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image description Les performances des conducteurs automobiles sont souvent amoindries au stade précoce de la maladie d’Alzheimer
La sécurité routière est souvent à la une de l’actualité, surtout lorsqu’une personne de plus de 70 ans est impliquée dans un accident de la circulation entraînant un ou plusieurs décès. Dans ces cas là, les journalistes ont souvent tendance à retenir l’âge du conducteur comme principal facteur de risque, sans se pencher plus avant sur les circonstances de l’accident. La mauvaise signalisation, les conditions atmosphériques, la vitesse, l’éclairage, l’état du véhicule, la fatigue ou l’alcool qui sont malheureusement les principales causes d’accidents semblent devenir secondaires dès que le conducteur peut être rangé dans la catégorie des seniors. Différentes propositions comme l’obligation de visites médicales régulières ou le passage d’épreuves de conduite à partir d’un certain âge sont alors évoquées sans qu’on sache clairement distinguer les effets de l’âge en eux-mêmes de ceux des différentes pathologies associées sur les risques lors de la conduite d’une automobile. Cette réflexion s’applique tout particulièrement aux personnes dont les facultés intellectuelles peuvent être altérées par des maladies neurodégénératives.

Dans un travail récent, une équipe de médecins et de psychologues s’est intéressée à l’impact de l’âge et de la maladie d’Alzheimer sur la sécurité routière. Ils sont partis du constat que le nombre d’accidents de la circulation par kilomètre parcouru augmente avec l’âge. De plus les personnes atteintes de maladie d’Alzheimer ont tendance à rouler moins vite, à faire plus d’erreurs aux croisements, à être moins attentives aux autres conducteurs, à conduire moins droit et à freiner brutalement sans raison. Toutefois, le nombre d’accidents réellement attribuables à la maladie d’Alzheimer n’a jamais pu être clairement objectivé, probablement à cause de la petite taille des effectifs considérés, du manque de groupe contrôle du même âge ou du degré d’évolution de la maladie. En effet, la conduite automobile relevant d’automatismes pour l’essentiel, il est possible que la mémoire de ces fonctions soit conservée très tard et ne se dégrade que dans les stades tardifs de démence.

Pour répondre à ces questions, des sujets atteints de maladie d’Alzheimer ont été soumis à des tests de conduite. Ils ont été recrutés dans le centre de recherche pour la maladie d’Alzheimer de Washington aux Etats-Unis selon les critères du NINCDS. La sévérité de la maladie a été déterminée selon l’échelle Washington University CDR après un entretien de 90 minutes avec le patient et ses proches. Un score de 0 correspond à l’absence de démence, 0,5 à une forme très légère et 1 à une forme modérée. Trois groupes de participants ont été constitués sur ces critères, comprenant respectivement 58 personnes avec un score de 0, 21 avec un score de 0,5 et 29 avec un score de 1. Tous ces sujets conduisaient depuis au moins 10 ans et avaient une bonne vue.

Les participants ont été soumis à un test de conduite de 45 minutes dans des conditions normales de circulation, avec un moniteur à leur côté et un observateur à l’arrière. Plusieurs composantes classiques de la conduite automobile ont été notées : démarrer, quitter une place de parking, tourner à droite ou à gauche, s’arrêter, garder sa vitesse, respecter la signalisation, mettre ses clignotants, changer de file, tenir sa droite, passer une intersection, surveiller les autres conducteurs. Une appréciation globale de la conduite était également donnée par le moniteur. Les performances des participants ont été testées tous les 6 mois durant 2 ans, sauf si leur conduite devenait dangereuse, auquel cas les épreuves s’arrêtaient avant la fin de l’essai.

Lors du premier test, le pourcentage de conducteurs jugés dangereux était de 41% dans le groupe présentant une forme légère de maladie d’Alzheimer, 14% chez ceux ayant une forme très légère et 3% chez les témoins. A l’inverse, le pourcentage de personnes jugées comme ayant une conduite tout à fait sûre était de 78% chez les témoins, 62% dans le groupe intermédiaire et 41% chez les sujets présentant une forme légère de démence. Durant les deux années de suivi longitudinal, l’aptitude à la conduite automobile déclinait plus vite dans le groupe présentant un stade de maladie légère que dans le groupe de démence très légère qui lui-même voyait ses scores diminuer plus rapidement que ceux du groupe témoin. Il faut cependant noter que ces différences de profil évolutif n’étaient significative qu’entre le groupe dément léger et le groupe témoin. Les trois comportements qui changeaient le plus avec le temps étaient le jugement, la réaction aux autres conducteurs et le contrôle de la vitesse.

Les auteurs de cette étude en concluent que les performances de conduite automobile étaient inversement corrélées à l’état d’évolution de la maladie d’Alzheimer. Les comportements qui faisaient appels aux fonctions les plus complexes et demandaient le plus de vigilance, comme l’attention portée aux autres automobilistes, étaient les plus vites touchés, alors que ceux faisant appel à des automatismes étaient les mieux conservés. Il est également intéressant de noter qu’une fraction non négligeable des sujets, dans les phases précoces de la maladie d’Alzheimer, ont une conduite automobile parfaitement sûre. Ces différences individuelles militent en faveur d’une évaluation très régulière des capacités des patients chez lesquels un début de maladie d’Alzheimer est soupçonné.
Caractéristiques des 3 groupes de participants au début de l’étude
  Témoins Démence très légère Démence légère
Age (ans) 77,0 73,7 74,2
Années d’études 14,9 13,7 13,3
Années de conduite 55,1 55,9 52,0
% de femmes 48 34 48
Publié en Janvier 2004
Auteur : L. Teillet - Hôpital Sainte-Périne,  Paris
Références : Duchek JM, Carr DB, Hunt L, Roe CM, Xiong C, Shah K, Morris JC. Longitudinal driving performance in early-stage dementia of the Alzheimer type. J Am Geriatr Soc. 2003; 51: 1342-1347