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image description Le risque de chute peut être évalué avec une bonne sensibilité et une bonne spécificité par l’utilisation conjointe de trois outils d’évaluation de l’équilibre chez les personnes âgées
La prévention des chutes passe par la recherche et le dépistage des sujets à risque. Les facteurs de risque de chute sont habituellement répartis en facteurs extrinsèques, liés à l’environnement et facteurs intrinsèques liés au patient lui même. Ces facteurs intrinsèques ont été largement étudiés au cours des vingt dernières années. Perte d’équilibre, syncopes, instabilité posturale, troubles visuels, incapacités d’origine neurologique, faiblesse musculaire et déficits sensitivomoteurs sont autant de facteurs de risque, non exclusifs, qui ont déjà été mis en évidence.

L’équilibre est une des fonctions indispensable à l’accomplissement des activités quotidiennes et différents outils ont été développés pour l’évaluer chez la personne âgée. Or il est bien connu que le maintien d’un bon équilibre requiert une attention supplémentaire lorsque la tâche est complexe. Concrètement, se tenir debout ou maintenir l’orthostatisme dans certaines conditions demande plus d’attention et plus de temps que de se maintenir en position assise. Les temps de réactions étant allongés chez les personnes âgées, il est possible que l’âge en lui-même contribue à diminuer les capacités à maintenir un équilibre correct. Enfin, il a été démontré que, chez des sujets chuteurs comme chez des non chuteurs, la peur de tomber avait un effet néfaste sur les activités de la vie quotidienne.

Le temps de réaction est défini comme le délai qui sépare la présentation d’un stimulus inhabituel et la survenue de la réaction à ce stimulus. En combinant la mesure du temps de réaction avec l’échelle d’équilibre de Berg, « l’échelle de confiance dans l’équilibre d’activités spécifiques » et l’étude des oscillations posturales, les auteurs espèrent avoir concentré les outils indispensables à l’évaluation du contrôle postural. La combinaison de ces outils permettrait-elle alors de prédire les chutes chez les sujets âgés ? Dans l’affirmative, quel serait le seuil à partir duquel le risque est important ?

Cent vingt cinq sujets ont consenti de manière éclairée à participer à cette étude canadienne. Quarante cinq étaient considérés comme chuteurs (au moins une chute pendant l’année précédente) et 80 ne l’étaient pas. Les sujets atteints de maladie neurologique étaient exclus s’ils ne pouvaient se tenir debout pendant une minute à quatre reprises. Les non chuteurs devaient pouvoir marcher sans aide. Ils remplissaient tous un questionnaire sur leurs chutes et sur leur histoire médicale, ainsi que le questionnaire de « l’échelle de confiance dans l’équilibre d’activités spécifiques ». Leur sens de l’équilibre était par ailleurs évalué selon l’échelle de Berg. Enfin, une évaluation des oscillations posturales et du temps de réaction était réalisée. L’âge moyen des chuteurs était de 75 ans et celui des non chuteurs de 74 ans. Leur poids et leur taille étaient similaires ; les hommes représentaient 10/45 des chuteurs et 29/80 des non chuteurs.

Les chuteurs avaient un temps de réaction plus long, une « échelle de confiance dans l’équilibre d’activités spécifiques » et un score à l’échelle de Berg plus bas. Les différences pour les mesures d’oscillation posturale n’étaient pas significatives.

Parmi les facteurs explicatifs, la régression logistique pas à pas a permis de montrer que les trois prédicteurs de chute étaient le temps de réaction, l’échelle de Berg ainsi que l’échelle de confiance. Les auteurs ont ainsi généré une équation permettant d’évaluer en %, le risque de chute en fonction de la valeur de ces trois facteurs explicatifs. Sa spécificité était de 89% et sa sensibilité de 96%. L’étude des corrélations a montré que l’échelle de Berg était hautement corrélée à l’« échelle de confiance dans l’équilibre d’activités spécifiques »alors que l’échelle de Berg et le temps de réaction, d’une part, et l’« échelle de confiance dans l’équilibre d’activités spécifiques » et le temps de réaction d’autre part l’étaient moins.

Enfin l’analyse des résultats a permis de calculer des seuils pour l’échelle de Berg (à 46 et au delà), pour « l’échelle de confiance dans l’équilibre d’activités spécifiques » (à 67% et au delà) et pour le temps de réaction (à 550 millisecondes et au dessus). Les auteurs ont ainsi généré un outil composite de bonne sensibilité et spécificité dans l’évaluation du risque de chute chez la personne âgée.
Corrélations significatives entre les facteurs prédictifs de chute
variables Echelle de Berg Echelle de confiance Temps de réaction
Echelle de Berg 1 0.806 -0.685
Echelle de confiance 0.806 1 -0.638
Temps de réaction -0.685 -0.638 1
Publié en Février 2004
Auteur : D. Haguenauer - Hôpital Sainte-Périne,  Paris
Références : Lajoie Y, Gallagher SP. Predicting falls within the elderly community : comparison of postural sway, reaction time, the Berg balance scale and the Activity-specific Balance Confidence (ABC) scale for comparing fallers and non fallers. Arch. Geronto