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image description Les femmes âgées ayant reçu une chimiothérapie adjuvante pour cancer du sein présentent-elles davantage de risques de développer des troubles cognitifs ?

En 2005, une équipe américaine a publié dans le Journal of the American Geriatrics Society, une étude sur l’état de santé des sujets âgés qui avaient survécu à un cancer. Les résultats montraient chez eux une fréquence plus élevée de comorbidités, par rapport à la population générale, sans que les auteurs puissent pour autant dire si c’était une conséquence des traitements dont ils avaient bénéficié ou bien s’il s’agissait d’une rémanence de l’affection elle-même. L’une de leurs conclusions était qu’il ne semblait pas exister de répercussion de la maladie cancéreuse ou des traitements spécifiques reçus sur le fonctionnement cognitif des sujets. Cependant, il n’était pas précisé s’il existait des différences significatives lorsqu’une analyse par type de cancer était réalisée.

Une autre étude publiée quelques années plus tard avait permis d’observer l’impact d’un diagnostic de démence sur la survie de patients âgés présentant un cancer du sein, du côlon ou de la prostate. Ce travail rétrospectif avait montré que le diagnostic préalable de démence était associé à une augmentation de la mortalité toutes causes confondues, ainsi qu’à une diminution de la survie après le diagnostic de cancer. Lors de l’existence de troubles cognitifs, le diagnostic de cancer était régulièrement porté à un stade plus avancé de la maladie.

Dans le cheminement de ces travaux, une nouvelle étude rétrospective, ayant utilisé la base de données SEER du système Medicare américain, s’est interrogée sur le risque de voir se développer davantage de troubles cognitifs que dans une population générale chez des femmes âgées qui ont bénéficié d’un traitement par chimiothérapie adjuvante dans un contexte de cancer du sein. Les 21 362 patientes incluses dans l’étude étaient âgées de 66 à 80 ans au moment du diagnostic de leur cancer du sein non métastatique. Parmi elles, 2 913 (14%) ont reçu un traitement par chimiothérapie. Les résultats de cette étude montrent que les malades ayant bénéficié du traitement par chimiothérapie étaient significativement plus jeunes (70 vs 73 ans, p < 0,001). La médiane globale de suivi était de 59 mois. Celle-ci était plus courte chez les patientes ayant reçu le traitement (44 vs 61 mois, p < 0,001). Au cours des 8 années de l’étude, la proportion de patientes bénéficiant d’un traitement par chimiothérapie n’a cessé d’augmenter, passant de 10% en 1992 à 21% en 1999, notamment chez celles qui n’exprimaient pas le récepteur aux œstrogènes. Le diagnostic de démence a été porté chez 2,2% des participantes ayant bénéficié de la chimiothérapie contre 4,1% dans l’autre groupe de l’étude. L’analyse statistique, après ajustement sur l’âge ainsi que d’autres facteurs, n’a pas montré d’augmentation du risque de développer une démence chez les patientes ayant reçu un traitement par chimiothérapie pour leur cancer du sein, par rapport aux patientes n’en ayant pas bénéficié.

Ces résultats viennent conforter les constatations des travaux antérieurs : les femmes traitées par chimiothérapie pour un cancer du sein non métastatique n’ont pas un risque plus élevé de développer des troubles cognitifs. De nouvelles études, cette fois-ci prospectives, sont à envisager en insistant notamment sur la qualité du dépistage des troubles cognitifs à l’aide de tests psychométriques afin d’affiner les résultats obtenus.


Différences significatives entre les deux populations de l’étude. *CA = Chimiothérapie Adjuvante.

Publié en Juin 2009
Auteur : T. Cudennec - Hôpital Ambroise Paré,  Boulogne-Billancourt
Références : Baxter NN, Durham SB, Phillips K-A, Habermann EB, Virning BA. Risk of dementia in older breast cancer survivors: a population-based cohort study of the association with adjuvant chemotherapy. J Am Geriatr Soc. 2009;57