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image description Les statines peuvent-elles prévenir la maladie d’Alzheimer ?

La maladie d’Alzheimer est la cause la plus fréquente de démence chez les personnes âgées. Les résultats de plusieurs études épidémiologiques suggèrent que les statines ont un effet protecteur contre le développement des troubles cognitifs, des démences en général et de la démence d’Alzheimer en particulier. Cependant, ces résultats ont été remis en question par des études de cohortes, notamment dans le cadre d’usage de statines pour la prévention de maladies cardiaques. D’autre part, une étude plus récente a montré un effet protecteur des statines vis-à-vis de troubles cognitifs chez les personnes âgées de moins de 80 ans au début de leur suivi.

Les processus qui conduisent à la démence sont multiples et hétérogènes, et le diagnostic peut ne pas refléter de façon adéquate la pathogenèse de la maladie sous-jacente. Ceci peut constituer un obstacle à l’identification des facteurs de risque et/ou des facteurs de protection. Pour éviter ce biais, une étude a été réalisée sur des autopsies cérébrales et une relation entre la prise de statines et la présence de signes neuropathologiques de la maladie d’Alzheimer, à savoir les enchevêtrements neurofibrillaires et les plaques séniles a été recherchée. Au départ 2 523 patients, âgés de moins de 80 ans à l’inclusion, ont été suivis et testés quant à leurs performances cognitives. Divers examens de laboratoire ainsi qu’une imagerie cérébrale ont également été effectués. Entre les consommateurs de statines et les non-consommateurs les taux de cholestérol total (247 + 59 vs 228 + 41 mg/dL) et de cholestérol HDL (48 + 11 vs 57 + 19 mg/dL) étaient comparables en début d’étude. Après quatre ans, le taux de mortalité était plus faible chez les consommateurs de statines (19 % vs 26 %, p < 0.01). Un examen neuropathologique a été pratiqué sur 110 cerveaux. L’utilisation de statines réduisait l’extension des enchevêtrements neurofibrillaires (déterminée par l’échelle de Braak) et des plaques séniles (score CERAD) après ajustement sur les facteurs suivants : l’âge du décès, le genre, les performances cognitives, le poids du cerveau et la présence de micro-infarctus cérébraux.


Relation entre la prise de statines et l’étendue des signes neuroanatomiques de maladie d’Alzheimer.

Bien que démonstrative d’une relation entre l’utilisation de statines et la diminution des signes neuropathologiques de la maladie d’Alzheimer, cette étude laisse un certain nombre de questions en suspens. La première est l’incidence de la pathologie justifiant l’usage de statines sur la pathogenèse de la maladie d’Alzheimer. La deuxième est le faible pouvoir discriminatoire des tests cognitifs quant à l’extension des plaques séniles. Enfin, la troisième question concerne l’incidence possible de facteurs vasculaires en tant que risques de co-morbidité.

Le mode d’action des statines reste à définir. Chez l’animal, un taux élevé de cholestérol dans le cerveau conduit à l’accumulation de la protéine b-amyloïde et à la formation d’enchevêtrements neurofibrillaires. Peut-être les statines antagonisent-elles ce processus ? Ces données n’ont pas été confirmées par les analyses du liquide céphalo-rachidien chez des patients Alzheimer. D’autre part, in vitro et chez l’animal, les statines inhibent la phosphorylation de la protéine tau (au niveau de la thréonine 181). Ceci a été confirmé chez des personnes âgées normales et hypercholestérolémiques. Les statines pourraient donc agir à titre préventif sur les processus neurodégénératifs mais seraient sans effet sur leur régression une fois que les lésions sont installées.

Publié en Octobre 2007
Auteur : Ph. van den Bosch de Aguilar - Université Catholique de Louvain,  Louvain-la-Neuve
Références :

Li G, Larson EB, Sonnen JA, Shofer JB, Petrie EC, Schantz A, Peskind ER, Raskind MA, Breitner JCS, Montine TJ. Statin therapy is associated with reduced neuropathologic changes of Alzheimer disease. Neurology. 2007;69