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image description Les hommes et les femmes sont–ils égaux devant le risque de maladie d’Alzheimer et de déclin cognitif ?
La maladie d’Alzheimer est souvent considérée comme une affection touchant plus souvent les femmes que les hommes. L’espérance de vie des femmes plus élevée que celle des hommes explique en partie la plus grande prévalence de cette maladie chez les femmes. Toutefois, même en ajustant le risque à l’âge, les grandes études épidémiologiques font état d’un risque plus grand d’Alzheimer pour les femmes que pour les hommes. Il en est de même du déclin cognitif qui semble plus important chez la femme. Cependant, en raison d’effectifs limités dans les tranches d’âge les plus élevées, ces résultats comportent des limites.

Les auteurs de ce travail ont réalisé une étude chez des religieux vivant dans 40 communautés réparties sur le territoire des Etats-Unis. Huit cent quarante huit religieux âgés de plus de 65 ans et sans démence ont été inclus entre 1994 et 2002 dans cette cohorte. Une évaluation annuelle avait lieu et une nécropsie du cerveau était prévue en cas de décès. Cette évaluation comprenait un examen clinique et neurologique, une batterie de 21 tests neuropsychologiques explorant spécifiquement la mémoire épisodique, sémantique et de travail, la vitesse de perception ainsi que les capacités visuo-spatiales. Des scores étaient bâtis afin d’évaluer chacun des domaines explorés ainsi que l’ensemble des fonctions cognitives explorées. Le diagnostic de maladie d’Alzheimer était posé selon les critères du NINCDS-ADRDA (National Institute of Neurologic and Communicative Disorders and Strokes / Alzheimer’s Diseases and Related Disorders Association). Toute hormonothérapie substitutive était relevée ainsi que sa durée. Le génotype pour l’Apolipoprotéine E était réalisé chez tous les participants à l’étude. Plus de 2 visites de suivi ont pu être réalisées pour 782 personnes, avec une moyenne de 6 évaluations par personne (de 2 à 9).

A l’inclusion, le score global des hommes et des femmes était identique. Il n’y avait pas de différence significative entre les hommes et les femmes lorsque le déclin cognitif était analysé. Les femmes avaient en moyenne de meilleurs scores que les hommes pour la mémoire épisodique et la vitesse de perception, et un score plus mauvais pour la mémoire sémantique. Cependant, le déclin cognitif des hommes et des femmes dans chacun des 5 domaines étudiés était comparable. La durée d’une éventuelle oestrogénothérapie était associée à un déclin moins prononcé pour le score global ainsi que pour les capacités visuo-spatiales. La prise en compte de la durée d’un traitement hormonal, ainsi que de la présence d’au moins un allèle epsilon 4 de l’Apolipoprotéine E ne modifiait pas l’absence de différence entre les hommes et les femmes pour ce qui est du déclin cognitif.

En contrôlant l’âge et le niveau d’éducation, l’incidence de maladie d’Alzheimer des hommes et des femmes était comparable. Ce résultat restait inchangé lorsque l’ajustement portait aussi sur l’âge et la présence d’au moins un allèle epsilon 4 de l’Apolipoprotéine E.

Au vu de ces résultats, et en tenant compte de la différence de longévité entre les hommes et les femmes, le déclin cognitif et l’incidence de la maladie d’Alzheimer ne semblaient donc pas liés au sexe. Ceci est contradictoire avec des études dans lesquelles le faible nombre de cas incidents d’Alzheimer dans les tranches d’âge les plus élevées pouvait expliquer un risque plus élevé de maladie chez les femmes. Les différences liées au sexe chez les sujets de cette étude sont sans doute réduites grâce à l’homogénéité des conditions socio-économiques et des habitudes de vie. Cependant, cette même population n’était certainement pas représentative de la population générale. Des études similaires mais sur une population générale seraient utiles pour vérifier l’absence de l’influence du sexe dans le déclin cognitif et sur l’incidence de la maladie d’Alzheimer.
Durée de suivi des patients et incidence de la maladie d’Alzheimer par sexe et groupe d’âge.
  Hommes Femmes
Groupes d’âge (ans) n Suivi
(personnes x années)
Cas incidents de maladie d’Alzheimer n Suivi
(personnes x années)
Cas incidents de maladie d’Alzheimer
65-69 85 201,2 0 138 276,7 2
70-74 77 379,8 1 134 534,3 5
75-79 55 371 ,9 14 128 581,1 14
80-84 40 266,5 15 113 525,0 19
85 et plus 14 108,0 15 64 501,3 52
Publié en Juillet 2003
Auteur : L. Lechowski - Hôpital Sainte-Périne,  Paris
Références : Barnes LL, Wilson RS, Schneider JA, Bienias JL, Evans DA, Bennett DA. Gender, cognitive decline, and risk of AD in older persons. Neurology 2003;60:1777-1781.