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image description L’altération des fonctions exécutives est-elle fréquente dans la maladie d’Alzheimer et est-elle liée à d’autres caractéristiques cliniques ?
Il est maintenant clairement établi que les processus pathologiques de la maladie d’Alzheimer débutent plusieurs décades avant son expression clinique. Les facteurs de risque associés à ces processus ne sont aujourd’hui pas connus. Il existerait une corrélation entre les fonctions cognitives mesurées en début d’âge adulte et la survenue d’une maladie d’Alzheimer. Cependant un tel lien n’a à ce jour pas été retrouvé avec l’entité MCI (Mild Cognitive Impairment). L’objectif de ce travail était de préciser les relations entre les capacités linguistiques des adultes jeunes avec la survenue d’un MCI ou d’une démence, en parallèle avec une étude neuropathologique. Cette étude a été réalisée sur la cohorte américaine ayant participé à la « Nun Study ».

Les religieuses qui ont été incluses dans ce travail ont été examinées une première fois entre 1991 et 1993. Elles étaient au nombre de 678 et étaient âgées de 75 à 102 ans (83 ans en moyenne). Leurs fonctions cognitives et physiques étaient ensuite évaluées annuellement. Elles avaient donné leur accord pour la réalisation d’un examen neuropathologique de leur cerveau à leur décès. Pour cette analyse, 180 patientes retenues avaient mis à disposition des écrits réalisés entre 18 et 32 ans. Une étude neuropathologique a été effectuée pour 90 d’entre elles. Un standard défini à partir des écrits a été établi par les auteurs. Il s’agissait de mesurer la richesse du vocabulaire et de l’expression écrite des sujets en analysant le nombre « d’idées » dans un nombre défini et limité de phrases. Les fonctions cognitives en début d’âge adulte pouvaient ainsi être évaluées. Le tertile inférieur définissait une « pauvreté des idées » tandis que les 2 tertiles supérieurs définissaient une « richesse des idées ». Les évaluations cognitives des nonnes âgées étaient basées sur des critères très proches de ceux du DSM IV définissant la démence et la maladie d’Alzheimer. Le MCI était défini comme une absence de démence et des scores pathologiques lors des épreuves de rappel de mots appris. L’examen neuropathologique des cerveaux utilisait les critères consensuels de Braak et Braak, en chiffrant la densité des lésions caractéristiques de la maladie d’Alzheimer.

Neuf pour cent des sujets avaient un score de Braak de 0 ; 46% avaient un score de 1 ou 2 ; 13% un score de 3 ou 4, et 32% un score de 5 ou 6. Trente neuf sujets avaient les critères neuropathologiques de maladie d’Alzheimer. Parmi ces patientes, 59% avaient les critères cliniques de maladie d’Alzheimer, 13% les critères de déclin cognitif global, 25% les critères de MCI et 3% avaient des fonctions cognitives normales. Les résultats de l’analyse étaient inchangés après ajustement à l’âge de l’évaluation cognitive en fin d’étude, à l’âge de l’évaluation de la richesse des idées et au niveau d’instruction. La prévalence de « pauvreté des idées » augmentait avec l’altération des fonctions cognitives. Parmi les MCI, la « pauvreté des idées » était corrélée au mauvais score de rappel de mots appris. Un lien identique existait entre « pauvreté des idées » et survenue d’une démence et de la même manière avec la survenue d’un MCI. Une telle corrélation existait également avec le score au MMS (Mini-Mental State). Les critères neuropathologiques de maladie d’Alzheimer étaient présents chez 85% des religieuses qui avaient les critères cliniques de maladie d’Alzheimer, chez 50% des MCI, chez 50% des patientes avec un déclin cognitif global, et chez 12% des participantes avec des fonctions cognitives normales. Chez les nonnes avec des capacités de langage réduites dans leur jeune âge, il existait une atrophie cérébrale et un poids de cerveau diminué de façon plus importante que chez les autres nonnes.

Les résultats de cette étude ont montré une relation entre les capacités de langage mesurées en début d’âge adulte et les fonctions cognitives considérées dans leur globalité 58 à 64 ans plus tard. De plus, une relation a été mise en évidence avec ces capacités de langage et la survenue d’un MCI ou d’une maladie d’Alzheimer. Ces résultats sont confortés par une confrontation neuropathologique. Cependant, cette étude ne permet pas d’argumenter une relation entre MCI et survenue d’une maladie d’Alzheimer, question toujours très débattue. La question que soulève les résultats de cette étude est de savoir si de faibles capacités de langage en début de vie adulte représentent un terrain à risque de survenue d’une maladie d’Alzheimer ou d’un MCI ou si le processus neuropathologique conduisant à ces 2 pathologies débute très tôt dans la vie.
Relations entre un score faible des capacités de langage en début de vie adulte et l’évaluation des fonctions cognitives à un âge avancé (analyse effectuée sur 180 nonnes).
MCI : Mild Cognitive Impairment
Premier et dernier examen : tests neuropsychologiques effectués chez les nonnes âgées
Statut cognitif Prévalence d’un score faible au test de langage en début de vie adulte (IC à 95%) Odds ratio d’un score faible au test de langage en début de vie adulte (IC à 95%)
  Premier examen Dernier examen Premier examen Dernier examen
MCI 52 (33-70) 45 (23-68) 5,3 (2,0-13,9)** 7,4 (2,1-26,4)*
Fonctions cognitives altérées globalement 83 (36-100) 50 (19-81) 25,0 (2,7-235,4)* 9,0 (1,9-42,2)*
Démence 90 (68-99) 62 (47-75) 45,0 (9,1-222,4)** 14,7 (5,0-43,5)**
Publié en Avril 2005
Auteur : L. Lechowski - Hôpital Sainte-Périne,  Paris
Références : Riley KP, Snowdon DA, Desrosiers MF, Markesbery WR. Early life linguistic ability, late life cognitive function, and neuropathology: findings from the nun study. Neurobiol Aging. 2005; 26 : 341-347.