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Le syndrome des jambes sans repos, un facteur important de l’agitation nocturne chez les personnes qui souffrent de démence.
Les soins dispensés aux personnes atteintes de démence constituent une charge particulièrement lourde en fin de journée et la nuit. Du fait du déclin des capacités cognitives, le temps de sommeil est réduit et souvent fragmenté en plusieurs épisodes et l’alternance veille-sommeil est souvent fortement perturbée. Les réveils fréquents peuvent être accompagnés d’agitation, de cris et de manifestations agressives. Les médicaments sont peu efficaces pour traiter ces troubles du comportement. De plus, ils induisent fréquemment des effets secondaires sérieux augmentant la morbidité et probablement la mortalité des patients.
Plusieurs facteurs peuvent contribuer aux difficultés de sommeil chez les personnes démentes. L’un d’entre eux est le syndrome des jambes sans repos, caractérisé par des sensations douloureuses ou d’inconfort, à tel point que certaines personnes peuvent rester éveillées à cause de ce syndrome. Sa fréquence s’accroît avec l’âge et il est souvent associé à une déficience en fer et à des phases de dépression. Des mouvements involontaires et périodiques des jambes sont également courant, mais ils ne sont pas symptomatiques des personnes âgées. Les apnées du sommeil constituent un autre facteur perturbateur fréquent du sommeil. Elles se caractérisent par des pauses respiratoires répétées et/ou une hypoventilation. Ces apnées entraînent une hypoxie, laquelle peut alors accroître la confusion nocturne.
Des investigateurs se sont intéressés aux troubles du sommeil chez les personnes démentes et se sont attachés à évaluer leur impact sur leurs comportements nocturnes. Cette étude a été réalisée sur un groupe de 59 personnes (41 hommes et 18 femmes) diagnostiquées démentes, et âgées de 66 à 88 ans (moyenne 79,1 ans). Leur score au MMSE (Mini Mental State Examination) était de 20,1, la normalité étant fixée à plus de 25. Les paramètres du sommeil ont été mesurés à domicile, durant 2 nuits par polysomnographie. Le degré d’agitation nocturne a été évalué indépendamment par 2 experts durant 3 nuits à l’aide de l’échelle d’agitation de Cohen-Mansfield.
Le temps moyen de sommeil était d’environ 6 h par nuit et seulement 22% des participants dormaient 7 h ou plus. Le nombre moyen de mouvements des jambes était de 15,29 par heure de sommeil et d’épisodes d’apnées du sommeil de 19,45 par heure. Les personnes qui avaient des troubles cognitifs sévères présentaient la latence d’endormissement la plus longue. Les réveils dus aux apnées étaient plus fréquents chez les personnes qui avaient des troubles cognitifs légers. Les comportements d’agitation nocturne étaient corrélés aux troubles cognitifs, aux apnées et au syndrome des jambes sans repos. En revanche, l’âge, le sexe et les mouvements involontaires des jambes n’étaient pas corrélés aux comportements d’agitations (p > 0,05). Les résultats de l’analyse par régression multivariée sont résumés dans le tableau ci-dessous.
Le syndrome des jambes sans repos est la manifestation la plus évidente associée aux comportements d’agitation nocturne des personnes atteintes de démence tandis que l’association avec les autres paramètres est moins claire. Il est à noter que la démence et le syndrome des jambes sans repos partagent des facteurs de risque communs : l’âge, la dépression, l’anxiété, le tabagisme et l’hypertension.
Dans le but d’objectiver la présence d’altérations cérébrales chez les personnes affectées par un syndrome des jambes sans repos, une autre étude a été réalisée post-mortem, après autopsie et par imagerie, chez 11 femmes qui souffraient de ce trouble du sommeil. Elles étaient âgées de 53 à 91 ans lors de leur décès. L’analyse biochimique pratiquée sur les cerveaux post-mortem a montré que les constituants de la myéline étaient diminués d’environ 25% chez les sujets atteints comparés aux sujets témoins de même âge et indemnes de toute affection neurologique (p < 0,05). Par ailleurs, les niveaux de transferrine et de la sous-unité H de la ferritine, reflétant de façon indirecte le statut en fer au niveau de la substance blanche, étaient diminués d’environ 25%, comparés à ceux des témoins. L’analyse par imagerie a, quant à elle, révélé un déficit significatif de la substance blanche au niveau du corps calleux, du cingulum antérieur et de la circonvolution précentrale. Sur la base des données acquises sur des modèles animaux, ces atteintes pourraient être causées par des altérations du métabolisme du fer.
Ces observations laissent envisager d’éventuelles possibilités de prise en charge du syndrome des jambes sans repos et, par voie de conséquence, de prévention de certaines formes d’agitation chez les personnes qui souffrent de démence.
|
Paramètres |
R |
Coefficient |
Erreur standard |
p |
|
Jambes sans repos |
0,31 |
0,70 |
0,23 |
0,004 |
|
MMSE |
- 0,33 |
- 0,04 |
0,007 |
0,012 |
|
Index d’apnées-hypopnées |
- 0,37 |
0,11 |
0,11 |
0,004 |
|
Ordonnées |
2,95 |
0,39 |
0,39 |
< 0,001 |
Régression linéaire ajustée pour l’agitation nocturne.