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image description Les bienfaits du régime crétois sont-ils liés au choix des aliments ou aux périodes de jeûne préconisées par l’Eglise Orthodoxe?
Suivre un régime de type méditerranéen réduit sensiblement le risque de maladie coronarienne et de certains cancers. Les populations qui culturellement ont ce type d’alimentation ont ainsi une espérance de vie plus importante que celles dont les apports en graisses sont élevés. Le climat n’est pas en cause, car les Maltais ou les Israéliens qui vivent sur le pourtour méditerranéen mais qui se nourrissent comme des continentaux ont le même taux de maladies cardiovasculaires que les Allemands ou les Anglais. Parmi les régions du bassin méditerranéen, la Crète était jusqu’à présent celle où l’espérance de vie était la plus élevée et les affections cardiovasculaires les plus rares.

Dans les années 60, le régime crétois était composé de produits dérivés du blé, de fruits et de légumes de saisons alors que la consommation de viande, de poissons et de produits laitiers était limitée. La principale source de lipides restait l’olive et son huile. Depuis, le régime des crétois a glissé progressivement vers les habitudes alimentaires des pays anglo-saxons avec comme corollaire une montée de la morbidité et de la mortalité cardiovasculaire.

Si les nutritionnistes ont légitimement accordé une grande importance à la composition du régime crétois, un autre paramètre directement lié à l’absorption de nourriture n’a pas souvent été pris en compte : il s’agit de l’influence des préceptes de la religion orthodoxe concernant les périodes de jeun. Un pratiquant devrait s’abstenir d’huile d’olive, de viande, de poisson, de lait, d’œufs et de fromage tous les mercredi et vendredi à l’exception des semaines suivant Noël, Pâques et la Pentecôte. Durant les 40 jours qui précèdent Noël, la viande, les produits laitiers et les œufs sont interdits mais l’huile d’olive et le poisson sont permis sauf les mercredi et vendredi. Pendant les 48 jours de carême avant Pâques et les 18 jours avant l’Assomption, la viande, les dérivés du lait et les œufs sont proscrits mais l’huile d’olive autorisée sauf le week-end. Quelle que soit la période, la consommation de fruits de mer tels que crevettes, calamar, homard ou crabes est toujours autorisée. Ces périodes de jeûne représentent un total annuel voisin de 200 jours, et plus d’un jour sur deux sur l’ensemble de l’année. Si effectivement ces préceptes sont appliqués, quelle que soit la base de son régime, le fidèle orthodoxe crétois peut être considéré comme étant en restriction alimentaire durant la moitié de l’année. Lorsqu’on connaît les effets des apports caloriques sur les mécanismes de vieillissement, on peut se demander quelle est la part de la restriction et de la composition du régime dans la prévention des maladies cardiovasculaires chez les crétois.

Pour répondre à cette question, 120 habitants de la Crète, appartenant tous à l’église Grecque Orthodoxe, ont été recrutés et suivis de façon longitudinale pendant un an. Soixante d’entre eux suivaient scrupuleusement les obligations de jeûne alors que les soixante autres, bien que croyants, ne jeûnaient pas. Tous étaient en bonne santé et ne prenaient aucun médicament ou supplément alimentaire. Un bilan nutritionnel a été réalisé à 6 reprises dans l’année, au début et à la fin des périodes de jeûne liées à Noël, Pâques et l’Assomption. Comme on pouvait s’y attendre, les personnes qui suivaient à la lettre les recommandations de l’Eglise Orthodoxe avaient des apports énergétiques plus faibles que les autres, de l’ordre de 300 kcal par jour. Cela correspondait à une réduction de la consommation de cholestérol, de protéines, de graisses, d’acides gras saturés et une augmentation des hydrates de carbone, des fibres, de folates et de fer. Ces différences étaient liées à la plus grande quantité de fruits, de légumes, de pommes de terre et de céréales dans le groupe des jeûneurs. Les taux plasmatiques de cholestérol total, de LDL- cholestérol et de triglycérides étaient plus bas chez ces derniers comparés aux sujets ne suivant pas de période d’abstinence.

Bien que limités par le nombre de sujets étudiés, les résultats de cette enquête montrent que les recommandations de jeûne de l’Eglise Orthodoxe ont une influence notable sur les apports caloriques des pratiquants. Or, un grec sur trois suit encore fidèlement les périodes de jeûne liées aux fêtes religieuses. L’appellation « régime crétois » recouvre un choix particulier d’aliments mais aussi des comportements de tempérance qui ont pour effet de réduire les apports énergétiques sur l’ensemble de l’année. On peut ainsi se demander si l’échappement aux effets bénéfiques du régime méditerranéen observé ces dernières années vient d’un changement dans la nature des aliments consommés ou de l’abandon des pratiques religieuses.
Comparaison des apports alimentaires au début et à la fin des périodes de jeûnes religieux chez les personnes qui les suivent et celles qui n’en tiennent pas compte. Les apports en hydrates de carbones et en graisses sont exprimés en % des apports énergétiques.
  Apports énergétiques (kcal) Hydrates de carbone (en %) Graisses totales (en %)
  Avant la période de jeûne A la fin de la période de jeûne Avant la période de jeûne A la fin de la période de jeûne Avant la période de jeûne A la fin de la période de jeûne
Pratiquants qui jeûnaient 1777±73 1596±63 48,8±1,1 59,9±1,2 38,4±0,8 31,6±1,1
Personnes ne jeûnant pas 1902±75 2039±65 45,5±1,1 44,5±1,3 38,7±0,8 39,1±1,1
Publié en Février 2005
Auteur : L. Teillet - Hôpital Sainte-Périne,  Paris
Références : Sarri KO, Linardakis MK, Bervanaki FN, Tzanakis NE, Kafatos AG. Greek Orthodox fasting rituals: a hidden characteristic of the Mediterranean diet of Crete. Br J Nutr. 2004; 92 : 277-84.