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Actualités
L’actualité française récente nous a montré l’importance du risque de déshydratation chez les sujets âgés fragiles. Ce risque est d’autant plus marqué qu’avec l’âge la sensation de soif s’émousse et que le pouvoir de concentration du rein diminue. L’altération de ces deux composantes de l’équilibre hydrique a pour conséquences une réduction des apports en eau et une augmentation des pertes urinaires qui, combinées, peuvent conduire à un état de déshydratation chronique, tout à fait néfaste en période de canicule par exemple.
Si les risques de déshydratation chez la personne âgée malade sont bien documentées, curieusement, très peu d’études se sont intéressées à l’équilibre hydrique de sujets autonomes, en dehors de toute perturbation de l’environnement. L’absence de ce type de données provient probablement de la difficulté à apprécier les apports hydriques qui ne sont pas directement liés à la prise de boisson et à l’alimentation, ainsi que l’évaluation des pertes d’eau extra-rénales. Un groupe de 8 équipes américaines s’est essayé à répondre à ces questions en décrivant le plus complètement possible tous les échanges hydriques d’hommes et de femmes âgés de 40 à 79 ans. Pour cela, ils se sont appuyés sur deux grandes études de cohortes dans lesquelles ils ont mesuré les entrées et les sorties d’eau journalières, l’étude « Health, Aging and Body Composition (Health ABC) » conduite entre 1998 et 2000, et l’étude « Observing Protein and Energy Nutrition (OPEN) » menée dans les années 1999-2000. La première comprenait 3075 participants de 70 à 79 ans dont 283 ont eu des bilans hydriques complets. La seconde incluait 484 personnes de 40 à 69 ans dont 313 ont subi tous les examens préconisés. L’ensemble des données a été ainsi collecté chez 596 sujets.
Les apports en eau sont d’origines différentes. On distingue: - l’eau prise par voie orale, sous forme de boisson ou de nourriture ; - l’eau apportée par la respiration qui est notamment fonction de l’humidité ambiante ; - l’eau absorbée à travers la peau ; - l’eau d’origine métabolique. Les sorties d’eau comprennent : - les pertes rénales; - les pertes digestives ; - la transpiration ; - l’évaporation cutanée ; - l’air expiré. Ces différentes composantes ont été soit mesurées directement, soit estimées avec les équations courantes à partir de la composition de la diète en terme de calories et de répartition entre les glucides, les lipides et les protéines, du volume respiratoire, de l’humidité absolue, de la surface corporelle. De plus, le turn-over de l’eau dans l’organisme a été déterminé par des techniques de dilutions isotopiques associées à des cinétiques d’élimination en utilisant comme marqueurs l’hydrogène 2H et l’oxygène 18O.
Les résultats de ces bilans montrent que les apports hydriques par voie orale varient beaucoup d’un individu à l’autre, de 1,4 à 7,7 L/jour (moyenne 3,0 L/jour) chez les hommes, et de 1,2 à 4,6 L/jour chez les femmes (moyenne 2,5 L/jour). Les apports d’eau totaux incluant les autres paramètres étaient respectivement de 1,8-8,6 L/jour (moyenne 3,6 L/jour) et 1,6-5,5 L/jour (moyenne 3,0 L/jour), respectivement chez les hommes et chez les femmes. Dans les deux sexes, la prise d’eau d’origine alimentaire était inchangée entre 40 et 69 ans, et légèrement diminuée dans le groupe des 70-79 ans, comparée aux 40-49 ans. Les différences inter-individuelles dans les volumes urinaires étaient également importantes, compris entre 0,62 et 4,94 L/jour (moyenne 2,18 L/jour) chez les hommes et entre 0,91 et 4,87 L/jour (moyenne 2,19 L/jour) chez les femmes. Il n’y avait pas de différence significative dans les volumes urinaires chez les femmes avec l’âge, alors que chez les hommes, ils étaient plus élevés après 60 ans comparés aux 40-49 ans.
Il ressort de ces données que la diminution avec l’âge des apports hydriques provenant des boissons et de la nourriture était très discrète, de l’ordre de 15 mL par décade, alors que les valeurs individuelles peuvent varier d’un facteur 4 à 5 entre deux sujets. Il en allait de même pour les pertes urinaires qui étaient inchangées chez les femmes et légèrement augmentées chez les hommes avec des variations individuelles très grandes. Lorsque les apports ou les pertes d’eau étaient corrélés aux variables anthropométriques, les analyses de régression ne rendaient compte que de 4 à 8 % de cette variabilité. Il semble ainsi que les différences de comportements vis-à-vis des apports hydriques soient dominantes par rapport à la taille, le poids ou l’âge des individus. Il est aussi intéressant de noter qu’en moyenne, les apports hydriques des 70-79 ans rapportés à la quantité de calories dépensées correspondent à 98 % de ceux des 40-49 ans. Les auteurs en concluent que dans ces tranches d’âge et dans des conditions climatiques standard, le risque de déshydratation ne semble pas majeur. Reste à savoir ce qu’il en advient après 80 ans.
