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image description Le résidu post-mictionnel est-il un facteur de risque de survenue d’une infection urinaire basse ?

Une bactériurie est présente chez environ 30% des personnes âgées de 65 ans et plus, contre 16% chez les plus jeunes. La prévalence de la bactériurie, y compris sa forme asymptomatique, peut atteindre 50% en institution gériatrique. Différentes étiologies peuvent êtres retrouvées à l’origine de ces bactériuries et des infections urinaires comme le recours fréquent aux sondages. De plus, certains changements physiologiques ou la présence de comorbidités plus fréquentes avec l’âge viennent favoriser certains dysfonctionnements vésicaux associés à l’observation d’un résidu post-mictionnel.

La rétention d’urines sur obstacle (hypertrophie bénigne ou cancer de la prostate, sténose urétrale) ou les troubles de la contractilité vésicale (médicaments, maladies neuro-dégénératives) sont à l’origine de résidus post-mictionnels importants. Il est couramment admis que l’observation de tels résidus augmente le risque de développer une bactériémie et une infection urinaire en institution.

Pour le vérifier, une équipe norvégienne a réalisé une étude prospective auprès de 150 résidents de 6 établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes. L’objectif principal de cette étude, qui s’est déroulée sur 1 année, était de déterminer si le résidu d’urines post-mictionnel est bien un facteur de risque de survenue d’une infection urinaire basse dans cette population. Tous les patients étaient âgés de 65 ans et plus. Les malades porteurs d’une sonde vésicale, sous antibiothérapie ou en phase terminale de leur maladie, n’ont pas été inclus. En début d’étude, les comorbidités associées à des résidus post-mictionnels ou à des infections urinaires ont été colligées. L’autonomie pour les activités de la vie quotidienne a été mesurée à l’aide de l’échelle de Barthel. Après formation, les infirmières des institutions ont collecté les données : utilisation de l’échographe portable de type Bladder Scan pour mesurer le résidu post-mictionnel, prélèvement des urines lors de suspicion d’infection urinaire avec recours si nécessaire au sondage vésical aller-retour. Une infection urinaire était suspectée lors de fièvre, de brûlures mictionnelles, de syndrome confusionnel, d’aggravation de l’état général, d’incontinence urinaire, d’urines troubles ou nauséabondes ou de polyurie. Les mesures du résidu post-mictionnel ont été réalisées 2 fois par jour, matin et soir. Un résidu post-mictionnel de 100 ml a été retenu comme valeur seuil dans cette étude.

Les résultats montrent que 69% des résidents étaient des femmes et qu’il n’existait pas d’association entre le sexe, l’âge, la prévalence de l’incontinence et la mortalité au cours de cette période. Chez ces patients dépendants, des résidus post-mictionnels inférieurs à 100 ml ont été retrouvés chez 98 patients. Un résidu post-mictionnel entre 100 et 200 ml a été mesuré chez 30 patients, et un résidu supérieur à 200 ml pour 22 patients. Aucune association entre le sexe et le volume du résidu post-mictionnel n'a été observée.

Au cours des 12 mois de suivi, 51 patients (30%) ont développé une ou plusieurs infections urinaires. Parmi ceux-ci, on comptait 9 hommes et 42 femmes (p = 0,02). Les résidus post-mictionnels étaient en moyenne de 104,9 ml chez les hommes et de 84,4 ml chez les femmes (p = 0,56). Pour 26 hommes (57%), ce résidu était inférieur à 100 ml, et 20 (43%) avaient un volume de 100 ml ou plus. Concernant les femmes, 72 (69%) avaient un résidu de moins de 100 ml, et 32 (31%) de 100 ml ou plus (p = 0,14). Il n'y avait pas de différence significative concernant le résidu post-mictionnel entre les patients ayant présenté ou non une infection urinaire. Le volume du résidu n’avait pas d’influence sur la fréquence de l’infection urinaire. Il n’existait pas non plus de différence dans le risque de développer une ou plusieurs infections urinaires en fonction du volume de ce résidu. Seuls le sexe et l’incontinence étaient significativement corrélés à la survenue d’une infection urinaire (p = 0,02).

Même si les prévalences des résidus post-mictionnels et des infections urinaires sont importantes dans cette étude, contrairement à certaines croyances, aucune relation significative entre ces deux évènements n’a été mise en évidence. D’autres études restent à mener pour identifier les facteurs favorisant la survenue des infections urinaires dans cette population.


Volume résiduel post-mictionnel et infections des voies urinaires chez des sujets âgés dépendants.

Publié en Juin 2008
Auteur : T. Cudennec - Hôpital Ambroise Paré,  Boulogne-Billancourt
Références : Omli R, Skotnes LH, Mykletun A, Bakke AM, Kuhry E. Residual urine as a risk factor for lower urinary tract infection: a 1-year follow-up study in nursing homes. J Am Geriatr Soc. 2008;56:871–874.