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image description Les inhibiteurs de cholinestérase sont-ils efficaces dans le traitement de la maladie d’Alzheimer ?
Compte tenu de l’évolution démographique actuelle, la maladie d’Alzheimer est en train de devenir un problème de santé majeur entraînant de lourdes conséquences économiques. Le recours à un traitement par des inhibiteurs de cholinestérase repose sur l’involution progressive de l’innervation cholinergique du cortex à partir du noyau basal de Meynert. La réduction de l’activité de l’enzyme assurant la clairance de l’acétylcholine dans la synapse favorise cette innervation et le maintien des fonctions corticales. Les inhibiteurs de cholinestérase ont montré leur efficacité en tant que traitement symptomatique de la maladie comme en témoignent des études à court terme. L’usage plus large de ces traitements pose évidemment la question de leur efficacité à long terme.

Lors d’une première étude française (REAL.FR) menée pendant un an sur 693 patients, dont 90% étaient traités par des inhibiteurs de cholinestérase, les examens cognitifs, fonctionnels et comportementaux avaient montré que le traitement ralentissait les déficits. Cette étude soulevait cependant le problème de la comparaison avec une population très faible (< 10%) de patients non traités.

La présente étude a été réalisée sur 485 patients (âge moyen 75,4 ± 6,7 ans) suivis dans le Centre de Recherche Clinique sur l’Alzheimer de l’Hôpital Universitaire de Toulouse entre 1994 et 2002, soit avant et après la commercialisation en France des inhibiteurs de cholinestérase. Parmi ces patients, 192 (soit 43%) étaient traités par l’un de ces médicaments.

La détérioration cognitive a été évaluée avec le MMSE. Le score au test était significativement plus élevé chez les patients qui avaient reçu trois prescriptions consécutives comparés aux patients qui n’avaient eu qu’un ou deux traitements ou aux patients non traités. Le déclin cognitif moyen était de 2,48 ± 3,78 points sur un an, et ceci quel que soit le score de départ au test. Le nombre de patients présentant une détérioration rapide était significativement plus faible chez les sujets traités que chez ceux qui n’avaient jamais reçu d’inhibiteurs de cholinestérase (39,3 % vs 58,3 %). Une analyse multivariée, prenant en compte l’indice de masse corporelle, le niveau d’études, le score initial au MMSE et l’échelle de dépendances, a montré que le risque de détérioration cognitive était diminué de 44% par la prise de ces traitements.

Le risque de placement en institution diminuait également avec le traitement : il était de 3,6% pour les patients ayant eu trois prescriptions consécutives, et de 9% pour les personnes non traitées. L’analyse multivariée a montré que les patients traités pendant au moins une année avaient un risque d’institutionnalisation diminué de 80% (odds ratio = 0,20 ; IC à 95% = 0,08-0,48).

La perte de poids est considérée comme un facteur de risque de mortalité chez la personne âgée. Durant la période de suivi, 27% des patients ont perdu du poids, phénomène qui n’était pas corrélé avec la détérioration cognitive, ni avec le degré de dépendance. Le risque de perte de poids était diminué de 44% chez les patients traités pendant un an comparés aux sujets non traités (odds ratio = 0,56 ; IC à 95% = 0,32-0,97).

Ce travail, effectué dans le cadre d’une pratique clinique habituelle, a permis de comparer l’histoire naturelle de la maladie avant et après la mise sur le marché des inhibiteurs de cholinestérase. Les observations réalisées lors de cette étude par une même équipe soignante, au cours d’un suivi d’un an, plaident donc pour un effet bénéfique d’un traitement par les inhibiteurs de cholinestérase chez les patients atteints de la maladie d’Alzheimer.
Publié en Juin 2006
Auteur : Ph. van den Bosch de Aguilar - Université Catholique de Louvain,  Louvain-la-Neuve
Références : Gillette-Guyonnet S, Andrieu S, Cortes F, Nourhashemi F, Cantet C, Ousset P-J, Reynish E, Grandjean H, Vellas B. Outcome of Alzheimer’s disease : potential impact of cholinesterase inhibitors. J. Gerontol Biol Sci Med Sci. 2006 ;61A:516-520.