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image description Les neutrophiles des centenaires seraient-ils la clé de leur longévité ?

La dérive des fonctions immunitaires au cours du vieillissement et leur altération progressive augmentent la sensibilité aux infections, au cancer et aux maladies auto-immunes, ce qui accroît évidemment le risque de morbidité et la mortalité des personnes âgées. La capacité fonctionnelle des cellules immunitaires pourrait ainsi être un indicateur de santé et de longévité. En effet, chez l’animal, le maintien des performances immunitaires est lié à une augmentation de l’espérance de vie et leur déficience à un vieillissement prématuré. De même, les capacités d’adaptation de l’organisme, y compris celles du système immunitaire, sont maintenues chez les centenaires en bonne santé, qui sont des exemples de vieillissement réussi.

Alors que les fonctions des cellules immunitaires au cours du temps ont déjà été largement étudiées, il existe peu de données chez les centenaires. De plus, les réponses immunitaires peuvent différer selon le sexe, ce qui pourrait constituer une base biologique pour expliquer la plus grande longévité des femmes. Parmi les cellules immunitaires, les neutrophiles jouent un rôle particulier. Ils agissent en « avant-garde » lors des agressions de l’organisme, migrent vers les foyers infectieux et participent à la phagocytose des éléments étrangers. Ce processus génère des radicaux libres, dont le plus abondant est l’anion superoxyde, précurseur des substances bactéricides. La fonction des neutrophiles est liée à une production parallèle d’antioxydants pour ne pas subir « en retour » les dommages des processus de phagocytose. Ce stress oxydatif, qui affecte les lipides et l’ADN, auquel la fonction immunitaire est exposée au cours du temps, est un paramètre majeur du vieillissement.

Une étude a été réalisée par une équipe de physiologistes et de gériatres espagnols afin de comparer les fonctions des neutrophiles chez des centenaires en bonne santé et des individus plus jeunes. La population étudiée présentait les caractéristiques suivantes :



Les neutrophiles ont été isolés à partir d’un prélèvement de sang veineux et les paramètres suivants ont été analysés :

  • - le nombre
  • - le degré d’adhérence
  • - la capacité de migration
  • - la capacité de phagocytose
  • - le taux de production d’anion superoxyde
  • - les fonctions antioxydantes, estimées à partir du niveau de glutathion et de l’activité catalase

Cette analyse a montré que les niveaux d’activité des neutrophiles chez les centenaires, aussi bien chez les hommes que chez les femmes, sont plus proches de ceux des jeunes adultes que des adultes âgés. Ceci concerne particulièrement les fonctions antioxydantes qui sont mieux préservées chez les centenaires.

Un état inflammatoire chronique de bas niveau accompagne souvent le vieillissement. Un tel état peut favoriser l’apparition de pathologies comme l’athérosclérose. La capacité des centenaires à préserver des fonctions antioxydantes efficaces, à produire peu d’anions superoxydes et à sauvegarder les capacités des neutrophiles, contribue sans doute à expliquer leur faible sensibilité aux pathologies liées à l’âge et donc leur longévité. Une meilleure efficacité antioxydative pourrait aussi expliquer la longévité plus grande des femmes car cette capacité est stimulée par les œstrogènes.

Publié en Février 2009
Auteur : Ph. van den Bosch de Aguilar - Université Catholique de Louvain,  Louvain-la-Neuve
Références : Alonso-Fernández P, Puerto M, Maté I, Ribera JM, de la Fuente M. Neutrophils of centenarians show function levels similar to those of young adults. J Am Geriatr Soc. 2008;56:2244-2251.