< Retour

Actualités

image description Les frères et sœurs des centenaires ont une espérance de vie supérieure à la moyenne de leurs contemporains
Il n’est pas rare de rencontrer des familles dont plusieurs membres vivent plus longtemps que la moyenne nationale. Il peut s’agir simplement d’un effet du hasard. Mais plus probablement, il s’agit d’un avantage propre à un groupe familial, que cet avantage soit lié à un environnement privilégié, à des modes de vie favorables ou à un patrimoine génétique particulier.

Les études de longévité chez des jumeaux ayant le même patrimoine génétique, mais qui peuvent être exposés à des conditions de vie différentes, montrent que l’hérédité compterait pour 20 à 30% dans le déterminisme de l’espérance de vie. Cette plus grande proximité de durée de vie entre des jumeaux ou des membres d’une même famille peut être liée à l’expression de gènes associés à des maladies, ou au contraire à l’expression de gènes directement liés à la longévité. Les personnes porteuses de gènes de susceptibilité de cancers, de démences ou de maladies cardiovasculaires auront ainsi tendance à décéder plus rapidement que le reste de la population. Inversement, les personnes exemptes de ces gènes de susceptibilité, dont la connaissance est encore imparfaite, vivront en moyenne plus longtemps. C’est le cas des populations de centenaires chez qui l’allèle e-4 de l’apolipoprotein E, associé à la maladie d’Alzheimer et aux maladies cardiovasculaires, est rarement présent.

Si il est admis que le terrain familial joue un rôle dans le déterminisme de la longévité, on ne sait pas vraiment à quel moment de la vie cet avantage se révèle. Une espérance de vie élevée peut être liée à la diminution de la mortalité infantile, à une réduction du nombre de décès à l’âge adulte ou à la survie prolongée de quelques individus. Une partie des réponses à ces questions a été récemment apportée par la compilation des données de la New England Centenarian Study.

Dans cette étude, 444 familles de centenaires ont été recensées, comprenant un total de 2 092 frères et soeurs. La taille des fratries était comprise entre 1 et 15. Ces centenaires étaient nés en moyenne en 1896 et leurs frères et sœurs en 1898. A 95%, ils étaient de race caucasienne. Les données démographiques de cette population ont été comparées aux statistiques nationales de la Social Security Administration des Etats Unis.

Les frères de centenaires vivaient en moyenne jusqu’à 76,7 ans, et leurs sœurs jusqu’à 70,4 ans. Dans le même temps, l’espérance de vie de l’ensemble de la population américaine née en 1900 était de 51,5 ans pour les hommes et 58,3 ans pour les femmes. Ce gain d’espérance de vie était observé à tous les âges chez les femmes. Chez les hommes cet avantage était en partie masqué par la mortalité accidentelle autour de l’adolescence. Il semblerait, en effet, que les causes de morts violentes au début de l’âge adulte soient plus importantes chez les hommes que chez les femmes. En revanche, passé l’âge de 30 ans, l’espérance de vie des frères de centenaires était nettement plus importante que celle de la population générale, et cet avantage persistait tout au long de la vie. Il est intéressant de noter que cet différence s’estompait dans les toutes dernières années ; la mortalité des personnes ayant survécues jusqu’à 90 ans était comparable dans les fratries de centenaires à celle de l’ensemble de la population.

Ces données montrent que les frères de centenaires ont 17 fois plus de chance que leurs contemporains d’être eux-mêmes centenaires, et les sœurs 8 fois plus. Cet avantage familial est manifeste à presque tous les âges de la vie. En quoi ces différences familiales sont liées à l’environnement, au mode de vie ou au patrimoine génétique est une question qui reste en suspens.
Comparaison des taux de survie aux Etats-Unis chez des femmes
de plus de 20 ans ayant, ou non, un frère ou une sœur centenaire.
  Pourcentage de survivants calculé
à partir de l’âge de 20 ans
  Sœurs de centenaires Ensemble des femmes dans
la population générale
20 ans 100 % 100 %
40 ans 94 % 90 %
60 ans 90 % 82 %
80 ans 72 % 46 %
Publié en Juillet 2002
Auteur : B. Corman - , 
Références : Perls T, Wimoth J, Levenson R, Drinkwater M, Cohen M, Bogan H, Joce E, Brewster S, Kunkeland L, Puca. Life-long sustained mortality advantage of sibling of centenarians. Proc. Nat. Acad. Sci., 2002, 99: 8442-8447.