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image description La taille des particules de HDL- et LDL-cholestérol pourrait être un déterminant de la longévité chez l’homme
Vivre longtemps, c’est d’abord échapper aux principales causes de mortalité que sont les maladies cardiovasculaires, le diabète, les maladies infectieuses, les démences ou les cancers. Or de nombreuses études ont montré ces dernières années qu’une longévité importante est aussi une question d’hérédité. Les frères et sœurs de centenaires aux Etats-Unis, par exemple, ont une probabilité de vivre eux-mêmes jusqu’à 100 ans qui est 8 à 17 fois supérieure à celle de leurs contemporains. De même, les enfants dont les parents ont vécu particulièrement longtemps ont deux fois moins de chance de déclarer une maladie cardiovasculaire, un diabète ou un accident vasculaire cérébral que les autres. Si la recherche de gènes susceptibles de rendre compte de ces différences héréditaires n’a pas encore vraiment abouti chez l’homme, plusieurs gènes candidats liés à la longévité ont pu être mis en évidence dans le monde animal.

Ainsi le gène humain de la cholesteryl ester transfer protein (CETP), lorsqu’il est exprimé chez le rat de laboratoire induit une hyperlipidémie, une insuffisance coronarienne et une réduction de l’espérance de vie. Ces observations font du gène CEPT, et de la protéine correspondante, une enzyme impliquée dans le transport du cholestérol des tissus vers le foie par l’intermédiaire des HDL, un candidat potentiel dans le déterminisme de la longévité. Pour tenter de mettre en évidence une telle relation chez l’homme, une équipe new-yorkaise s’est récemment intéressée à un groupe bien particulier de juifs ashkénazes ayant une longévité remarquable.

Les participants ont été recrutés parmi une population juive issue d’un nombre d’ancêtres très limité et qui par ailleurs ne s’était pas vraiment mêlée à la population environnante pour des raisons culturelles, religieuses et historiques. Deux cent treize membres de cette communauté appartenant à des familles dont la longévité était particulièrement importante ont été recensés entre 1998 et 2002. Ces 157 femmes et 56 hommes étaient âgés de 95 à 107 ans (moyenne 98 ans). Pour être inclus, ils devaient aussi avoir un fils ou une fille vivant qui veuille bien participer à l’étude. Ces descendants, 122 femmes et 94 hommes, étaient âgés de 51 à 89 ans (moyenne 68 ans). Le groupe contrôle était composé des épouses de ces enfants ou de juifs ashkénazes membres par ailleurs de la Einstein Aging Study ou encore de participants à la Framingham Offspring Study.

Plusieurs déterminations biochimiques ont été faites sur un échantillon de sang prélevé chez ces sujets. Il s’agissait en particulier du cholestérol total, des triglycérides, des fractions HDL et LDL, des apolipoprotéines A-I et B. De plus, les fractions HDL et LDL ont été analysées en détail par rapport à leurs sous-classes et à la taille de leurs particules. Parmi les analyses génétiques, l’accent a été mis sur l’étude du polymorphisme du gène CETP. Aucune différence significative n’a pu être mise en évidence entre les juifs ashkénazes vivant le plus longtemps et les groupes témoins concernant les fonctions hépatiques ou rénales, les paramètres sanguins courants, l’index de masse corporelle, le cholestérol total, les HDL, LDL et les triglycérides plasmatiques. En revanche, la taille des particules de HDL et LDL était significativement plus grande dans les familles ayant une longévité exceptionnelle que dans les familles témoins. Ces différences se retrouvaient chez les hommes comme chez les femmes, bien qu’au sein du groupe initial, la taille des particules HDL et LDL avait tendance à être plus élevée chez les femmes que chez les hommes. Un polymorphisme particulier du gène CETP (codon 405 de la valine) a pu être associé chez ces sujets à une concentration plasmatique plus basse de la protéine CETP ainsi qu’avec la présence de particules HDL et LDL de plus grandes tailles dans le sang.

Les auteurs de ce travail ont pu ainsi démontrer que les membres des familles présentant une longévité exceptionnelle ont des particules de HDL et LDL de plus grandes tailles par rapport au reste de la population, indépendamment de la valeur absolue de ces lipoprotéines dans le sang. Ce caractère héréditaire est associé à une moindre prévalence d’hypertension, de maladies coronariennes ou de syndrome métabolique, ainsi qu’à un polymorphisme particulier du gène CETP.
Pourcentage de particules de grandes et petites tailles du cholestérol HDL plasmatique chez les sujets très âgés, leurs enfants et dans les 2 groupes témoins
  Particules HDL de grandes tailles Particules HDL de petites tailles
Sujets très âgés 60 % 30 %
Enfants des sujets très âgés 53 % 34 %
Groupe témoin ashkénase 43 % 47 %
Groupe témoin Framingham 39 % 40 %
Publié en Décembre 2003
Auteur : L. Teillet - Hôpital Sainte-Périne,  Paris
Références : Barzilai N, Atzmon G, Schechter C, Schaefer EJ, Cupples AL, Lipton R, Cheng S, Shuldiner AR Unique lipoprotein phenotype and genotype associated with exceptional longevity. JAMA 2003; 290: 2030-40.