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image description Le plaisir olfactif évolue avec l’âge.

La sensibilité olfactive est modifiée au cours du vieillissement. Les nombreuses études qui ont été consacrées à l’évolution de ce paramètre sont basées sur les réponses aux trois composantes principales du Sniffin’ Stick Test : le seuil de sensibilité au butanol, l’identification et la discrimination des odeurs. C’est à l’aide de ce test qu’une perte de la fonction olfactive a été mise en évidence chez les personnes âgées. Les tests olfactifs peuvent aussi être indicatif de pathologies neurodégénératives comme la maladie d’Alzheimer ou la maladie de Parkinson, même à des stades très précoces.

En revanche, l’aspect hédonique des odeurs a été peu étudié, ce qui est surprenant car une baisse de la perception des parfums et arômes entraîne une altération de la qualité de vie. Les données concernant la sensibilité et le plaisir olfactif, associés notamment à la prise de nourriture sont contradictoires. D’une part, 70% des patients souffrant d’une perte sensorielle déclarent perdre le plaisir de manger et environ 60% avoir des troubles alimentaires. D’autre part, il est très difficile d’objectiver une baisse du plaisir de manger chez des personnes âgées en bonne santé, même si elles ont perdu une partie de la sensibilité olfactive. Elles sont souvent plus attirées par les nourritures aux arômes intenses, ce qui peut témoigner un attrait pour des saveurs spécifiques ou la recherche de compensation pour une perte olfactive. Enfin, au delà de ces modifications physiologiques, des altérations du cortex préfrontal peuvent aussi avoir un effet sur la sensation de plaisir. Celle-ci est étroitement associée aux émotions qui interviennent, de façon sous-jacente, dans la catégorisation des odeurs ainsi que dans leur charge hédonique. Pour certains auteurs, le plaisir résulterait donc plus d’un processus émotionnel qu’analytique.

L’étude réalisée par ces investigateurs allemands visait à préciser l’effet de l’âge sur la catégorisation émotionnelle des odeurs (agréables, neutres ou répulsives) et sur l’intensité de la perception olfactive en fonction de l’évolution de cette sensibilité. Elle a été effectuée chez 201 sujets en bonne santé, soient 103 hommes et 98 femmes, âgés de 19 à 83 ans (âge moyen 39 ans) à l’aide du Sniffin’Stick Test couplé à une échelle analogique afin de quantifier le niveau de plaisir ou de déplaisir pour chaque substance respirée. La sensibilité au butanol a été évaluée sur des échantillons d’une solution à 4% diluée de 0 à 16 fois. L’identification des odeurs a été testée par la présentation de languettes de papier imprégnées de diverses substances, deux semblables et une différente, les sujets devant identifier la différente. Seize odeurs communes différentes ont été présentées : des odeurs de fruits, de fleurs, de cuir, de poisson,… Le caractère hédonique, agréable ou désagréable, a été évalué sur une échelle de -100 à +100 et le niveau d’intensité sur une échelle de 0 à +200. Les résultats ont été analysés par différentes méthodes statistiques.

De façon générale, l’intensité de la perception olfactive apparaît peu touchée par l’âge. Une augmentation du seuil de perception a cependant été observée pour 3 odeurs : le citron, l’ail et le poisson. Le caractère hédonique des différentes odeurs testées évoluait avec l’âge avec des différences significatives pour la térébenthine, l’ail, le clou de girofle, le citron, la rose et le poisson.

Ces résultats montrent, que malgré une diminution de la sensibilité olfactive, le plaisir olfactif peut persister, voire augmenter, chez les personnes âgées. Il est certain que le niveau du seuil de perception est plus élevé tandis que les capacités d’identification et de discrimination diminuent. Cependant, le caractère hédonique se situe à un niveau de 12 ± 17, sur l’échelle de -100 à +100, ce qui indique un équilibre dans la balance d’évaluation agréable/désagréable. Un certain déséquilibre concerne les odeurs de citron, d’ail et de poisson, tandis que le caractère agréable du clou de girofle augmente avec l’âge. Ceci pourrait témoigner d’un glissement de la qualité des perceptions olfactives en fonction de leur caractère hédonique au cours du vieillissement.

Publié en Décembre 2007
Auteur : Ph. van den Bosch de Aguilar - Université Catholique de Louvain,  Louvain-la-Neuve
Références : Markovic K, Reulbach U, Vassiliadu A, Lunkenheimer J, Lunkenheimer B, Spannenberger R, Thuerauf N. Good news for elderly persons: olfactory pleasure increases at later stages of the life span. J Gerontol Biol Sci Med Sci. 2007;