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image description Les inhibiteurs de recapture de la sérotonine augmentent le risque de fractures ostéoporotiques.
La présence d’un syndrome dépressif est fréquente chez les personnes âgées. Les traitements de première intention font le plus souvent appel aux Inhibiteurs Sélectifs de la Recapture de la Sérotonine (ISRS), en raison de leur rapport bénéfice/risque considéré comme particulièrement favorable. Cette classe d’antidépresseurs pourrait cependant augmenter le risque de fracture, bien que les enquêtes allant dans ce sens n’aient pas jusqu’à présent tenu compte des éventuels facteurs de confusion tels que les chutes, le mode de vie ou la densité minérale osseuse. Par ailleurs, des travaux récents ont montré que le système sérotoninergique serait lui-même impliqué dans la physiologie osseuse, pouvant ainsi moduler la formation et le renouvellement du squelette. Dans ce contexte, la publication d’une étude prospective sur une vaste population de seniors est la bienvenue.

Une cohorte de 6 000 personnes de plus de 50 ans, non institutionnalisées, a été recrutée dans le cadre de l’essai multicentrique intitulé Canadian Multicentre Osteoporosis Study. Lors du recrutement en février 1996, les participants avaient été interrogés afin d’évaluer leurs facteurs de risque d’ostéoporose et de fracture. Une nouvelle évaluation avait été réalisée 5 années plus tard. La densité minérale osseuse avait été mesurée à la hanche et au rachis en début d’étude, et la survenue de fractures avait été vérifiée par un cliché radiographique. Les différents médicaments consommés par les patients ainsi que la fréquence des prises étaient répertoriés. Lors des interviews, différentes informations susceptibles d’avoir une influence sur le risque de chute et de fracture avaient aussi été collectées, telles que des données démographiques et anthropométriques, des informations sur le mode de vie et les habitudes alimentaires ainsi que sur les diverses comorbidités et prises de médicaments. La présence de symptômes dépressifs a été recherchée à l’aide de tests spécifiques (test MCS et MHI-5).

Des données complètes ont pu être obtenues chez 5 008 sujets, parmi lesquels 137 prenaient quotidiennement des ISRS et 609 présentaient des symptômes dépressifs. Les moyennes d’âge respectives de ces deux groupes de patients étaient de 65,1 ± 8,7 ans et 65,7 ± 8,9 ans. Les personnes qui prenaient régulièrement des ISRS étaient plus souvent des femmes, avaient plus d’antécédents personnels de chutes et une plus faible densité minérale osseuse à la hanche. Après ajustement sur l’âge, la densité minérale osseuse, la présence de comorbidités, la prise d’œstrogènes tout au long de la vie, la prévalence de déformations vertébrales et de fractures ostéoporotiques, la prise régulière d’ISRS était associée à une multiplication par 2,1 (IC à 95% = 1,3-3,4) du risque de fractures non traumatiques. Ces fractures survenaient pour 40% au niveau de l’avant-bras, pour 21% à la cheville et au pied, 13% à la hanche, 13% au niveau des côtes, 9% au fémur et 4% au rachis. La majoration du risque de fracture augmentait également avec la dose d’antidépresseur. De même, le risque de chute était augmenté par les ISRS (odds ratio = 2,2 ; IC à 95% = 1,4-3,5), effet encore amplifié par les plus fortes posologies. La densité minérale osseuse à la hanche était plus faible chez les patients qui prenaient régulièrement des inhibiteurs de recapture. En revanche, un syndrome dépressif seul n’était pas associé à un surcroît de fractures.
Selon les résultats de cette étude prospective, la prise quotidienne d’antidépresseurs de type ISRS s’accompagne d’un doublement du risque de fracture ostéoporotiques chez les seniors ne vivant pas en institution et ne présentant aucune atteinte cognitive. Avant toute décision thérapeutique, les bénéfices apportés par cette classe médicamenteuse dans le traitement de la dépression doivent être bien mis en balance avec l’augmentation du risque fracturaire.
Publié en Février 2007
Auteur : L. Teillet - Hôpital Sainte-Périne,  Paris
Références : Richards JB, Papaioannou A, Adachi JD, Joseph L, Whitson HE, Prior JC, Goltzman D, for the Canadian Multicenter Osteoporosis Study (CaMos) Research Group. Effect of selective serotonin reuptake inhibitors on the risk of fracture. Arch Intern Med. 2