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image description Le comportement social a-t-il une action sur la plasticité cérébrale ?
Les relations existant entre les comportements sociaux et les « états » du cerveau sont généralement peu connues, particulièrement chez le sujet âgé. Une étude a été réalisée chez la souris sénescente (15 mois) afin d’évaluer les conséquences d’un comportement de dominance ou de soumission sur des facteurs trophiques et des médiateurs cérébraux. Les animaux sont d’abord caractérisés en fonction de leur comportement agressif (dominant) ou non (soumis) et le contenu du cerveau pour le Nerve Growth Factor (NGF) le Brain-derived Neurotrophic Factor (BDNF), la choline acétyltransférase (ChAT) et le neuropeptide Y (NPY) est ensuite analysé.

Les activités de ces substances sur le tissu cérébral sont relativement bien connues. Le NGF maintient la survie des neurones cholinergique des noyaux basaux qui innervent l’hippocampe et le néocortex. Le BDNF est largement distribué dans le cerveau et soutient la survie de neurones hippocampiques et néocorticaux, des neurones cholinergiques et des neurones dopaminergiques de la substance noire. La production des facteurs trophiques, mesurée dans deux régions cérébrales, est significativement liée au comportement social.

Plusieurs études avaient déjà montré que le NGF et le BDNF intervenaient dans la régulation des processus cognitifs lors du développement et du vieillissement. Cette étude relie leur action au comportement. L’intervention du NGF serait liée aux facteurs de stress et à la mise en place de processus d’adaptation. Une des conséquences de l’élévation du taux de NGF est la stimulation de l’activité de la ChAT et du NPY. L’action du NGF favorise ainsi, d’une part, le maintien des voies cholinergiques afférentes au néocortex et donc l’efficacité des processus cognitifs et, d’autre part, la réduction de l’anxiété par l’intervention du NPY au niveau de l’amygdale et de l’hippocampe. L’intervention du BDNF s’exerce essentiellement sur la prolifération et la différenciation cellulaires au niveau de la zone sous-ventriculaire et l’hippocampe, conduisant ainsi à une neurogenèse « tardive ».

De façon schématique, l’état de soumission privilégie la production de NGF qui stimule le niveau d’attention et la capacité de réaction, tandis que l’état de domination privilégie la production de BDNF et la mise en place de nouveaux neurones au sein du tissu cérébral. Au delà de ces observations ciblées sur quelques régions cérébrales, cette étude démontre surtout la préservation de la plasticité cérébrale chez les individus âgés. Quant à l’extension de ces conclusions chez l’homme, la prudence s’impose : quel est le comportement le plus favorable pour un vieillissement cérébral réussi, celui de dominant ou de dominé ?
  NGF BDNF
Zone sous-ventriculaire soumis dominant
Hippocampe soumis dominant
Publié en Mai 2003
Auteur : Ph. van den Bosch de Aguilar - Université Catholique de Louvain,  Louvain-la-Neuve
Références : Fiore M, Amendola T., Triaca V, Tirissa P, Alleva E, Aloe L. Agonistic encounters in aged male mouse potentiate the expression of endogenous brain NGF and BDNF: possible implication for brain progenitor cells’ activation. Eur. J. Neuroscience; 1