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image description Les antipsychotiques augmentent-ils vraiment le risque de mortalité chez les patients déments ?
Les antipsychotiques sont largement utilisés pour soigner les troubles comportementaux des patients déments placés en institution, leur usage variant entre 15 et 42 % selon les établissements. La pertinence de ces traitements pose question. D’une part, plusieurs études ont montré qu’ils pouvaient majorer le risque d’accident vasculaire cérébral et de décès. D’autre part, les troubles comportementaux augmentent le risque de chutes et fractures, de complications cardio-vasculaires et le recours à des moyens de contention. La nature du médicament utilisé pose aussi question. Les antipsychotiques atypiques (rispéridone, olanzapine), comparés à un placebo, semblent augmenter le risque de mortalité. Ce risque serait cependant moins marqué que celui associé aux antipsychotiques conventionnels (halopéridol, chlorpromazine, sulpiride,…). Enfin, trois études longitudinales comparant antipsychotiques conventionnels et atypiques ne montrent pas de différence entre les groupes concernant le risque d’accidents vasculaires cérébraux.

Cette étude visait à lever ces ambiguïtés par un suivi longitudinal durant deux ans de patients admis en hôpital gériatrique à Helsinki. Les patients déments (n = 245) ont été comparés à des sujets âgés non déments (n = 170) vivant en résidence. L’âge moyen de la cohorte était de 86 ans. Différents paramètres ont été évalués : l’état mental (MMS), le degré de démence (DSM), la morbidité (index de Charlson), la dépendance dans les activités de la vie quotidienne, la prise de médicaments. Les caractéristiques de la population lors de l’inclusion étaient les suivantes :


Caractéristiques lors de l’inclusion de la population étudiée.

Les patients qui souffraient de démence avaient plus de comorbidités, étaient plus dépendants et prenaient plus de neuroleptiques que les sujets non déments. Le score au test MMS du groupe de patients déments était de 9,9. Les antipsychotiques les plus largement prescrits chez les patients déments étaient la melperone (non autorisée en France), l’halopéridol et la rispéridone. Le suivi des patients sous traitement antipsychotique a donné les résultats suivants :


Suivi des patients.

Près de la moitié des patients déments recevaient des antipsychotiques. La mortalité était élevée puisque plus de 50% des participants sont décédés durant les deux années de l’étude. Cependant, cette médication, qu’elle soit conventionnelle ou atypique, n’augmentait ni la mortalité ni le taux d’hospitalisation. Bien au contraire, l’utilisation d’antipsychotiques atypiques semblait diminuer le risque de mortalité de moitié (hazard ratio = 0,49 ; IC à 95% = 0,24-0,99).
Chez ces patients fragiles, âgés et déments l’usage des neuroleptiques, qu’ils soient conventionnels ou atypiques, ne semble pas avoir d’impact négatif sur la mortalité ou sur le risque d’hospitalisation.
Publié en Mai 2007
Auteur : Ph. van den Bosch de Aguilar - Université Catholique de Louvain,  Louvain-la-Neuve
Références : Raivio MM, Laurila JV, Strandberg TE, Tilvis RS, Pitkälä KH. Neither atypical nor conventional antipsychotics increase mortality or hospital admissions among elderly patients with dementia: a two-year prospective study. Am.J.Geriatr.Psychiatry. 200