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image description Les troubles de l'olfaction liés à l'âge
L'olfaction est un sens dont l'importance dans la vie quotidienne est régulièrement mésestimée. Il joue pourtant un rôle essentiel dans la reconnaissance des aliments et des boissons. La perte d'odorat à la suite d'une maladie ou d'une opération chirurgicale, par exemple, est souvent accompagnée de troubles de la nutrition en partie liés à un désintérêt pour les plaisirs de la table. L'olfaction est également importante en tant que système de détection de certains dangers tels les incendies ou les fuites de gaz. Ce n'est probablement pas un hasard si les feux domestiques sont nettement plus fréquents chez les personnes âgées que dans l'ensemble de la population. Curieusement, lorsqu'on interroge ces populations à risque sur une éventuelle baisse de leurs capacités olfactives, seules 1 à 2 % des personnes se sentent concernées.

Il est possible que l'impression subjective de perdre l'odorat soit dissociée de la réalité objective, faute souvent de points de comparaison. C'est en partie pour tester cette hypothèse qu'une étude, dont les résultats viennent d'être publiés, a été réalisée ces dernières années aux Etats-Unis. La population étudiée appartenait à un groupe plus large recruté entre 1987 et 1988 dans le cadre de la Hearing Loss Study. Cette cohorte était composée de 4926 personnes âgées de 43 à 84 ans au moment de leur recrutement. Entre 1998 et 2002, la capacité olfactive de 2491 participants a été testée alors qu’ils étaient âgés de 53 à 97 ans.

Deux évaluations ont été réalisées sur les mêmes personnes. Dans un premier temps, l'investigateur leur demandait si elles pensaient avoir un sens de l'olfaction comparable à celui des autres personnes de leur entourage. Dans un second temps, elles étaient soumises au San Diego Odor Identification Test qui consistait à reconnaître, les yeux bandés, 8 odeurs caractéristiques de la vie quotidienne comme celle du café ou du chocolat. Lorsque ce test était proposé à des sujets adultes en bonne santé, ils étaient à 95% capables de reconnaître entre 6 et 8 odeurs. Les auteurs ont ainsi considéré que toute personne reconnaissant moins de 6 odeurs présentait un trouble de l'olfaction.

Sur la base d’un simple questionnaire, 9,5% de cette population présentait une baisse des capacités olfactives. Par contre, sur la base du test de San Diego, ce serait 24,5% des sujets qui présenteraient un déficit olfactif. Cette proportion augmentait avec l'âge pour atteindre 62,5% dans le groupe des 80-97 ans. Quel que soit l'âge, la prévalence des troubles olfactifs était toujours plus importante chez les hommes que chez les femmes. Si ces chiffres étaient extrapolés à l'ensemble de la population américaine, 14 millions de personnes pourraient être concernées par cette affection. Lorsqu'ils essayaient d’associer les capacités olfactives à différents facteurs de risque, les auteurs trouvaient une corrélation avec les traumatismes cérébraux, la consommation de tabac, l'inflammation des voies nasales ou sinusales, les infections pulmonaires et les maladies neurodégénératives. L'utilisation d'antibiotiques ou de stéroïdes pour traiter les sinusites d'origine bactérienne ou allergique permettait de retrouver le sens de l'odorat chez certains patients.

Les auteurs concluent que les troubles de l'odorat dans les populations les plus âgées constituent un problème sous estimé et qu’il est nécessaire de prendre en compte dans les stratégies d'équilibre nutritionnel.
  Prévalence des troubles olfactifs (%)
âge (ans) femmes hommes
53-59 3,8 9,1
60-69 11,2 24,7
70-79 20,8 40,6
80-97 59,4 69,5
Publié en Novembre 2002
Auteur : B. Corman - , 
Références : C. Murphy, C.R Schubert, K.J. Cruickshanks, B.E. Klein, R. Klein and D.M. Nondahl. Prevalence of olfactory impairment in older adults. JAMA 2002, 288: 2307-2312.