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image description Les facteurs prédictifs de syncopes évoluent-ils en fonction de l’âge ?
L’incidence des syncopes augmente avec l’âge. Leurs conséquences sont souvent plus fâcheuses chez les seniors. Alors que la cause principale est d’origine neurovégétative chez l’adulte jeune, les causes cardiovasculaires dominent au grand âge. C’est pour tenter de mieux définir les signes cliniques spécifiques au sujet âgé ainsi que préciser la valeur diagnostique de l’histoire de chaque patient qu’une analyse a été réalisée sur des personnes de tous âges hospitalisées en raison de syncopes.

Une cohorte de patients admis au cours d’une année dans quatre unités de cardiologie a été subdivisée en deux sous-groupes, l’un comprenant les patients de moins de 65 ans et l’autre les 65 ans et plus. Les causes de syncope ont été réparties en 8 catégories : les syncopes vagales ; les syncopes de situation associées à une miction, une défécation, une toux ou une déglutition ; celles consécutives à une inclinaison de la tête (reproduite par le head-up tilt test) ; celles qui étaient associées à une hypotension orthostatique (baisse de pression systolique ≥ 20 mmHg dans les 5 min suivant un passage en orthostatisme) ; les syncopes d’origine sino-carotidienne (lorsqu’un massage sino-carotidien entraînait une syncope associée à une bradycardie et/ou une hypotension) ; les syncopes cardiaques d’origine valvulaire ou autre cause mécanique ; les syncopes consécutives à un trouble du rythme et enfin, les syncope sensibles à l’ATP. L’histoire de chaque patient a été analysée avec l’aide des témoins éventuels en recherchant les facteurs précipitants ou prédisposants, l’existence de prodromes et leur durée, les symptômes associés à la récupération et leur durée, la durée de la perte de conscience ainsi que l’ensemble des signes cliniques.

La population étudiée était constituée de 224 sujets de moins de 65 ans (âge moyen 43 ± 16 ans ; 50% d’hommes) et de 261 sujets de plus de 65 ans (âge moyen 76 ± 7 ans ; 58% d’hommes). L’histoire seule de chaque patient n’avait permis d’identifier la cause des syncopes que chez 59 des sujets jeunes et 13 des seniors. Les facteurs prédisposants ou précipitants étaient similaires dans les deux groupes. Une origine cardiaque était retrouvée chez 12% des patients < 65 ans, et chez 34% des plus de 65 ans, et une cause neurovégétative chez respectivement 69% et 55% d’entre eux. Les prodromes neurovégétatifs ainsi que les palpitations étaient plus fréquents chez les plus jeunes patients alors que l’incontinence et les traumatismes étaient plus fréquents chez les plus âgés. Lors de la phase de récupération, les symptômes neurovégétatifs étaient plus fréquents chez les moins de 65 ans.

Chez les jeunes adultes, après analyse multivariée, la présence d’une affection cardiaque, ou à défaut l’apparition de palpitations, était le seul paramètre prédictif d’une syncope d’origine cardiaque. Chez les sujets âgés, une cardiopathie, la survenue d’une syncope en position allongée ou lors d’un effort, ainsi que des myoclonies lors de la perte de conscience étaient des facteurs prédictifs indépendants de ce type de syncope.

En ce qui concerne les syncopes d’origine neurovégétative, soit l’absence de cardiopathie, soit une syncope survenant en position debout ou une diaphorèse lors de la récupération chez un patient ayant une affection cardiaque constituait des facteurs prédictifs indépendants. Chez les sujets jeunes, l’absence de cardiopathie, l’existence de signes présyncopaux ainsi que plus de 2 épisodes de syncopes étaient des facteurs prédictifs de ce type de syncope. Après analyse multivariée chez les sujets jeunes avec cardiopathie, seule restait significative l’absence de traumatisme. Chez les sujets âgés, l’absence de cardiopathie constituait un facteur prédictif d’une syncope d’origine neurovégétative et lorsqu’une pathologie cardiaque était présente, la syncope survenant en position debout et une diaphorèse lors de la récupération constituaient des facteurs prédictifs de cette catégorie de syncope.

Ainsi, chez le patient âgé, les signes cliniques sont très semblables, que la syncope soit d’origine vagale ou cardiovasculaire. Par ailleurs, l’histoire de chaque patient n’a qu’une valeur limitée dans le diagnostic de la cause d’une syncope chez ces sujets. Même si certains critères semblent être relativement spécifiques, ils ne sont retrouvés que chez une faible proportion de patients.
Sensibilité et spécificité des facteurs prédictifs d’une syncope chez les patients de 65 ans et plus.
  Sensibilité Spécificité
Facteurs prédictifs d’une syncope d’origine cardiaque
-Pathologie cardiaque
- ≤ 2 épisodes
de syncope
-Myoclonies
-Survenue pendant l’effort
-Survenue en position couchée

94%
66%
18%
15%
7%

64%
49%
97%
99%
99%
Facteurs prédictifs d’une syncope d’origine neurovégétative
-Diaphorèse lors de la récupération
-Absence de pathologie cardiaque
-Survenue au passage en orthostatisme
-Douleurs abdominales

25%
36%
5%
7%

86%
94%
95%
99%
Publié en Janvier 2006
Auteur : T. Cudennec - Hôpital Ambroise Paré,  Boulogne-Billancourt
Références : Del Rosso A, Alboni P, Brignole M, Menozzi C, Raviele A. Relation of clinical presentation of syncope to the age of patients. Am J Cardiol. 2005; 96 : 1431-1435