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image description La variabilité du rythme cardiaque est plus faible chez les femmes qui ont des symptômes dépressifs
La dépression est une maladie. C’est aussi un facteur de risque de morbidité et de mortalité après un infarctus du myocarde ou lors de la maladie coronarienne. La dépression augmenterait également le risque de maladies cardiovasculaires chez les personnes a priori en bonne santé. Ce lien entre dépression et troubles cardiaques a amené certains auteurs à rechercher une origine physiopathologique commune à ces deux affections. Une des hypothèses évoquée repose sur l’éventuelle augmentation du tonus sympathique accompagnée d’une diminution du tonus parasympathique. Ces modifications peuvent être objectivées par des taux élevés de catécholamines et de cortisol dans le sang et les urines des patients dépressifs.

L’association entre dépression et rythme cardiaque vient d’être examinée sur une grande échelle chez des femmes âgées de 50 à 83 ans. Leur recrutement s’est fait au sein de la cohorte américaine « Myocardial Ischemia and Migraine Study » qui elle-même est une sous partie de la « Women’s Health Initiative Study ». Les auteurs ont pu ainsi analyser les électrocardiogrammes des 24 heures de 2627 sujets réalisés entre 1998 et 2001 dans 10 centres hospitaliers différents. Aucune des participantes n’avait de maladie coronarienne déclarée à cette époque. Le diagnostic de dépression a été porté à partir de 6 critères principaux : je me sens déprimée ; mon sommeil n’est pas réparateur ; je ne suis pas satisfaite de ma vie ; j’ai des accès de pleurs ; je me sens triste ; j’ai l’impression que les gens ne m’aiment pas. Deux questions supplémentaires concernaient la fréquence de ces troubles de l’humeur dans l’année ou les deux années précédentes.

Parmi les 2627 femmes ayant eu un électrocardiogramme, 269 présentaient des symptômes dépressifs. Les sujets souffrant de dépression avaient un rythme cardiaque plus rapide que les autres (77,4 ± 9,6 contre 75,5 ± 8,5 battements par minute). La variabilité du rythme cardiaque a été calculée en utilisant les déviations standards selon trois référentiels de temps : l’ensemble de tous les intervalles ; la moyenne de toutes les déviations mesurées sur 5 minutes ; la déviation moyenne des analyses sur 5 minutes. Quelle que soit la façon d’analyser la variabilité du rythme, celle-ci était significativement plus basse chez les personnes déprimées. Une variabilité basse reflète une diminution du tonus parasympathique et une augmentation de la composante sympathique. Parmi les paramètres qui étaient également associés avec le rythme et la variabilité cardiaque on retrouvait l’âge, le diabète, le tabagisme et la prise d’antihypertenseurs. Ces derniers ne rendaient compte que de 2 à 3% de la variabilité du rythme cardiaque.

L’intérêt de cette étude réside certainement dans le nombre important de sujets et dans le choix de la tranche d’âge. On peut penser que les résultats obtenus sont plus fiables que ceux publiés jusqu’alors sur des groupes de taille plus limitée et dont les conclusions n’allaient pas toujours dans le même sens. Si la relation entre diminution de la variabilité du rythme cardiaque et dépression semble avérée dans cette population de femmes post-ménopausées, les mécanismes physiopathologiques sous-jacents restent hypothétiques.

Le lien entre les différents paramètres d’intérêt est difficilement démontrable dans une étude transversale comme celle-ci, et cela d’autant que les électrocardiogrammes n’ont pas été réalisés à la même époque que le diagnostic de dépression. Un suivi longitudinal permettrait de mieux apprécier la séquence des évènements entre apparition des symptômes dépressifs, variabilité du rythme et pathologies cardiovasculaires, et peut-être d’établir un lien de cause à effet.
Caractéristiques des femmes dépressives de la « Myocardial Ischemia and Migraine Study ».
  Dépressives Non dépressives
Ages en années 64,9 66,0
Pourcentage de diabétiques 6,7 4,8
Pourcentage d’hypercholestérolémies 13,1 13,8
Pourcentage de personnes traitées contre l’hypertension 27,6 22,6
Pourcentage de fumeurs 8,9 4,6
Publié en Juillet 2005
Auteur : L. Teillet - Hôpital Sainte-Périne,  Paris
Références : Kim CK, McGorray SP, Bartholomew BA, Marsh M, Dicken T, Wassertheil-Smoller S, Curb JD, Oberman A, Hsia J, Gardin J, Wong ND, Barton B, McMahon RP, Sheps DS. Depressive symptoms and heart rate variability in postmenopausal women. Arch Intern Med. 2