Ils ont ensuite été suivis jusqu’en 2001. Date et causes des décès étaient collectées si besoin. Le profil lipidique des échantillons de sang prélevés à l’inclusion a été déterminé avec un intérêt tout particulier pour les triglycérides, le cholestérol total et ses fractions HDL et LDL. Les sujets ont été classés sur la base de ces déterminations en trois groupes de taille identique correspondant à des concentrations basse, intermédiaire ou élevée de lipoprotéines.

La durée moyenne du suivi des participants était de 2,6 ans et les données complètes des profils lipidiques ont été obtenues sur 561 sujets. Durant la période totale du suivi, 152 sujets sur 561 sont décédés, principalement de maladies cardiovasculaires. Ceux qui avaient une concentration basse de cholestérol total présentaient une augmentation du risque de mortalité de 1,6 (intervalle de confiance à 95% : 1,1 à 2,3) comparée au groupe ayant les plus forts taux de cholestérol. Cette surmortalité était due à un risque accru de mortalité infectieuse de 2,4 (1,1 à 5,2), la mortalité d’origine cardiovasculaire ou cancéreuse restant inchangée. Les mêmes conclusions s’appliquaient à la fraction LDL du cholestérol dont une valeur basse correspondait à des risques de mortalité infectieuse supérieurs de 2,7 (1,2 à 6,2) alors que les pathologies coronariennes ou les accidents vasculaires cérébraux étaient comparables dans les différents groupes. En revanche, un faible taux de cholestérol HDL était associé à une augmentation de mortalité d’origine coronarienne d’un facteur 2,0 (1,0 à 3,9), liée à un AVC d’un facteur 2,6 (1,0 à 6,6), et d’origine infectieuse d’un facteur 2,4 (1,1 à 5,6). Cette relation entre cholestérol HDL et maladies cardiovasculaires était identique chez les hommes et chez les femmes. Les résultats étaient comparables lorsque les facteurs de risque de mortalité étaient ajustés sur le diabète, l’index de masse corporelle, une dysfonction thyroïdienne ou l’utilisation de β-bloquants, souvent liés à des niveaux faibles de cholestérol HDL.

Ce travail montre ainsi que, chez les plus de 85 ans, une concentration basse de cholestérol HDL est associée à une augmentation de 2 à 3 fois du risque de mortalité lié à une pathologie coronarienne ou à un AVC. Aucune relation n’a pu être mise en évidence entre le cholestérol total ou le cholestérol LDL et les maladies cardiovasculaires alors que ces fractions lipidiques étaient inversement corrélées au risque de mortalité d’origine infectieuse.
Concentrations Cholestérol total mg/dL LDL cholestérol mg/dL HDL cholestérol mg/dL
Basse 179 106 36
Intermédiaire 222 141 49
Elevée 263 177 64
Publié en Septembre 2003
Auteur : L. Teillet - Hôpital Sainte-Périne,  Paris
Références : Weverling-Rijnsburger AW, Jonkers IJ, van Exel E, Gussekloo J, Westendorp RG. High-density vs low-density lipoprotein cholesterol as the risk factor for coronary artery disease and stroke in old age. Arch Intern Med. 2003; 163: 1549-54.