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image description Les topiques à base de facteur de croissance comme le Nerve Growth Factor, amélioreraient la cicatrisation des escarres
Les escarres représentent un problème de santé important dans les institutions pour sujets âgés. Ils augmentent considérablement le coût des soins et ont un impact en terme de morbidité. La localisation au pied, talon et malléole, est très fréquente et difficile à cicatriser. Le traitement repose essentiellement sur les soins locaux et la chirurgie si besoin. L’utilisation de topiques à base de facteur de croissance est récente et à la base de nombreuses études, notamment sur le Nerve Growth Factor (NGF) qui stimulerait la croissance et la différenciation des cellules épithéliales sur des ulcères cutanés et cornéens chez l’homme.

L’objectif de cette étude italienne, randomisée, en double aveugle contre placebo, sur six semaines, était d’observer les effets d’un traitement local par NGF chez des patients en institution, porteurs d’escarres du pied non infectés, d’apparition récente. Trente six personnes ont été inclues avec une évaluation du statut nutritionnel, cognitif et fonctionnel à partir du Minimum Data Set, échelle anglo-saxonne spécifique aux établissements d’hébergement pour personnes âgées. Un echodoppler des membres inférieurs a été réalisé de principe pour éliminer toute pathologie sous-jacente. Etaient exclus les patients présentant un diabète, une artérite des membres inférieurs ou en soins palliatifs. Le suivi du stade par la classification de Yarkony et la mesure de la surface de la plaie étaient effectués avec un calque et des photos numériques.

Dix huit patients étaient sous placebo et 18 sous topique contenant du NGF. Le protocole de soins était le même pour les deux groupes : nettoyage au sérum physiologique, application d’enzymes pour déterger et d’un pansement hydrocolloïde. Le groupe traité recevait une application quotidienne de NGF de souris à 50 µg/ml et le groupe contrôle une solution d’eau salée isotonique. Les résultats montrent que les plaies étaient d’ancienneté, de surface et de stades similaires et qu’il n’y avait aucune différence démographique, clinique et fonctionnelle entre les deux groupes. Au bout de 6 semaines de traitement, la réduction de surface des plaies était plus importante dans le groupe NGF : 738+/-329 mm² versus 485+/-344 mm² (p<0,02). Il y avait une accélération du processus de cicatrisation avec, à deux semaines une progression visible du tissu épithélial, à 4 semaines une réduction de 50 % de la surface et une cicatrisation complète de 44 % des escarres dans le groupe NGF versus 6 % dans le groupe placebo (p<0,009).

La cicatrisation résulte de phénomènes complexes cellulaires et moléculaires. Les phases d’inflammation et de coagulation sont suivies d’une angiogénèse, de la multiplication cellulaire et de l’épithélialisation avec sécrétion de différents facteurs de croissance. La progression rapide du tissu épithélial dans le groupe traité par NGF correspond à une action directe, démontrée dans plusieurs études, de celui-ci sur l’épithélium grâce à l’expression de récepteurs au NGF sur les cellules du système immunitaire, les cellules endothéliales et les fibroblastes. Il favoriserait la prolifération des kératinocytes et la néoangiogenèse. In vivo, le NGF est synthétisé chez l’homme par les kératinocytes de la membrane basale. Il agit comme stimulateur de la sécrétion d’autres facteurs de croissance qui favorisent le processus de cicatrisation.

En conclusion, l’observation combinée que les kératinocytes et les fibroblastes sécrètent du NGF, que les cellules endothéliales possèdent des récepteurs au NGF et que le NGF accélère le processus de cicatrisation de la peau, permet de penser que le NGF a une action directe sur l’épithélium et qu’il est impliqué dans le processus de cicatrisation. D’après les résultats de cette étude, l’application d’un topique à base de NGF aurait un effet positif sur la cicatrisation d’escarres récentes. Dans l’avenir, il sera intéressant aussi de réaliser des études sur des plaies chroniques qui posent des problèmes de cicatrisation au long cours quel que soit le terrain.
Caractéristiques de la population et des escarres au début du traitement
N = 36 Groupe contrôle (n=18) Groupe NGF (n= 18)
Age (ans) 80,2 +/- 4,7 80,2 +/-3,0
Sexe (f/h) 13 / 5 13 / 5
Ancienneté 12 +/- 5 j 13 +/- 4 j
Talon/malléole 15 / 3 14 / 4
Stade moyen 3,0 +/- 0,7 3,2 +/- 0,8
Surface moyenne (mm²) 1012 +/- 655 1012 +/- 633
Publié en Décembre 2003
Auteur : N. Faucher - , 
Références : Landi F, Aloe L Russo A Cesari M Onder G Bonini S Carbonin PU and Bernabei R. Topical treatment of pressure ulcers with nerve growth factor. A randomized clinical trial. Ann Int Med. 2003; 139: 635-641