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image description La restriction calorique modifie-t-elle les processus de vieillissement chez les primates?
Il y a déjà plus de 60 ans que les effets bénéfiques de la restriction alimentaire sur la survie et l'incidence des pathologies ont été mis en évidence chez des rats de laboratoire. Ces résultats ont depuis été reproduits sur différentes souches de rongeurs et chez plusieurs espèces d’invertébrés dont la mouche drosophile et le vers Caenorhabditis elegans, deux modèles couramment utilisés en génétique. La restriction calorique initiée dans la première moitié de la vie augmente l'espérance de vie moyenne et maximale de ces animaux de 10 à 50 % selon les protocoles utilisés. Toutefois, on ne sait pas si ces résultats peuvent être extrapolés à l'homme, bien qu'un faisceau d'arguments puisse indiquer qu'une prise alimentaire modérée favorise la longévité des individus par rapport à une consommation excessive de calories.

Pour mieux cerner les mécanismes sous-jacents de la restriction calorique sur les mécanismes du vieillissement et pour tenter d'étendre les données obtenues chez les rongeurs à l'homme, le National Institute of Health aux Etats-Unis a lancé un programme de recherche chez les primates en 1987. L'expérience a commencé avec 30 singes rhésus mâles, puis 60 en 1988. Six ans plus tard, 60 femelles se sont ajoutées à l'étude. L'espérance de vie moyenne de ces singes est d’environ 25 ans. Au début de l'expérience les animaux avaient entre 1 et 17 ans. La moitié avait libre accès à l'alimentation alors que l'autre moitié avait des apports caloriques réduits de 30 %, correspondant respectivement à environ 850 et 600 kcal/jour.

Compte tenu de la durée de vie des animaux, il est encore trop tôt pour savoir si cette restriction calorique augmente réellement l'espérance de vie des singes rhésus. A l'heure actuelle, 81% des animaux sont encore en vie. Néanmoins, les premiers résultats semblent aller dans le sens attendu, puisque après 15 années de régime, 13 animaux nourris ad libitum sont décédés contre 7 dans le groupe restreint.

Plusieurs paramètres anatomiques et physiologiques ont été suivis durant toute cette période pour essayer de mettre en évidence un quelconque effet de la restriction sur le vieillissement des animaux. En terme de poids et de composition corporelle, les singes qui mangeaient le moins étaient logiquement les plus légers et avaient une masse grasse réduite. Curieusement, ces différences étaient plus marquées chez les femelles que chez les mâles, alors que la masse osseuse était comparable chez les femelles nourries à volonté ou restreintes, mais plus faible chez les mâles soumis à une restriction calorique. Quel que soit leur régime alimentaire, le taux de testostérone était inchangé avec l'âge chez les singes rhésus mâles. Chez les femelles, les taux d'œstradiol diminuaient au cours du temps, et à la même vitesse dans les deux groupes. En revanche, le taux de glucose ou d'insuline à jeun, tout comme la réponse insulinique à une charge en glucose, étaient réduits par la restriction alimentaire chronique. La température corporelle était significativement diminuée d'environ 0,5°C chez les animaux restreints de 30%, sans que le rythme circadien de la température, plus basse la nuit que le jour, ne soit altéré.

Enfin, les responsables de cette étude ont regardé avec attention l'évolution de deux marqueurs potentiels du vieillissement: les concentrations sanguines de sulfate de DHEA (DHEAS) ainsi que celle de la mélatonine. La DHEAS dans le sang diminue 3 fois plus vite avec l'âge chez les singes rhésus, mâles ou femelles, que chez l'homme en accord avec leurs différences d'espérance de vie respectives. La restriction calorique prévient en partie cette diminution chez le singe rhésus. La même observation s'applique à la mélatonine dont la concentration diminue significativement avec le temps dans le groupe nourri à volonté, mais pas chez les animaux restreints.

Ces premiers résultats semblent bien confirmer chez les primates les résultats obtenus chez les rongeurs, au moins pour un certain nombre de paramètres qui sont aussi associés à l'âge chez l'homme. Pour les années à venir, les investigateurs doivent toutefois faire face à une observation très inattendue : les animaux captifs nourris à volonté, lorsqu’ils vieillissent, ont une consommation de nourriture qui diminue spontanément, à tel point que leur prise alimentaire est, après 15 ans d'expérience, voisine de celle des animaux restreints.
  Concentration sérique de DHEAS en µg/dl
Age des animaux 6 ans 7 ans 8 ans 9 ans
Nourris ad libitum 32 30 23 21
En restriction calorique 30 31 29 28
Publié en Janvier 2003
Auteur : B. Corman - , 
Références : Mattison JA, Lane MA, Roth GS, Ingram DK. Calorie restriction in rhesus monkey. Exp. Gerontology 2003: 38: 35-46.