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image description Les activités de loisirs peuvent-elles prévenir la survenue d’une démence ?
La mise en évidence de facteurs de risque de démence est un axe de recherche important. En effet, la prévalence et l’incidence de ces pathologies croissent de façon importante avec l’âge. La notion de réserve fonctionnelle des capacités cognitives expliquerait les résultats d’études faisant état d’un risque de démence diminué chez les personnes ayant un niveau d’éducation élevé ou ayant eu des activités cognitives importantes. Cependant, l’hypothèse de l’existence d’un long stade prédémentiel, plusieurs années avant le diagnostic de démence, rend les méthodes et les résultats de ces études discutables. Ainsi, des activités réduites pourraient témoigner simplement du stade préclinique d’une démence. Le rôle des activités physiques est très peu documenté.

Les auteurs de cet article ont étudié une cohorte issue de New-York (Etats-Unis) indemne de démence. Les activités intellectuelles et physiques ont été étudiées et leur intensité a été corrélée à la survenue d’une démence. 469 patients étaient ambulatoires et avaient au moment de l’inclusion dans la cohorte, de 75 à 85 ans, sans atteinte des organes sensoriels, ni maladie de Parkinson, ni aucune pathologie à mauvais pronostic à court terme. Les sujets étaient évalués au cours d’une visite tous les 12 à 18 mois. Les visites comprenaient un examen clinique, une évaluation du statut fonctionnel (10 activités élémentaires ou instrumentales), une batterie de tests neuropsychologiques et une évaluation des activités de loisirs regroupées en activités cognitives et activités de loisirs physiques. Six activités cognitives étaient répertoriées: lecture de livres ou journaux, écriture, mots croisés, jeux de société ou de cartes, participation à des discussions de groupe et pratique d’un instrument de musique. Onze activités de loisirs physiques ont été retenues : tennis ou golf, natation, bicyclette, danse, sport collectif, jeux d’équipe comme le bowling, marche sportive, monter plus de 2 volées d’escalier, entretenir l’intérieur du logement et garder des enfants. A partir de l’interrogatoire des sujets, les activités de loisirs étaient cotées en fonction de leur fréquence : quotidiennes, pluri-hebdomadaires, hebdomadaires, mensuelles, occasionnelles ou jamais. Un score était bâti sur la base d’un point pour une activité exercée de façon hebdomadaire. Une somme de 0 à 42 était calculée pour les activités cognitives et de 0 à 77 pour les activités physiques. La participation à ces activités était vérifiée auprès de l’entourage.

La recherche d’un diagnostic de démence était réalisée de façon multidisciplinaire (neurologue, neuropsychologue et infirmière de gériatrie) pour tous les sujets pour lesquels une altération des tests neuropsychologiques était constatée à l’aide des critères du DSM III (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) puis DSM III-R (version révisée). Le diagnostic de maladie d’Alzheimer probable ou possible était posé au moyen des critères du National Institutes of Neurological Disorders and Stroke and the Alzheimer’s Disease and Related Disorders Association. Le diagnostic de démence vasculaire probable, possible ou mixte était porté avec les critères du Alzheimer’s Disease Research Centers of California.

Les auteurs ont trouvé une corrélation entre les activités physiques et le statut fonctionnel (p=0,001) et entre les activités cognitives et les résultats des tests neuropsychologiques (p=0,001).

La médiane de la durée de suivi était de 5,1 années. Durant cette période, 124 sujets ont développé une démence (61 maladies d’Alzheimer, 30 démences vasculaires, 25 démences mixtes). Un bas niveau d’instruction ou un âge plus élevé était associé à un risque accru de survenue d’une démence.

La lecture, jouer à des jeux de société, pratiquer un instrument de musique ainsi que la danse étaient associés à un risque plus faible de développer une démence. Un score élevé pour les activités cognitives exercées était aussi associé à un risque de démence plus faible. Cet effet bénéfique concernait également les sujets dont le niveau d’instruction était bas. Cette diminution de risque concernait à la fois la maladie d’Alzheimer, la démence vasculaire et la démence mixte. Ces résultats restaient significatifs une fois l’ajustement fait pour l’âge, les résultats aux tests neuropsychologiques et la visite initiale. Le score des activités physiques était sans effet sur le risque de survenue d’une démence.

Ces résultats pourraient s’expliquer par le fait qu’une démence à l’état préclinique est associée à des activités de loisirs réduites. Cependant, l’ajustement du risque mesuré au niveau intellectuel en début de suivi allait contre cette hypothèse. D’autre part, une démence est caractérisée par une réduction des activités cognitives et physiques alors que les résultats de cette étude montraient un risque diminué de démence seulement pour des activités cognitives importantes. Des essais contrôlés seraient certainement nécessaires pour confirmer que les activités de loisirs peuvent prévenir la survenue d’une démence.
Risque de démence en fonction des activités de loisirs cognitives et physiques après ajustement sur l’âge, le sexe, le niveau d’instruction, la présence de maladies chroniques et le score initial aux tests neuropsychologiques.
Activités de loisirs Nombre de sujets Risque de démence
(Intervalle de confiance à 95%)
Score des activités cognitives    
Pour chaque point supplémentaire - 0.93 (0.90–0.97)
< 8 points 182 1,00
8 à 11 points 137 0.48 (0.29–0.74)
> 11 points 150 0.37 (0.23–0.61)
Score des activités physiques    
Pour chaque point supplémentaire - 1.00 (0.98–1.03)
< 9 points 162 1,00
9 à 16 points 157 1.44 (0.91–2.28)
> 16 points 150 1.27 (0.78–2.06)
Publié en Juillet 2003
Auteur : L. Lechowski - Hôpital Sainte-Périne,  Paris
Références : Verghese J, Lipton RB, Katz MD, Hall CB, Derby CA, Kuslansky G, Ambrose AF, Sliwinski M, and Buschke H. Leisure activities and the risk of dementia in the elderly. N Engl J Med 2003; 348 : 2508-2516.