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image description La retraite anticipée n’améliore pas la survie des anciens travailleurs
On connaît peu de choses sur l’impact de la retraite anticipée sur la santé des populations et les hypothèses les plus contradictoires circulent sur ce sujet. Cet état de fait s’explique en partie par les difficultés méthodologiques dans le suivi de cohortes de professionnels sur de très longues durées au-delà de leur vie active.

Cette étude a eu pour objectif d’analyser le lien entre l’âge d’entrée à la retraite et la survie d’une cohorte d’employés de la pétrochimie américaine suivie pendant 30 ans entre le 1er janvier 1973 et le 31 décembre 2003. Ce suivi concernait les personnes ayant pris leur retraite à partir de 55, 60 ou 65 ans. Les effectifs étaient les suivants : retraités à 55 ans (n=1439) et atteignant 65 ans (n=839), retraités à 60 ans (n=2116) et atteignant 65 ans (n=1929), retraités à 65 ans (n=900), travailleurs encore en activité à 55 ans (n=15543) et à 60 ans (n=6783).

La population regroupait au total 11% de femmes. Plus de la moitié de ceux qui prenaient une retraite anticipée (55 ans) et qui atteignaient 65 ans étaient de classes socio-économiques élevées. Il n’y avait pas de différence statistiquement significative de survie sur toute la durée du suivi entre ceux qui prenaient leur retraite à 55 ou à 65 ans, même si la tendance montrait une probabilité de survie plus faible pour le premier groupe. Entre les retraités à 60 et à 65 ans, il n’y avait pas non plus de différence bien qu’au-delà de 20 ans de suivi les retraités à 60 ans avaient une augmentation non significative de survie. Cependant, après ajustement sur les facteurs de confusion potentiels, le risque de décès était significativement plus élevé chez les personnes retraitées à 55 ans et qui étaient toujours en vie à 65 ans, comparées à celles qui arrêtaient leur activité professionnelle à 65 ans (odds ratio=1,37 ; IC à 95% = 1,09-1,73). Ce risque était particulièrement augmenté chez les hommes (odds ratio=1,83 ; IC à 95% = 1,34-2,48). Les classes sociales les plus défavorisées étaient également plus affectées par cette augmentation de mortalité (odds ratio=1,17 ; IC à 95% = 1,01-1,36) que les classes plus élevées de la société. Le risque de décès au cours des 10 premières années après une cessation d’activité à 55 ans était presque doublé par rapport à ceux qui continuaient à travailler (odds ratio = 1,89 ; IC à 95% = 1,58-2,27). La mortalité des personnes qui prenaient leur retraite à 60 ans était similaire à celle des salariés qui partaient à 65 ans. Cependant, dans cette tranche d’âge intermédiaire, la mortalité était plus élevée chez les hommes que chez les femmes (odds ratio = 1,48 ; IC à 95% 1,16-1,89).

Le fait de prendre sa retraite à 55 ans n’améliore donc pas la durée de vie et être retraité à 60 ou 65 ans n’a pas d’incidence sur la survie globale. En revanche, la mortalité dans les 10 ans suivant l’arrêt de l’activité professionnelle est supérieure chez ceux qui prennent leur retraite à 55 ans. Ces résultats pourraient peut-être s’expliquer par un état de santé plus dégradé des retraités à 55 ans pouvant justifier la mise à la retraite anticipée.
Risque de décès, à partir de 65 ans, en fonction de l’âge de départ en retraite, du sexe et du niveau socio-économique
  Nombre de sujets Risque de mortalité
Odds ratio (IC à 95%)
Age de départ en retraite
-Retraités à 65 ans
-Retraités à 55 ans

900
839

1.0
1,37(1,09 – 1,73)
Sexe
-Femmes
-Hommes

197
1542

1.0
1,83(1,34 – 2,48)
Niveau socio-économique
-Haut niveau
-Faible niveau

871
868

1.0
1,17(1,01 – 1,36)
Publié en Décembre 2005
Auteur : M. de Stampa - Hôpital Sainte-Périne,  Paris
Références : Tsai SP, Wendt JK, Donnelly RP, de Jong G, Ahmed FS. Age at retirement and long term survival of an industrial population: prospective cohort study. Brit Med J. 2005; 331 : 995-998