Publié en Février 2004
Si les risques de déshydratation chez la personne âgée malade sont bien documentées, curieusement, très peu d’études se sont intéressées à l’équilibre hydrique de sujets autonomes, en dehors de toute perturbation de l’environnement. L’absence de ce type de données provient probablement de la difficulté à apprécier les apports hydriques qui ne sont pas directement liés à la prise de boisson et à l’alimentation, ainsi que l’évaluation des pertes d’eau extra-rénales. Un groupe de 8 équipes américaines s’est essayé à répondre à ces questions en décrivant le plus complètement possible tous les échanges hydriques d’hommes et de femmes âgés de 40 à 79 ans. Pour cela, ils se sont appuyés sur deux grandes études de cohortes dans lesquelles ils ont mesuré les entrées et les sorties d’eau journalières, l’étude « Health, Aging and Body Composition (Health ABC) » conduite entre 1998 et 2000, et l’étude « Observing Protein and Energy Nutrition (OPEN) » menée dans les années 1999-2000. La première comprenait 3075 participants de 70 à 79 ans dont 283 ont eu des bilans hydriques complets. La seconde incluait 484 personnes de 40 à 69 ans dont 313 ont subi tous les examens préconisés. L’ensemble des données a été ainsi collecté chez 596 sujets.
Les apports en eau sont d’origines différentes. On distingue: - l’eau prise par voie orale, sous forme de boisson ou de nourriture ; - l’eau apportée par la respiration qui est notamment fonction de l’humidité ambiante ; - l’eau absorbée à travers la peau ; - l’eau d’origine métabolique. Les sorties d’eau comprennent : - les pertes rénales; - les pertes digestives ; - la transpiration ; - l’évaporation cutanée ; - l’air expiré. Ces différentes composantes ont été soit mesurées directement, soit estimées avec les équations courantes à partir de la composition de la diète en terme de calories et de répartition entre les glucides, les lipides et les protéines, du volume respiratoire, de l’humidité absolue, de la surface corporelle. De plus, le turn-over de l’eau dans l’organisme a été déterminé par des techniques de dilutions isotopiques associées à des cinétiques d’élimination en utilisant comme marqueurs l’hydrogène 2H et l’oxygène 18O.
Les résultats de ces bilans montrent que les apports hydriques par voie orale varient beaucoup d’un individu à l’autre, de 1,4 à 7,7 L/jour (moyenne 3,0 L/jour) chez les hommes, et de 1,2 à 4,6 L/jour chez les femmes (moyenne 2,5 L/jour). Les apports d’eau totaux incluant les autres paramètres étaient respectivement de 1,8-8,6 L/jour (moyenne 3,6 L/jour) et 1,6-5,5 L/jour (moyenne 3,0 L/jour), respectivement chez les hommes et chez les femmes. Dans les deux sexes, la prise d’eau d’origine alimentaire était inchangée entre 40 et 69 ans, et légèrement diminuée dans le groupe des 70-79 ans, comparée aux 40-49 ans. Les différences inter-individuelles dans les volumes urinaires étaient également importantes, compris entre 0,62 et 4,94 L/jour (moyenne 2,18 L/jour) chez les hommes et entre 0,91 et 4,87 L/jour (moyenne 2,19 L/jour) chez les femmes. Il n’y avait pas de différence significative dans les volumes urinaires chez les femmes avec l’âge, alors que chez les hommes, ils étaient plus élevés après 60 ans comparés aux 40-49 ans.
Il ressort de ces données que la diminution avec l’âge des apports hydriques provenant des boissons et de la nourriture était très discrète, de l’ordre de 15 mL par décade, alors que les valeurs individuelles peuvent varier d’un facteur 4 à 5 entre deux sujets. Il en allait de même pour les pertes urinaires qui étaient inchangées chez les femmes et légèrement augmentées chez les hommes avec des variations individuelles très grandes. Lorsque les apports ou les pertes d’eau étaient corrélés aux variables anthropométriques, les analyses de régression ne rendaient compte que de 4 à 8 % de cette variabilité. Il semble ainsi que les différences de comportements vis-à-vis des apports hydriques soient dominantes par rapport à la taille, le poids ou l’âge des individus. Il est aussi intéressant de noter qu’en moyenne, les apports hydriques des 70-79 ans rapportés à la quantité de calories dépensées correspondent à 98 % de ceux des 40-49 ans. Les auteurs en concluent que dans ces tranches d’âge et dans des conditions climatiques standard, le risque de déshydratation ne semble pas majeur. Reste à savoir ce qu’il en advient après 80 ans.
| 40-49 ans | 70-79 ans | |
| hommes | ||
| Turn-over de l’eau, L/jour | 3,81 ± 1,24 | 3,35 ± 0,78 |
| Apports en eau par voir orale, L/jour | 3,22 ± 1,19 | 2,75 ± 0,77 |
| femmes | ||
| Turn-over de l’eau, L/jour | 3,26 ± 0,78 | 2,79 ± 0,66 |
| Apports en eau par voir orale, L/jour | 2,75 ± 0,75 | 2,33 ±0,64 |
Auteur :
B. Corman - ,
Références : Raman A, Schoeller DA, Subar AF, Troiano RP, Schatzkin A, Harris T, Bauer D, Bingham SA, Everhart JE, Newman AB, Tylavsky FA. Water turnover in 458 American adults 40-79 yr of age. Am J Physiol 2004, 286 :F394-401