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image description L’ergothérapie peut être très bénéfique pour la qualité de vie des patients déments et leurs aidants.
Les démences et leurs conséquences représentent un coût social et humain très lourd. La qualité de vie des patients est affectée en raison de l’altération de leur autonomie, de leur perte d’initiative et de l’appauvrissement de leurs relations sociales. De leur côté, les aidants souffrent aussi et perdent confiance en eux à cause de leur manque de disponibilité et de leur isolement. De plus, bien souvent, ils jugent insuffisant le soutien qu’ils apportent au patient. Les traitements médicamenteux ne sont pas encore très efficaces pour diminuer les symptômes de la démence et les approches non-pharmacologiques prennent beaucoup de temps ou ne sont pas nécessairement accessibles. Pourtant, d’après la littérature, ces aides non-pharmacologiques, dont notamment l’ergothérapie, seraient aussi efficaces que les inhibiteurs de cholinestérases sans avoir leurs effets indésirables. L’intérêt d’une telle prise en charge résulte à la fois des effets positifs sur la qualité de vie quotidienne des patients et à la fois sur la diminution du fardeau ressenti par l’aidant.

Le centre de recherche du « University Medical Center Nijmegen », aux Pays Bas, a mis en place entre avril 2001 et janvier 2005 une étude randomisée afin d’étudier l’impact de séances d’ergothérapie sur le bien être des patients déments et de leurs aidants. Cent trente cinq patients âgés de plus de 65 ans présentant une démence légère à modérée, vivant à domicile et recevant les soins d’un aidant au moins une fois par semaine ont été répartis en deux groupes : l’un a bénéficié de séances d'ergothérapie, l’autre non. Dix séances d’ergothérapie adaptées au stade de la démence du patient ont été dispensées sur une période de 5 semaines. Ces séances, réalisées par des ergothérapeutes bien formés étaient destinées à la fois aux patients et aux aidants.
L’utilisation de différents outils d'évaluation ainsi que l’observation des patients et de leurs aidants dans leur propre environnement a permis à l’ergothérapeute d’identifier les difficultés spécifiques à chaque cas et de mettre en place différentes stratégies pour compenser le handicap cognitif des patients et de porter un autre regard sur le rôle des aidants.

Une évaluation des patients et de leur aidant principal a été réalisée avant le début de l’intervention, à 6 semaines pour mesurer l’effet de l’intervention et à 12 semaines pour vérifier le maintien de cet effet. Les 3 critères principaux étaient : l’aptitude des patients à réaliser les activités de la vie quotidienne, leurs capacités fonctionnelles et le fardeau ressenti par les aidants. Pour cela 3 outils ont été utilisés : le “process scale of the assessment of motor and process skills”, le “performance scale of the interview of deterioration in daily activities in dementia” et le “sense of competence questionnaire”. Les auteurs ont préalablement défini des niveaux d’amélioration des scores qui étaient significatifs au plan clinique puis ont mesuré le pourcentage de patients améliorés dans chacun des 2 groupes.

A six semaines et pour les 3 critères principaux réunis, 47 % des sujets du groupe intervention ont eu une amélioration clinique versus 2% pour les sujets témoins. A 12 semaines, 37 % des sujets du groupe intervention ont conservé une amélioration clinique versus 2% pour les sujets témoins. Malgré la difficulté d’apprentissage des patients, ces séances d’ergothérapie ont eu un effet positif sur leur vie quotidienne. Les aidants ont appris à mieux prendre en charge les troubles du comportement des patients et se sont sentis plus aptes à faire face. Ces effets étaient toujours présents 3 mois après la fin de l’intervention.

L’ergothérapie pourrait diminuer la dépendance aux soins médicaux et aux services sociaux, voire retarder le placement en institution. Il est vrai que ce type d’action nécessite beaucoup d’investissement en temps. La formation des ergothérapeutes a demandé 80 heures. L’intervention elle-même au domicile des participants, les analyses et la rédaction des rapports, les réunions avec l'équipe interdisciplinaire ont pris 18 heures par couple patient - aidant. Il reste à calculer le vrai rapport coût/bénéfice de ces interventions qui pourrait se révéler inférieur aux alternatives médicamenteuses sans en avoir les inconvénients.

Caractéristiques des patients et des aidants à l’inclusion. MMS : Mini-Mental State. GDS : Global Depression Scale.
Publié en Décembre 2006
Auteur : S. Lauque - Successful Aging, Boulogne-Billancourt
Références : Graff MJ, Vernooij-Dassen MJ, Thijssen M, Dekker J, Hoefnagels WH, Rikkert MG. Community based occupational therapy for patients with dementia and their care givers: randomised controlled trial. Brit Med J. 2006;333:1196-1201