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image description La prise de vitamine E au long cours a-t-elle un effet préventif sur la survenue d’événements cardio-vasculaires et de cancers ?
De nombreuses études expérimentales et épidémiologiques suggèrent que la supplémentation en vitamine E pourrait prévenir la survenue des cancers et des maladies cardiovasculaires. En effet, l’alpha-tocophérol, forme active de la vitamine E, est le principal antioxydant qui aurait une action bénéfique sur les lésions d’athérosclérose chez l’animal et chez l’homme. Les antioxydants pourraient aussi neutraliser les radicaux libres et limiter les atteintes cellulaires et leur transformation maligne. Or on sait que ces lésions entrent en jeu dans les maladies cardiovasculaires et les cancers.

Certaines études épidémiologiques ont montré qu’une supplémentation en vitamine E diminuait la survenue de maladies cardio-vasculaires ainsi que celle du cancer du poumon, de la prostate, de la sphère ORL et du cancer colorectal. Ces résultats ont été obtenus à partir d’essais cliniques effectués sur des périodes n’excédant pas 5 ans. La toute récente étude HOPE (Heart Outcomes Prevention Evaluation) conduite sur une durée moyenne de 7 ans avait pour but de répondre à la question de l’efficacité de la supplémentation en vitamine E à plus long terme.

Il s’agissait d’un essai randomisé multicentrique en double aveugle conduit en 2 phases entre décembre 1993 et avril 1999, et avril 1999 et mai 2003 en Amérique du Nord (USA et Canada). Ont été sélectionnées des personnes de plus de 55 ans avec des antécédents cardiovasculaires ou de diabète. Au total, 9541 sujets ont participé à la première phase de l’étude et 7030 ont bien voulu renouveler leur participation dans la seconde phase. Le groupe intervention a reçu une dose journalière de 400 Unités de vitamine E et les résultats ont été évalués sur l’incidence des cancers, des décès par cancer, des évènements cardiovasculaires dont l’infarctus du myocarde, les accidents vasculaires cérébraux et les décès.

Les résultats montrent que dans la première partie de l’étude, la prise de vitamine E n’affectait pas de façon significative la survenue globale des cancers (Risque Relatif, RR = 0,94 ; IC à 95% = 0,84-1,06) ni des décès par cancer (RR = 0,88 ; IC à 95% = 0,71-1,09). Cependant, la prise de vitamine E aurait un effet protecteur sur le cancer du poumon. Dans la deuxième phase de l’étude, les résultats étaient similaires sauf que l’on ne retrouvait pas de lien entre le cancer du poumon et la prise de vitamine E. Pour les principaux événements cardiovasculaires il n’y avait pas d’effet protecteur de la vitamine E avec un risque relatif de 1,04 (0,96-1,14) non significatif. Il y aurait un risque plus élevé d’insuffisance cardiaque (RR = 1,13) et d’hospitalisation pour cette pathologie (RR = 1,21) dans le groupe intervention lors de la première phase. Dans la deuxième phase de l’étude, les résultats sont similaires avec un risque plus élevé d’insuffisance cardiaque (RR = 1,19).

Ainsi, chez des personnes avec des antécédents cardiovasculaires ou de diabète, la supplémentation en vitamine E n’aurait pas d’effet sur la prévention globale des cancers. La baisse du risque de cancer pulmonaire à court terme n’est pas retrouvée dans la deuxième partie de l’étude. Par ailleurs, il n’y a pas d’effet bénéfique de la prise de vitamine E sur la prévention des maladies cardiovasculaires. Le risque d’insuffisance cardiaque pourrait même être augmenté par cette supplémentation pour des raisons qui restent non expliquées.
Effets d’une supplémentation quotidienne en vitamine E sur l’incidence des cancers au cours des deux phases de l’étude
Première partie de l’étude (n=9541)
Cancers Vitamine E Placebo RR (IC à 95%) Valeurs de P
Prostate (%) 2,4 2,5 0,98 (0,76-1,26) 0,86
Poumon (%) 1,4 2,0 0,72 (0,53-0,98) 0,04
ORL (%) 0,2 0,4 0,50 (0,24-1,18) 0,09
Colorectal (%) 1,4 1,2 1,22 (0,86-1,73) 0,28
Sein (%) 0,5 0,6 0,86 (0,50-1,47) 0,58
Mélanome (%) 0,3 0,4 0,84 (0,42-1,66) 0,61
 Deuxième partie de l’étude (n=7030)
Prostate (%) 2,6 2,9 0,90 (0,68-1,19) 0,46
Poumon (%) 1,6 2,1 0,78 (0,55-1,10) 0,16
ORL (%) 0,2 0,4 0,53 (0,24-1,35) 0,15
Colorectal (%) 1,7 1,3 1,39 (0,94-2,04) 0,10
Sein (%) 0,5 0,7 0,73 (0,40-1,31) 0,29
Mélanome (%) 0,4 0,5 0,76 (0,37-1,57) 0,46

Effet d’une supplémentation quotidienne en vitamine E sur l’incidence des événements cardiovasculaires au cours des deux phases de l’étude
Première partie de l’étude (n=9541)
  Vitamine E Placebo RR (IC à 95%) Valeurs de P
Infarctus du myocarde (%) 15,2 14,4 1,06 (0,96-1,18) 0,27
Accident vasculaire cérébral (%) 5,7 5,1 1,1 (0,93-1,31) 0,27
Décès maladies cardio-vasculaires (%) 10,1 9,9 1,02 (0,91-1,10) 0,79
Insuffisance cardiaque (%) 13,5 12,1 1,13 (1,01-1,26) 0,03
Hospitalisation pour insuffisance cardiaque (%) 5,0 4,1 1,21 (1,00-1,47) 0,045
Deuxième partie de l’étude (n=7030)
Infarctus du myocarde (%) 16,5 15,2 1,09 (0,97-1,22) 0,99
Accident vasculaire cérébral (%) 5,9 5,4 1,09 (0,90-1,33) 0,39
Décès maladies cardio-vasculaires (%) 10,3 10,3 1,01 (0,87-1,16) 0,93
Insuffisance cardiaque (%) 14,7 12,6 1,19 (1,05-1,35) 0,07
Hospitalisation pour insuffisance cardiaque (%) 5,8 4,2 1,4 (1,13-1,73) 0,002
Publié en Mai 2004
Auteur : M. de Stampa - Hôpital Sainte-Périne,  Paris
Références : The HOPE and HOPE-TOO Trial Investigators. Effects of long-term vitamin E supplementation on cardiovascular events and cancer. JAMA.2005 ; 293: 1338-1347