< Retour

Actualités

image description Les effets bénéfiques des hypolipémiants sur le risque de démences se confirment
Le risque de déclin cognitif et de démence est augmenté chez les sujets qui souffrent de pathologies cardiovasculaires associées à une hypercholestérolémie. Néanmoins les études épidémiologiques qui ont tenté de corréler les taux de cholestérol sanguins au risque de démence n’ont pas abouti à des résultats toujours cohérents. Il en est de même en ce qui concerne les effets éventuels des médicaments hypolipémiants.

L’étude française des Trois Cités est une étude prospective dont le but était d’analyser les relations entre facteurs de risque vasculaires et démences. Les données collectées au cours de cet essai ont été utilisées par les investigateurs pour étudier également la relation entre le niveau de cholestérol, l’utilisation d’hypolipémiants et la prévalence des démences. La cohorte était constituée de 9294 sujets d’au moins 65 ans (âge moyen 74,2 ± 5,5 ans) habitant les villes de Bordeaux, Dijon et Montpellier. Lors de leur entrée dans l’étude les participants étaient interviewés sur leur histoire médicale et leurs habitudes de vie. Un examen clinique comprenant une mesure de pression artérielle, des tests cognitifs et fonctionnels et, pour les sujets de moins de 85 ans, un Doppler carotidien étaient aussi pratiqués. Le cholestérol sanguin était mesuré et un génotypage APOE était effectué en début d’étude. Pour les sujets avec suspicion de démence, le diagnostic final était posé en se basant sur la Clinical Dementia Rating Scale et les critères du Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (4ème ed.).

Au départ, 2% des participants souffraient de démence. Parmi eux, 65,1% avaient une démence de type Alzheimer, 12,2% des démences vasculaires, 11% des démences mixtes et 11,7% des démences d’autres origines. Comme attendu, les sujets déments avaient un niveau d’instruction plus faible, étaient plus volontiers dépressifs et hypertendus, avaient une histoire de pathologies vasculaires et étaient plus fréquemment porteurs de l’allèle ε4 de l’APOE que les sujets indemnes de troubles cognitifs sévères. Dans l’ensemble de la cohorte, 15,6% prenaient des statines et 13,7% des fibrates. Le niveau de cholestérol était directement corrélé au nombre d’allèle ε4, que les sujets soient traités ou non par des hypocholestérolémiants.

Après prise en compte des divers facteurs de confusion, tels que l’âge, le sexe, le niveau d’instruction, l’indice de masse corporelle, l’hypertension, la consommation d’alcool, le tabagisme, les syndromes dépressifs, les antécédents de pathologies vasculaires, les niveaux de cholestérol LDL et HDL, la prise de statines ou de fibrates était associée à une diminution respective de 51% et 27% du risque de démence. En revanche, ce risque était augmenté de 76% pour un niveau de cholestérol plasmatique ≥ 6,2 mmol/L, que les patients soient traités ou non. Lorsque l’analyse était limitée aux patients qui souffraient de maladie d’Alzheimer, une diminution similaire de prévalence était observée chez les utilisateurs de médicaments hypolipémiants bien que les différences ne soient pas significatives en raison de la faible taille de l’échantillon. Chez ces patients il n’y avait plus d’association avec l’hypercholestérolémie. Par ailleurs, chez les sujets qui prenaient des hypolipémiants le risque de démence était significativement diminué seulement lorsque le niveau de cholestérol était normalisé. Alors que chez les participants hypercholestérolémiques la prévalence des démences était augmentée chez les sujets non porteurs de l’allèle ε4 seulement, la relation entre démence et prise d’hypolipémiants n’était pas affectée par le génotype de l’APOE.

Selon cette étude, la prévalence des démences serait donc plus faible chez les utilisateurs de médicaments hypolipémiants, à condition que la cholestérolémie soit normalisée. Cet effet n’est pas modifié par le génotype de l’APOE. Ces résultats provenant d’une étude transversale mériteraient une confirmation par des essais randomisés afin de conclure de manière définitive sur les effets protecteurs des hypolipémiants.
Risque de démence en fonction du niveau de cholestérol total et de la prise d’hypolipémiants, après ajustement sur les principaux facteurs de confusion.
  Tout type de démences
(n=172)
Odds ratio (IC à 95%)
Démences Alzheimer
(n=112)
Odds ratio (IC à 95%)
Pas de traitement hypolipémiant 1 1
Statines 0,49 (0,28-0,85) 0,48 (0,22-1,02)
Fibrates 0,73 (0,43-1,24) 0,78 (0,41-1,47)
Cholestérol total ≥ 6,2 mmol/L 1,76 (1,05-2,96) 1,18 (0,62-2,23)
Publié en Juillet 2005
Auteur : G. Hamon - Successful Aging, Boulogne-Billancourt
Références : Dufouil C, Richard F, Fiévet N, Dartigues JF, Ritchie K, Tzourio C, Amouyel P, Alpérovitch A. APOE genotype, cholestérol level, lipid-lowering treatment, and dementia. The Three-City Study. Neurology. 2005; 64 : 1531-153